KERGOAT Jacques

Par Jean-Paul Salles

Né le 3 avril 1939 à Brest (Finistère), mort le 29 juillet 1999 à Poitiers (Vienne) d’un accident cardiaque ; étudiant à Paris, licencié en droit et en sociologie ; historien ; cadre à l’EDF ; militant du PSU puis de la LCR.

Le père de Jacques Kergoat fut docker puis, en collaboration avec son épouse, petit commerçant. Jacques Kergoat fut très marqué par la personnalité du député socialiste breton Tanguy-Prigent*.

Il commença à militer en s’engageant dans l’opposition à la guerre d’Algérie et adhéra au PSU à sa création en 1960. Membre du bureau national du Front universitaire antifasciste (FUA), il fut secrétaire national des Étudiants socialistes unifiés (ESU), branche étudiante du PSU, de 1962 à 1964. En 1964, il fut élu à la direction politique nationale (DPN) du PSU. Il fut ensuite secrétaire de la section du XVe arrondissement de Paris et secrétaire adjoint de la Fédération de Paris. En 1965, il fut de la minorité qui refusa le soutien à François Mitterrand, puis de la majorité qui s’opposa à ce que le PSU rejoigne la FGDS. En 1967, il fut membre du comité directeur du Comité Vietnam National (CVN). Après 1968, il appartint à la tendance gauche du PSU, d’inspiration marxiste, favorable à une rupture radicale avec le capitalisme. Membre du bureau national en 1969, il en démissionna en 1970, anima le courant marxiste-révolutionnaire qui engagea des discussions avec la Ligue communiste, et rejoignit celle-ci en 1972. Militant dans le XVe arrondissement de Paris, à la Fédération de Paris de la LCR, membre de son comité central depuis 1978 et de son bureau politique à partir de 1992, il resta fidèle à cette organisation jusqu’à sa mort. Il s’y montra un infatigable défenseur et animateur des diverses tentatives de recomposition politique visant à faire naître une force politique nouvelle à gauche de la gauche. Son influence politique allait bien au-delà de la sphère de la LCR grâce à la qualité des liens personnels qu’il entretenait avec ceux qui, dans les différentes sensibilités politiques et syndicales, espéraient une convergence unitaire antilibérale. Syndiqué à la CGT, il milita également activement à la FCPE.

Mais il était aussi chercheur, historien du socialisme et du syndicalisme, s’intéressant au mouvement social en général. Collaborateur au Monde diplomatique, à la rubrique économique du Monde (1981-1985), puis à sa rubrique politique, il créa Politis-La Revue en 1992, devenue Politique-La Revue. Il contribua aussi, au début des années 1990, à la formation du groupe « Rencontres », auquel participèrent des militants de la LCR, de l’AREV, des Reconstructeurs et des Rénovateurs communistes, des militants de « Socialisme et République » et des syndicalistes. En 1993, il créa et présida la fondation de Ressy (Recherche, Société, Syndicalisme) dont il fut président, structure qui fut un véritable carrefour, permettant la rencontre de plusieurs dizaines de syndicalistes de sensibilités différentes (CGT, FSU, CFDT, FO) et de spécialistes des questions sociales (57 chercheurs). Le premier colloque « Questionner le travail » fut organisé le 1er mai 1994. Enthousiasmé par le mouvement social de 1995, il suscita en octobre 1998 la création de la Fondation Copernic, creuset de la critique antilibérale. Il la présidera jusqu’à sa mort.

Clarinettiste de jazz dans sa jeunesse, Jacques Kergoat avait tenu des chroniques musicales dans les Cahiers du Jazz et dans France Observateur.

Sa mort intervint à un moment où les initiatives qu’il avait prises rencontraient un terrain favorable. Son dernier projet littéraire portait sur les « ouvriers chrétiens », ce qui n’était pas sans lien avec son projet de recomposition de la gauche radicale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76336, notice KERGOAT Jacques par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 14 février 2010, dernière modification le 8 septembre 2011.

Par Jean-Paul Salles

ŒUVRE : Auteur de nombreux articles dans différentes revues et participation à des ouvrages collectifs : Profils de la social-démocratie européenne, Paris, La Brèche, 1981. — Le Monde du travail, Paris, la Découverte, 1998, ouvrage dont il fut l’initiateur et le coordinateur.
Auteur de : Le Mouvement ouvrier français, Paris, Editions ouvrières, 1982. — Le Parti socialiste de la Commune à aujourd’hui, Paris, le Sycomore, 1983. — La France du Front populaire, Paris, la Découverte, 1986, Au Temps du Front populaire, Paris, Hachette, 1988. — Marceau Pivert, socialiste de gauche, Paris, Éditions de l’Atelier, collection « La part des hommes », 1994. — Histoire du Parti socialiste, Paris, La Découverte, Collection Repères, 1997.

SOURCES : Alain Beuve-Méry, « Jacques Kergoat. Acteur et historien de la gauche », Le Monde, 31 juillet 1999. — Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ? , Presses universitaires de Rennes, 2005. — Pierre Turpin, Les révolutionnaires dans la France social-démocrate, 1981-1995, L’Harmattan, 1998. — Biographie revue par Antoine Artous, Francis Sitel, et par sa veuve Danièle Kergoat et sa fille.

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