JAMAIN André, Amédée

Par Alain Dalançon

Né le 11 septembre 1913 à Saint-Agnant-les-Marais (Charente-Inférieure), mort le 25 juillet 1945 à Rochefort (Charente-Maritime) ; ouvrier du bâtiment, plâtrier ; militant communiste ; résistant FTP ; déporté, mort au retour de déportation.

André Jamain
André Jamain

André Jamain était le fils aîné d’une famille de dix enfants, dont le père, Amédée, ouvrier forgeron-maréchal-ferrant, occupa divers emplois par la suite (docker à La Pallice, ostréiculteur, ouvrier à la base aéronautique de Rochefort) et la mère, Jeanne Magnaux était sans profession. Son père qui avait fait durant sa jeunesse un tour de France professionnel était syndicaliste à la CGTU, militait à la Ligue des droits de l’Homme et au Comité Amsterdam-Pleyel ; son oncle Alphonse Magnaux* était un cheminot militant communiste à Saintes.

André Jamain adhéra au Parti communiste français en 1933 et devint membre de son équipe locale de direction puis secrétaire de la section. Ses frères René, Paul-Raymond, Maurice et sa sœur Yvette, appartenaient en outre au groupe de jeunes militants communistes actifs à Rochefort. Il épousa le 21 décembre 1935 Madeleine Manusset avec laquelle il eut quatre enfants.

Incorporé au 307e régiment d’infanterie en 1939, André Jamain fut fait prisonnier dans les Vosges à Saales et resta dans un camp à Duisbourg d’août 1940 à juin 1941. Libéré en raison de sa situation de famille, de retour à Rochefort, il s’engagea aussitôt dans la Résistance. Il devint un pivot de la distribution du matériel de propagande et des armes des FTP dans la région de Rochefort ; il avait aménagé pour cela une cache au fond de son jardin dans la rue du 14 Juillet.

Le 14-15 septembre 1942, le Front national rochefortais placarda des tracts appelant la population à manifester devant la mairie le 20 septembre pour commémorer l’anniversaire de la victoire de Valmy et la proclamation de la République. André Jamain fut alors arrêté par les inspecteurs de sûreté du commissariat de Rochefort ainsi qu’onze autres personnes. Toutes furent relâchées 48 heures plus tard à la suite de l’arrestation du frère cadet d’André, Paul-Raymond, porteur de matériel et de brochures communistes, qui revendiqua être le seul responsable de l’appel à manifestation. André ne fut cependant pas libéré et fut transféré par la Police spéciale de La Rochelle à la prison militaire allemande de Lafond à La Rochelle. Bien que toutes les perquisitions à son domicile se soient avérées négatives, puisque son jeune frère Gilles* avait déménagé tout le matériel, et bien qu’il ne soit pas passé aux aveux, André fut envoyé avec ses frères René et Paul-Raymond à Compiègne et partit ensuite avec eux, le 23 janvier 1943, au camp de concentration d’Oranienburg-Saschenhausen.

Dans ce camp concentrant des déportés politiques, matricule 58111, affecté au block 1, André Jamain devint très vite un des responsables de l’organisation clandestine de résistance des déportés avec Bouilleteau de Mont-de-Marsan et Eugène Visse de Saint-Vaubourg (Ardennes), afin de sauver des vies humaines, maintenir le moral, se regrouper en vue de la libération, organiser le sabotage du travail.

En janvier 1945, André Jamain se mit à tousser et s’affaiblit. Devant l’avance de l’Armée Rouge, les SS évacuèrent le camp d’Oranienburg en avril 1945 ; durant cette « marche de la mort », 10 000 détenus périrent sur 32 000. André, exténué, soutenu par son frère Paul-Raymond, réussit à survivre et fut libéré par les Soviétiques le 9 mai à Languenn dans les Sudètes. Il ne pesait plus que 38 kg pour 1m, 84 et avait les deux poumons pris. Rapatrié en France par avion, il fut transféré au centre sanitaire de Coubert (Seine-et-Marne). Sa famille réclama alors son transfert à Rochefort mais le voyage dura et André parvint chez lui dans un état lamentable. Il mourut quelque temps plus tard à l’hôpital. Le Front national de Rochefort dénonça un scandale.

André Jamain fut déclaré mort pour la France et reçut à titre posthume la médaille militaire, la croix de guerre avec palmes, la médaille de la Résistance et fut élevé au grade d’adjudant FFI-FTP.

Une portion de la rue du 14 juillet où il habitait, porte depuis 1946 le nom « des Frères Jamain » ; le lycée professionnel proche a été baptisé en 1981, « Gilles Jamain », du nom de son jeune frère fusillé en 1943.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76355, notice JAMAIN André, Amédée par Alain Dalançon, version mise en ligne le 15 février 2010, dernière modification le 15 août 2010.

Par Alain Dalançon

André Jamain
André Jamain

SOURCES : Arch. Dép. Charente-Maritime. — Jacques Jamain, Les Jamain, Mémoire d’une famille dans la Résistance et la Déportation, livre de renseignements, documents et souvenirs, dernière éd. de 2009 à compte d’auteur, 216 p. (voir Mémoire et Espoirs de la résistance, Association des amis de la Fondation de la Résistance). — Renseignements fournis par d’autres membres de la famille Jamain-Chupin.

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