JAMAIN René, Jean

Par Alain Dalançon

Né le 26 septembre 1915 à Saint-Agnant-les-Marais (Charente-Inférieure), mort en déportation en Allemagne en décembre 1944 ; ouvrier peintre ; militant communiste ; résistant FTP.

René Jamain
René Jamain

René Jamain était le second fils d’une famille nombreuse de dix enfants, dont le père Amédée, ouvrier forgeron-maréchal-ferrant, occupa divers emplois par la suite (docker à La Pallice, ostréiculteur, ouvrier à la base aéronautique de Rochefort) et la mère, Jeanne Magnaux, était sans profession. Son père qui avait fait durant sa jeunesse un tour de France professionnel était un syndicaliste de la CGTU, militait à la Ligue des Droits de l’Homme et au Comité Amsterdam-Pleyel ; son oncle Alphonse Magnaux* était un cheminot militant communiste à Saintes.

René obtint le certificat d’études primaires, était passionné par le dessin et la peinture, lisait beaucoup et s’intéressait à la philosophie marxiste. En 1931, il fonda à Rochefort un cercle marxiste qui devint un groupe des Jeunesses communistes vers 1934 ; il devint alors adjoint à la direction départementale de la JC avec Ferré. Avec ses frères André, Paul-Raymond, Maurice et sa sœur Yvette, ils appartenaient à un groupe de jeunes militants communistes très actifs à Rochefort après 1936.

Célibataire, René Jamain fit son service militaire en 1936 au 41e régiment d’artillerie. Comme sa classe 1935, il fut rappelé à la fin de l’année 1938 puis, après la déclaration de guerre, fut affecté au 57e R.A. le 23 mars 1940. Son unité ayant été encerclée à Pontarlier (Doubs) en juin 1940, il passa en Suisse pour ne pas être fait prisonnier. Il demeura dans la Confédération helvétique jusqu’en février 1941, travaillant comme peintre à Berne.

René Jamain rentra alors à Rochefort et y retrouva un emploi de peintre chez un artisan. Il reprit tout de suite contact avec la direction clandestine du Parti communiste de Saintes dont son oncle, Alphonse Magnaux, était responsable. Il fut alors investi de la responsabilité du triangle de direction des FTP et du Front national pour la région de Rochefort.

René Jamain fut arrêté le 8 juillet 1942 par la Feldgendarmerie allemande, alors qu’il se préparait à rencontrer un nouveau responsable national venu de Paris qui venait d’être arrêté, porteur des noms de sept responsables de La Roche-sur-Yon, La Rochelle, Saint-Jean d’Angely, Saintes, Jonzac, Royan et Rochefort, inscrits sur une feuille de papier à cigarettes JOB. Il fut incarcéré à la prison militaire allemande de Lafond à La Rochelle. Lors de ses interrogatoires, il affirma avoir été investi de sa fonction très récemment et n’avoir encore contacté personne ; aucun membre des groupes dont il avait la responsabilité ne fut arrêté. Les confrontations en octobre 1942 avec ses deux frères, André et Paul-Raymond*, arrêtés deux mois et demi après lui, ne renseignèrent pas plus les Allemands. Il fut transféré à Compiègne suivi bientôt par ses deux frères. Le 23 janvier 1943, René Jamain partit en déportation avec eux au camp d’Oranienburg-Sachsenhausen. Il tenta sans succès une évasion du train à Bar-le-Duc.

Matricule 58024, affecté au Kommando Heinkel au hall 6, chargé de peindre lettres et chiffres sur les avions Heinkel, René Jamain fit rapidement partie de l’organisation clandestine de résistance dans le camp. À la suite d’un sabotage sur la chaîne Heinkel 117 organisé dans l’été 1944, 27 déportés furent fusillés sur place le 11 octobre et 140 autres emmenés à l’extérieur du camp pour être exécutés. René Jamain faisait partie de ceux-là. Il fut exécuté en un lieu inconnu, probablement le 14 décembre (date retenue officiellement). Une plaque à son nom existe au mémorial de Sachsenhausen.

René Jamain reçut à titre posthume la Légion d’honneur, la croix de guerre, la médaille de la Résistance et fut élevé au grade de sous-lieutenant des FFI.

Une portion de la rue du 14 juillet où habitait son frère aîné porte depuis 1946 le nom « des Frères Jamain » ; le lycée professionnel proche a été baptisé en 1981, « Gilles Jamain », du nom de son jeune frère fusillé en 1943.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76356, notice JAMAIN René, Jean par Alain Dalançon, version mise en ligne le 15 février 2010, dernière modification le 20 janvier 2019.

Par Alain Dalançon

René Jamain
René Jamain

SOURCES : Arch. Dép. Charente-Maritime. — Jacques Jamain, Les Jamain, Mémoire d’une famille dans la Résistance et la Déportation, livre de renseignements, documents et souvenirs, dernière éd. de 2009 à compte d’auteur, 216 p. (voir aussi Mémoire et Espoirs de la résistance, Association des amis de la Fondation de la Résistance). — Renseignements fournis par d’autres membres de la famille Jamain-Chupin.

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