GROSCLAUDE Pierre, Paul

Par Gérard Réquigny

Né le 25 mars 1900 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 18 décembre 1973 à Paris (XVIIe arr.) ; professeur agrégé ; résistant, membre des comités directeurs du Front national universitaire et de l’Union française universitaire ; adjoint au maire du XVIIe arr. de Paris..

Né d’un père suisse, Daniel, Léopold, Alexis Grosclaude, ingénieur, et d’Amélie, Nina Bricka, fille d’un colonel commandeur de la Légion d’honneur, Pierre Grosclaude se maria le 15 septembre 1925 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) avec Marcelle Juif dont il eut quatre enfants.

Ancien élève de l’École normale supérieure (1919-1923), admissible à l’agrégation en 1922 et en 1923, après son service militaire à l’Intendance militaire qu’il termina comme sous-lieutenant en janvier 1924, délégué pour enseigner aux lycées Charlemagne et Rollin (mai-juillet 1924), agrégé des lettres en 1924, Grosclaude débuta sa carrière comme professeur de première au lycée de Bourg-en-Bresse (Ain) en 1924 puis au lycée Ampère de Lyon (Rhône) en 1927. En octobre 1930, il devint professeur de première supérieure au lycée du Parc à Lyon et chargé de cours à la Faculté de Lettres de Lyon (1930-1934). Il soutint en 1933 une thèse de doctorat sur La vie intellectuelle à Lyon dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle. De 1932 à 1939, membre de la Société historique, archéologique et littéraire de Lyon, il rédigea en 1932 une biographie du maire et président du Conseil radical-socialiste, Edouard Herriot, écrivain et homme d’État ; après 1939 il resta membre correspondant de cette société. Des parlementaires et ministres radicaux-socialistes appuyèrent ses démarches administratives tout au long de sa carrière.

En 1934, Grosclaude fut intégré dans le cadre parisien des professeurs et muté au lycée Janson de Sailly puis, en 1937, au lycée Michelet de Vanves (Seine). A cette époque, il rédigea deux brochures alertant sur les menaces du nazisme (Menace allemande sur l’Afrique et Alfred Rosenberg, le mythe du XXe siècle, aux éditions Sorlot).

Mobilisé le 25 août 1939 comme capitaine intendant militaire à Epinal, fait prisonnier le 19 juin 1940 et en captivité à Lübeck (Oflag XC), Grosclaude fut libéré le 16 juin 1941 comme père de quatre enfants, de plus malade. Peu après son retour, nommé, sur sa demande d’un poste en zone non-occupée, notamment en raison de son engagement anti-allemand, à la rentrée scolaire 1941 professeur à l’annexe Saint-Charles du lycée Maréchal Pétain de Marseille (Bouches-du-Rhône) où sa mère habitait, il entra dans le mouvement de résistance « Libération » auprès d’André Philip* ; il s’occupa de la diffusion du journal clandestin et participa à un groupe d’études chargé d’élaborer des projets transmis à Lyon puis à Londres. Ces activités durèrent toute l’année 1942 et jusqu’au printemps 1943.

Désireux de mener une action plus active, selon son témoignage, sa cousine Germaine Berty Albrecht* le mit en relation avec les responsables du groupe « Combat », où il fut chargé de la propagande dans les milieux lycéens et universitaires. Il fonda alors le journal clandestin Combat Universitaire qui n’eut que trois numéros. Sous le pseudonyme de « Lignon », il assuma la liaison avec les groupes clandestins de la préfecture des Bouches-du-Rhône.

Grosclaude fut arrêté le 26 mai 1943 dans une souricière tendue au domicile du Docteur Crouzet, chef départemental de « Combat » et du MUR, chez qui avaient lieu les rendez-vous les plus importants. Disculpé par le Dr Crouzet qui fut déporté, il fut relâché mais placé sous surveillance. Ayant su que son appartenance à l’Armée secrète avait été découverte, il quitta Marseille en juillet 1943 pour le village de Mazet-Saint-Voy dans la Haute-Loire, près du Chambon-sur-Lignon, où se réfugia sa famille. Son fils Michel passa son bac pendant la guerre comme élève au Collège Cévenol du Chambon-sur-Lignon.

Ayant obtenu sa mutation, Grosclaude rejoignit en octobre 1943 son nouveau poste, au lycée Debussy de Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise). Son appartement à Paris, 191 boulevard Péreire, étant surveillé par la police française, il élut domicile chez des amis à Ville d’Avray. Il poursuivit son activité clandestine sous le pseudonyme de « Devoluy » dans le Front national universitaire où son ami Edmond Lablénie* le fit entrer dès la fin de l’année 1943. Il fonda ainsi la section FNU du lycée Debussy, aida à la création de celles des lycées Charlemagne, Claude-Bernard, Lakanal, Carnot, Pasteur et diffusa largement l’Université libre où il écrivait des articles.

À la même époque, Grosclaude faisait des allers et retours en Haute-Loire, assurant des liaisons entre familles israélites cachées, y distribuait des tracts et y rencontrait l’historien de la culture allemande, adversaire du nazisme, Edmond Vermeil*, professeur à la Sorbonne, destitué de son poste en mai 1943. Il participait à des réunions chez Maître Gruny, avocat, boulevard Saint-Germain, où il rencontrait M. Maré, président administratif du parti radical-socialiste, et chez Maître Barthélémy, avocat avenue des Ternes. Il rencontrait aussi des militants communistes du Front national du XVIIe arrondissement de Paris, dans la perspective de prendre la mairie de l’arrondissement lors de l’insurrection.

À la fin août 1944, Grosclaude consacra une partie de son activité au FNU, en particulier à l’occupation du ministère de l’Éducation nationale le 20 août et à la réunion, le 21, des comités académiques du second degré pour les établissements du Nord de Paris, au lycée Chaptal, réunion qui se tint en pleine bataille de rues. Au cours de ces réunions, furent données les dernières consignes pour la prise du pouvoir et l’épuration. Le reste de son activité était consacré à la mairie du XVIIe arrondissement. Entré en juillet 1944 dans le Comité de Libération du XVIIe arrondissement, il prit une part active à la Libération de Paris dans cet arrondissement où il assuma dès le 20 août les fonctions de vice-président de la commission du ravitaillement et le 2 septembre, et jusqu’en 1946, d’adjoint au maire Eugène Grésillon. Depuis 1946, Grosclaude était maire-adjoint honoraire de cet arrondissement. Il succéda à Grésillon comme président du Comité de Libération du XVIIe arrondissement et à ce titre prononçait chaque année, à la cérémonie organisée par le Comité de liaison des associations d’anciens combattants du XVIIe arrondissement, le discours commémorant l’exécution de Guy Mocquet, devant l’immeuble où celui-ci avait habité, au 33 de la rue Baron. Il fut candidat aux élections pour l’Assemblée nationale constituante en 1945 en troisième position de la liste radicale-socialiste dans la deuxième circonscription de Paris.

À partir de la rentrée 1944, Grosclaude, professeur au lycée Buffon, rédigea de nouveaux articles pour L’Université libre, notamment sur la défense du latin mais aussi sur la réforme nécessaire du diplôme d’ingénieur, afin que techniciens et ouvriers puissent avoir accès à ces postes. Il préconisait un examen d’État en faculté préparé sur le mode et le programme établi par le CNAM afin de combattre les inégalités sociales. Il n’avait pas oublié que c’était dans une école suisse de ce type que son père avait obtenu son diplôme d’ingénieur. Lors du 1er congrès du FNU en décembre 1944, il était membre du comité directeur national, représentant du comité de L’Université libre.

Grosclaude fut chargé de recherche au CNRS de 1956 à 1959. Affecté administrativement au lycée Carnot, mis à la disposition du ministre des postes et télécommunications pour assurer des liaisons avec le Centre national d’études des télécommunications, il fut conseiller technique supérieur à l’Institut pédagogique national de 1961 à 1972 et à partir de 1962, directeur de travaux pour les candidats à l’agrégation au Centre national de télé-enseignement. Par ailleurs il assura la présidence du conseil d’administration de la Mission laïque française depuis 1946. À partir de 1958, il était secrétaire général du Mouvement national universitaire d’Action civique et à partir de 1969, assurait la rédaction en chef du périodique L’Université Française.

Secrétaire général du comité fondé à la Sorbonne pour la commémoration du bi-centenaire de l’Encyclopédie (1951), du Comité national pour la commémoration de Jean-Jacques Rousseau et de Diderot (1962-1963), du Comité national pour la commémoration de Madame de Staël (1966) et vice-président du Comité Renan, Grosclaude fut aussi secrétaire du Comité français Adam Mickiewicz (1955), président de « France-Pologne » et fait Chevalier de l’Ordre « Polonia Restituta ». Il écrivit les paroles de l’hymne de la Légion d’honneur dont la musique fut composée par Philippe Parés et qui parut en 1952.

Grosclaude publia de nombreux travaux d’érudition sur la littérature des XVIIe et XVIIIe siècles. Cinq fois lauréat de l’Académie française, il obtint le « Grand Prix Gobert en 1962 pour son livre Malesherbes, témoin et interprète de son temps. Membre de l’académie des Provinces, président de l’Académie rhodanienne des Lettres (depuis 1968), il était aussi président de « Pays Protestants ». Membre de la société des poètes français qu’il présida par la suite, Pierre Grosclaude publia également de nombreux ouvrages de poésie. Officier des Arts et des Lettres, il collabora pendant 20 ans à des émissions culturelles à la radiodiffusion française ainsi qu’a plusieurs journaux et revues (Le Monde, Les Nouvelles Littéraires, la Revue d’Histoire Littéraire de la France, Revue Française, L’Éducation Nationale, le Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, Évangile et Liberté...).

Il obtint les Palmes académiques en 1961. Chevalier de la Légion d’honneur en 1939, officier en 1948, il fut fait commandeur de la Légion d’honneur en 1963. Son action dans la Résistance lui valut la Médaille de la Résistance et de la reconnaissance française et le Mérite militaire. Pierre Grosclaude reçut en outre la médaille de vermeil de la Ville de Paris.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76386, notice GROSCLAUDE Pierre, Paul par Gérard Réquigny, version mise en ligne le 19 février 2010, dernière modification le 29 août 2018.

Par Gérard Réquigny

ŒUVRE :
- « En suivant le Rivage » (poèmes), Paris, Revue moderne des Arts de la vie, 1926 ;
- Au fil du fleuve. (poèmes), Préface de André Foulon de Vaulx, Paris, Ed. Le rouge et le noir, 1930 ;
- Edouard Herriot, écrivain et homme d’Etat, Paris, Ed. De la Caravelle, 1932 ;
- L’oeuvre de Madame Jean-Bach-Sisley, Ed. du Cep Burgonde, 1933 ;
- La Vie intellectuelle à Lyon dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Contribution à l’histoire littéraire de la province, thèse de doctorat, Paris, Picard, 1933 ;
- Jean-Jacques Rousseau à Lyon, thèse complémentaire, Lyon, Bosc frères, 1933 ;
- La poursuite obstinée (poèmes), Paris, Ed. de la Revue des poètes,1936 ;
- Le Concours de poésie 1936, Lyon, Impr. L. Pollet,1937 ;
- Le Chrétien en face des mystiques politiques contemporaines, Rodez, Ed. Suberbie, 1937 ;
- Alfred Rosenberg et le « Mythe du XX° siècle », Paris, F. Sorlot, 1938 ;
- Menaces allemandes sur l’Afrique, Paris, Impr. E. Ramblot, 1938 ;
- En exil, (poèmes de captivité), Lyon, Ed. de la Flamme, 1944 ;
- On dira plus tard (poèmes de Résistance et d’espoir), Paris, Ed. de la Revue moderne, 1945 ;
- L’éternelle escorte (poèmes), Paris, Jouve, 1946 ;
- Jean-Jacques Rousseau : confessions et rêveries d’un promeneur solitaire, Paris, Editions nationales, 1947, puis Magnard, 1954 ;
- Sainte-Beuve et Marceline Desbordes-Valmore : histoire d’une amitié, Paris, Ed. de la Revue moderne, 1948 ;
- Cette autre mer profonde, (poèmes), Paris, Ed. de la Tour du guet, 1950 ;
- Un audacieux message : l’Encyclopédie, Paris, Nouvelles éditions latines, 1951 ;
- Chamfort : maximes et anecdotes, Paris, Imprimerie Nationale, 1954 ;
- Vers quels rendez-vous ? (poèmes), Paris, G. Janet, 1954 ;
- Le renoncement de Jean Racine, Paris, Magnard, 1955 ;
- Ce monde inhumain, Paris, Nouvelles éditions latines, 1956 ;
- Ces autres qui viendront (poèmes), Paris, G. Janet, 1958 ;
- Femme de science et poète : Lucie Rondeau-Luzeau, Paris, Nouvelles éditions latines, 1958 ;
- Poètes protestants d’aujourd’hui (Anthologie en collaboration avec Gaston Bourgeois), 1958 ;
- J-J Rousseau et Malesherbes, Paris, Fischbacher, 1960 ;
- Malesherbes témoin et interprète de son temps, Paris, Fischbacher, 1961 ;
- Malesherbes et son temps, nouveaux documents inédits, Paris, Fischbacher, 1964 ;
- Comme une course étrange, (poèmes), Paris, G. Janet, 1965 ;
- Délirante humanité, Paris, Nouvelles éditions latines, 1970 ;
- Lumière du Nord, (poèmes), Paris, Ed. Etape, 1972.

SOURCES : Arch. Nat., F/17 28700. — Archives IRHSES. — L’Université libre. — Brochure de l’ACREN de 1948. — Renseignements fournis par ses fils Gérard et Christian. —Notes de Jacques Girault.

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