DELLENBACH Jeanne [née HIEBEL Jeanne]

Par Madeleine Singer

Née le 25 décembre 1915 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; institutrice, puis directrice d’école ; membre du comité national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1951 à 1955.

Aînée des quatre enfants d’Alfred Dellenbach, cheminot, qui était marié avec Marie Mongel, institutrice, Jeanne Dellenbach fit ses études à l’EPS de Strasbourg ; elle était alors Guide de France. Elle devint cheftaine de Jeannettes en entrant en 1931 à l’École normale de Sélestat. À sa sortie, elle fut comme toutes les normaliennes de sa promotion envoyée en Moselle. Au nom de ses camarades, elle écrivit aux inspecteurs d’Académie, au recteur, aux préfets, au ministre : elles protestaient contre cette injustice, vu qu’elles étaient entrées à l’École normale pour enseigner dans le Bas-Rhin où l’on venait d’embaucher 26 intérimaires. Elles ne revinrent dans ce département qu’en 1936, avec un blâme : on leur reprochait les termes de leurs lettres ainsi que le fait de n’avoir pas écrit par voie hiérarchique. Jeanne Dellenbach fut alors nommée à Witternheim, un petit village à 9 km d’une gare.

En 1940, elle dut faire à Mannheim trois mois d’« Umschulung » : c’était un stage de rééducation nazie. Elle démissionna avant Noël, ne voulant pas enseigner dans une école primaire d’Allemagne, comme ce fut le cas pour ses collègues tels qu’Alfred Stengel*. Sa sœur qui appartenait à la promotion 1935-1938 de l’École normale, était déjà partie à Poitiers. Réintégrée en 1945 dans une école de Strasbourg, elle devint en 1957 directrice de l’école Saint Jean à Strasbourg, puis en 1967 directrice de l’école P.-Langevin où elle prit sa retraite en 1971.

Adhérant au SGEN dès la Libération, elle devint aussitôt membre du bureau départemental Premier degré. Ce bureau rassemblait d’autres Résistants : outre A. Stengel, on y trouvait Antoinette Merk qui était membre du Comité local d’épuration. Celle-ci, à Berlin, le 25 octobre 1943, avait été condamnée à mort par les Allemands ; sa peine fut commuée en quinze ans de détention, mais elle fut libérée par les Russes. Institutrice dans le Bas-Rhin, A. Merk avait été affectée à une école primaire dans un faubourg de Mannheim, après les trois mois d’« Umschulung ». Là, avec des collègues alsaciens et des amis allemands, elle s’occupa des prisonniers français, avait fait passer des lettres à la frontière et en fit évader plusieurs par la filière de Reichshoffen, jusqu’au jour où un Nancéien, travailleur libre, s’infiltra dans le groupe qu’il vendit aux Allemands.

Dans le bureau départemental, Jeanne Dellenbach se chargea du secrétariat et de la trésorerie départementale du Premier degré, exerça des mandats tant à la commission administrative paritaire départementale qu’au Conseil départemental. Elle fut donc élue en 1951 au comité national où elle siégea pendant quatre ans. En 1960 elle se maria avec Auguste Hiebel, directeur d’école, qui participait tous les jeudis à leurs travaux : expédition du bulletin syndical, etc. Elle quitta alors le bureau départemental ; elle avait été pendant quinze ans la cheville ouvrière de la section Premier degré, un de ces militants modestes qui assurent l’implantation locale du Syndicat. Elle était officier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76423, notice DELLENBACH Jeanne [née HIEBEL Jeanne] par Madeleine Singer, version mise en ligne le 23 février 2010, dernière modification le 26 février 2010.

Par Madeleine Singer

SOURCES : École et Éducation, 1950-1955. — Lettres de Madame Hiebel à Madeleine Singer, mars 1995, 12 juin 1996. Pour Antoinette Merk, voir sa réponse à M. Singer en 1980 (archives privées).

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