MALET Gaudérique, François, Marcelin [« MOULIN » dans la Résistance]

Par André Balent

Né le 12 mars 1918 à Saint-Estève (Pyrénées-Orientales), mort le 13 février 1993 à Perpignan (Pyrénées-Orientales) ; instituteur ; résistant ; militant syndicaliste ; maire d’Err (Pyrénées-Orientales).

Gaudérique Malet naquit dans un village agricole de la périphérie de Perpignan. Son père, propriétaire à Saint-Estève était âgé de vingt-neuf ans en 1918. Sa mère, Élisa Fabre avait vingt-sept ans à la même date.

Élève à l’école normale de garçons de Perpignan, il obtint, pour ce motif, un sursis militaire en 1938. Mobilisé le 16 septembre 1939, il effectua un stage à Saint-Maixent à l’école des officiers de réserve. Aspirant le 16 mai 1940, il fut affecté, le 2 juin, au 16e Régiment de Tirailleurs sénégalais. Fait prisonnier par les Allemands le 10 juin, il réussit à s’évader, le 15 juillet, du camp de Beaune-la Rollande. Dès le 19, il était au camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) où il entreprit les démarches pour se faire démobiliser. Rendu presque aussitôt à la vie civile, il ne fut officiellement démobilisé que le 25 février 1941.

Le 10 août 1940, il épousa Georgette Mauné, institutrice à Saint-Génis-des-Fontaines (Pyrénées-Orientales). Le couple eut deux enfants : Georges fut professeur de physique à l’IUT de l’université Perpignan ; Michel, médecin généraliste s’établit à Osséja (Pyrénées-Orientales).

En octobre 1940, il fut nommé instituteur à Odeillo (commune de Réal-Odeillo, Pyrénées-Orientales), minuscule village montagnard du Capcir. En octobre 1941, il obtint sa mutation (avec sa femme) à Err, autre village montagnard, en Cerdagne, tout près de la frontière espagnole. Cette affectation allait décider son engagement dans la Résistance. En effet, secrétaire de mairie, il fut d’emblée en contact, avec le maire SFIO, un personnage hors normes, Barthélemy Lledos*. Des liens d’amitié s’établirent entre le maire et son secrétaire de mairie. Par Lledos, Gaudérique Malet fut amené bientôt à participer aux activités de réseaux qui, en Cerdagne, faisaient franchir clandestinement la frontière franco-espagnole non seulement à ceux qui voulaient rejoindre la France Libre -Londres et plus tard Alger- mais aux victimes de persécutions, en particulier des Juifs, en partance pour le Nouveau Monde via Lisbonne. Le chauffeur particulier du maire, le Barcelonais « Alexandre », lui apprit à conduire afin qu’il pût se déplacer afin de bien faire fonctionner les filières clandestines. Il lui apprit aussi à jouer au bridge, jeu qui devint une passion qui ne le quitta jamais. Secrétaire de mairie, il mit ces fonctions à profit pour devenir un faussaire expert qui fournit toutes sortes de papiers (cartes d’identité ou d’alimentation) aux fugitifs candidats aux passages en Espagne. Ses archives privées, recoupées avec les témoignages oraux et les autres sources écrites montent qu’il fut simultanément (en 1943) membre d’au moins trois réseaux : « Akak », lié aux services américains (OSS) ; les « Travaux ruraux » des services secrets de l’armée d’armistice dirigés par le colonel Paillole ; la « mission Papillon ». Dans son activité clandestine, il fut en contact avec plusieurs militants de gauche ou des résistants d’autres obédiences politiques : Victor Kapler*, médecin communiste de Saillagouse, créateur local d’ « Akak », bientôt fugitif car trop exposé parce que Juif et communiste ; Antoine Cayrol* de Saillagouse ; Josep Mas i Tió*, « guérillero » communiste, intrépide et atypique basé dans la commune voisine de Llo dont il ravitaillait les hommes en même temps que les fugitifs qu’ils prenaient en charge ; le brigadier Raymond Botet, maréchal de logis chef de la brigade de gendarmerie de Saillagouse, résistant en contact avec le représentant de Paillole dans le département, Hector Ramonatxo, protecteur de Mas et de ses hommes.

Parmi les nombreuses personnes qui bénéficièrent des filières auxquelles participait Gaudérique Malet : Bernard de Lattre de Tassigny, fils du futur maréchal ; Monique Giraud, fille du général rival de de Gaulle à Alger.

Membre, par ailleurs, des MUR, Gaudérique Malet fut aussi de l’AS. Il intégra l’état major départemental des FFI à leur création (Voir Cayrol Dominique). Du 4 mai au 21 août 1944, il rejoint le maquis formé par des FFI locaux et les hommes de Josep Mas. Ce maquis, installé d’abord dans la montagne de Sainte-Léocadie, commune limitrophe d’Err, dut ensuite se replier en Conflent (Pyrénées-Orientales) sur les hauteurs du village de Sansa. Avec son maquis, Malet participa à la libération de la Cerdagne, effective le 19 août 1944. Membre de l’état major départemental des FFI, il prit position, avec des guérilleros espagnols, au poste frontière de Bourg-Madame.

Gaudérique Malet n’adhéra à aucun parti. Il fut cependant un sympathisant de la SFIO puis du PS. Il resta toujours fidèle à ces choix politiques et idéologiques. Il adhéra au SNI et à la FEN, puis au SE (Syndicat des Enseignants) y compris après avoir pris sa retraite. Il prit sa dernière carte syndicale (au SE) l’année de sa mort.

Il demeura instituteur à Err jusqu’en octobre 1952, date de sa mutation à Perpignan où il prit sa retraite en 1973. Il demeura toujours très attaché à Err, son village d’adoption, où il conserva une résidence et dont il demeura électeur. Pendant son séjour professionnel à Err, il anima la vie culturelle du village, montant, en particulier, des pièces de théâtre.

Le 21 mars 1971, à l’issue du renouvellement général des conseils municipaux, il fut élu maire d’Err. Il démissionna de ces fonctions en 1974 pour convenances personnelles. Pendant son mandat, il contribua, avec le conseil général du département (Voir Grégory Léon-Jean), au lancement de la station de ski d’Err-Puigmal et au maintien de la laiterie coopérative de Cerdagne dans la commune. Il fit, tardivement, dans une commune de Cerdagne terre de désertion et d’insoumission, édifier le monument aux morts des deux guerres mondiales du village.

À partir de sa retraite, il était domicilié alternativement à Perpignan (rue Vincent d’Indy) et à Err. Officier de réserve depuis 1964, il adhéra en 1987 à l’Amicale des anciens des services secrets. Il mourut prématurément des suites d’un cancer.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76467, notice MALET Gaudérique, François, Marcelin [« MOULIN » dans la Résistance] par André Balent, version mise en ligne le 28 février 2010, dernière modification le 4 février 2016.

Par André Balent

SOURCES : Arch. Com. Err. — Arch. Com Saint-Estève. — Arch. Privées Gaudérique Malet, diverses pièces dont une lettre d’Édouard Depreux*, ministre de l’Intérieur (15 octobre 1947) mentionnant sa « belle attitude » pendant la Seconde Guerre mondiale. — André Balent, « Frontière, négoce, contrebande et politique, un notable cerdan de la première moitié du XXe siècle : Barthélemy Lledos (1884-1951) », Études roussillonnaises, XIV, Canet, 1996, pp. 129-150 ; « Del Ripollès à la Cerdanya, guerres i revolució : Josep Mas (1897-1946), militant i guerriller », Annals del Centre d’estudis comarcals del Ripollès 2003-2004, Ripoll, 2005, pp. 81-98 + 98a-98f. — Marc Blaise, Histoires d’Err, Font-Romeu, Digital productions, 2000, 201 p. — Émilienne Eychenne, Les portes de la liberté. Le franchissement clandestin de la frontière franco-espagnole dans les Pyrénées-Orientales de 1939 à 1945, Toulouse, Privat, 1985, 285 p. — Conversations avec Antoine Cayrol, de Saillagouse. — Entretien avec M. Georges Malet, fils de Gaudérique Malet, Err, 24 avril 1996.

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