JUNILLON Lucien, Louis

Par Roger Pierre, Gilles Morin, Gilles Vergnon

Né le 31 octobre 1909 à Étoile-sur-Rhône (Drôme), mort le 29 octobre 1984 à Paris ; fonctionnaire des PTT, militant socialiste, puis gaulliste, secrétaire général du “Front travailliste” ; conseiller de l’Union française de 1948 à 1958, sénateur de la Drôme de 1968 à 1971.

Issu d’une vieille famille d’Alixan, fils de Lucien Junillon, facteur à Étoile, et de Marie Bonnardel, Lucien Junillon, après avoir suivi des études au collège technique de Valence, entra très jeune, en 1926, dans l’administration des PTT où il gravit tous les échelons : surnuméraire (le plus jeune de France à ses dires), puis commis, receveur, rédacteur principal, inspecteur puis administrateur des PTT en 1946.

Adhérent à la SFIO en 1932, comme son père et son frère, il devint en 1933 le secrétaire adjoint de la section de Romans, puis, en 1934, le secrétaire. Le congrès fédéral de Romans, le 6 mai 1934, le nomma au comité fédéral mixte des Jeunesses socialistes où il représentait le parti, mais c’est en tant que délégué fédéral à la propagande qu’il assura en 1936 et 1937 de nombreuses réunions dans le nord de la Drôme, constituant de nouvelles sections et faisant le coup-de-poing contre le PPF et autres formations “ligueuses”. Proche un temps de la “Gauche révolutionnaire” (représentée dans la Drôme par Soulès et Laplagne), il fut délégué en 1937 au congrès de Marseille. Reçu en 1939 à l’examen de rédacteur principal, Lucien Junillon fut nommé à Dijon, tout en continuant à assurer dans la Volonté socialiste la chronique des livres.

Après avoir participé à un réseau de la France combattante durant la guerre, il devint administrateur des PTT en 1946. Secrétaire général de la commission des Méthodes au ministère des PTT, puis membre de la mission chargée de la réforme administrative auprès du général de Gaulle, président du GPRF en 1945, il fut ensuite détaché comme chargé de mission à la réforme administrative dans les cabinets du président du conseil Félix Gouin, puis de Jules Moch, ministre des travaux publics, puis ministre de l’Intérieur en décembre 1947. Élu conseiller de l’Union française le 18 septembre 1948, il siégea jusqu’en 1958 dans cette assemblée, présidant la commission de la législation et de la justice puis de 1959 à 1968 au Conseil économique et social, représentant de l’Outre-mer.

Membre du bureau fédéral de la fédération SFIO de la Drôme en 1951, Junillon fut candidat dans le canton de Romans en octobre de cette année-là : il n’obtint que 6 % des suffrages exprimés. Devenu conseiller municipal de Romans de mai 1953 à mars 1959 sur la liste de Paul Deval, il présida le Comité pour l’aménagement et l’expansion économique de la Drôme, à partir de 1964.

Junillon participa à partir de 1959 au bureau fédéral de la SFIO et fut délégué à plusieurs réunions nationales dans lesquelles il assuma des fonctions : membre de la commission chargée d’étudier les problèmes d’Outre-mer au conseil national des 3 et 4 mai 1958, il fut désigné à la commission « gestion de l’entreprise » des journées nationales d’études des 7 au 10 mai 1959. Après s’être présenté sans succès au comité directeur du Parti socialiste au congrès de 1959 (où il fut le 4e non élu) puis en 1960 (où il fut le premier battu), il remplaça Jean Le Coutaller décédé dans l’organisme central du parti de 1960 à 1965, année où il ne fut pas renouvelé (il fut le 1er non élu). Cette élection semblait couronner sa carrière, mais Lucien Junillon briguait depuis longtemps un mandat de parlementaire. Écarté par le congrès fédéral de mai 1951 de la liste socialiste aux élections législatives, il fut désigné en août 1962 suppléant du sénateur Marius Moutet, alors qu’il espérait porter les couleurs de son parti aux élections sénatoriales de septembre. Une lettre à Maurice Pic* du 26 août 1962, dans laquelle il rappelait ses « 17 campagnes électorales faites pour les autres » depuis 1932 et ses sacrifices pour le parti, donnait une idée de son amertume.

L’élection présidentielle de 1965 et la candidature de François Mitterrand*, qui ajoutaient à la rancœur personnelle des désaccords sans doute réels, fut l’occasion de la rupture et du ralliement de Lucien Junillon au Front travailliste, petite formation gaulliste de gauche dont il devint le secrétaire général. Dans une lettre à Marcel Champeix du 2 janvier 1966, le vétéran socialiste exposait ses raisons ; expliquant qu’il ne « reniait » pas l’idéal socialiste, mais « certains hommes » ; il ajoutait qu’il n’avait pas « milité pendant trente-quatre ans pour servir finalement les projets de M. Mitterrand, voire ceux de M. Lecanuet dans lesquels le socialisme tient une petite place d’opportunité » et qu’il préférait « servir ceux du général de Gaulle » pour lequel il éprouvait un « attachement sentimental ». Quelques semaines auparavant, il avait déclaré, lors d’une entrevue avec Maurice Pic à Valence, ne pas accepter de « mêler son bulletin pour un candidat soutenu par les staliniens, les fascistes, les poujadistes et les pétainistes d’Issoire ».

À la mort de Marius Moutet, en octobre 1968, il vint siéger au Sénat, malgré les protestations de ses anciens amis politiques. L’élection en septembre 1971 de Maurice Pic, qui redonnait aux socialistes le siège de Marius Moutet, mit fin à cette brève carrière sénatoriale. Maurice Vérillon*, alors sénateur honoraire qui l’avait battu au renouvellement du Sénat en 1971, fut la seule personnalité socialiste locale présente à ses obsèques.

Lucien Junillon avait été membre du comité de direction de la Revue administrative et fut rédacteur en chef de la revue L’administration moderne en 1958. Il était officier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76471, notice JUNILLON Lucien, Louis par Roger Pierre, Gilles Morin, Gilles Vergnon, version mise en ligne le 28 février 2010, dernière modification le 16 juillet 2011.

Par Roger Pierre, Gilles Morin, Gilles Vergnon

ŒUVRE : En collaboration : Les Problèmes de la paix, éd. de La Volonté socialiste (1938). — Réforme de l’administration française (1945). — Projet de réforme administrative (1946).

SOURCES : Arch. Dép. Drôme, fonds Junillon, 41 J 48 à 52. — Arch. Nat., F7/15493 A, n° 2783 dossier Moutet. F/1cII/289. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Bulletin intérieur de la SFIO, n° 111, 117. — Publication de l’Assemblée de l’Union française, 1958. — Profession de foi aux législatives de 1958. — La Volonté socialiste. — État civil d’Étoile.

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