GOUTIER Michel, Charles, Louis

Par Jacques Girault

Né le 20 juin 1882 à Boulogne (Pas-de-Calais), mort à Toulon (Var) le 19 juillet 1966 ; commis, puis inspecteur des PTT ; candidat communiste aux élections législatives de 1936 dans le Var ; vice-président de la Fédération nationale des sociétés coopératives d’HLM en 1966.

Son père, fils de rentiers, avait été le condisciple du futur maréchal Pétain, au collège Saint-Berlin à Saint-Omer. Il avait deux enfants qui reçurent une éducation religieuse. Michel Goutier obtint le Brevet élémentaire à La Rochelle en 1898. Son père, après la fermeture de l’abattoir de Saint-Pierre d’Oléron (Charente-Inférieure) qu’il dirigeait, fut nommé, en 1899, à la direction de l’abattoir d’Oran.

Michel Goutier fut reçu au concours de surnuméraire des PTT (cadre métropolitain) en septembre 1900. Successivement en poste à Tiaret et à Oran, il devint commis des PTT dans cette ville, le 1er novembre 1903. Exempté du service militaire pour pleurésie, marié à Oran en septembre 1906, alors père de quatre enfants, un cinquième étant né par la suite, il ne fut pas mobilisé en 1914. Mais ses deux beaux-frères moururent au front.

Michel Goutier avait adhéré à l’Association générale des agents des PTT le 11 juin 1901. Il en devint secrétaire pour la région d’Oran. Il la réorganisa après la grève en 1909 et encourut de multiples sanctions puisque le droit syndical des fonctionnaires n’était pas reconnu. Il fut délégué aux congrès nationaux de l’Association en 1909, 1910, 1912 et en juin 1914. Il avait fondé à Thiaret, en 1902, une cantine coopérative.
Membre de la SFIO et de la Ligue des droits de l’Homme depuis 1910, Michel Goutier fut délégué par la section d’Oran de la Ligue au congrès national de Paris (30-31 mai — 1er juin 1914). Fondateur de coopératives d’alimentation et de boulangerie, il administrait aussi « La Ruche des PTT », organisme coopératif d’HBM à partir de 1920.
Après avoir partagé les analyses du courant zimmerwaldien, Michel Goutier opta pour la motion Cachin-Frossard et adhéra au Parti communiste après le congrès de Tours. Il avait été déjà candidat socialiste pour le conseil général en décembre 1919 dans le secteur Karguentah-Hôtel de ville aux côtés de Julien et de Charbonnier. Pour l’élection municipale d’Oran du 5 juin 1921, il était en deuxième position sur la liste du Parti socialiste (SFIO) conduite par André Julien, alors conseiller général. Ce dernier pouvait écrire en janvier 1976 à propos de Goutier « une droiture parfois intransigeante, un dévouement illimité à la cause qui impliquait un véritable courage et qu’il dispensait au-delà de ses forces ». D’autre part, il participait à la rédaction de La Voix des humbles, « revue d’éducation sociale et corporative », dirigée par l’instituteur kabyle, Faci.

Toujours membre de la Ligue des droits de l’Homme, Michel Goutier devint secrétaire de la section d’Oran du syndicat des agents des PTT dès sa création au lendemain de la guerre. Secrétaire du comité régional d’Oran, il fut délégué au premier congrès de la Fédération nationale des PTT par les trois départements d’Algérie (28-29-30 août 1919). La grande question qui intéressait les postiers d’Algérie était la fusion des cadres algériens et métropolitains. En marge du congrès, il multiplia, en relation avec les élus, des démarches auprès des ministères concernés. Le Soir, quotidien d’Oran, le 13 septembre 1919, rendait compte de cette action. Il avait reçu des assurances formelles ; aussi les participants décidèrent-ils de surseoir au mot d’ordre de grève générale puisque la décision ne relevait plus que du Gouverneur général. Cette fusion ne fut décidée que quelques mois plus tard. Michel Goutier y avait donc attaché son nom. Par la suite, les syndicats des postiers d’Algérie lui témoignèrent souvent de la reconnaissance comme semble l’indiquer les nombreux messages reçus à diverses occasions. Le 1er Mai 1920, il cessa le travail en dépit des avertissements du Gouverneur général. L’administration, outre la retenue de traitement, lui adressa le « mécontentement » de ses supérieurs, porté dans son dossier. Enfin, il fut délégué au congrès de Lille de la CGT (25-30 juillet 1921) où il représentait, outre les syndicats de postiers, l’Union départementale de la CGT d’Oran dont il était devenu le secrétaire dès sa fondation.

Michel Goutier, dont l’épouse Louise Goutier était née en Algérie, avait obtenu sa mutation en France pour raisons de santé. Nommé à Toulon, il habita, à la fin de 1921, le populeux quartier du Pont-du-Las, puis en 1923, une maison dans le quartier est de la ville.

Le 23 avril 1922, Michel Goutier était élu au conseil d’administration de la section communiste de Toulon. Au congrès de l’Union départementale de la CGTU à Toulon, le 1er octobre 1922, où il représentait le syndicat des PTT, il devint membre de la commission exécutive, puis, le 23 décembre, il devait accéder à son bureau.
Son activité restait toujours syndicale. Il représentait toujours le comité régional d’Algérie au congrès du Syndicat national des agents des PTT et au congrès de la Fédération nationale des PTT à Paris (23-24 avril 1922). Dans de nombreuses réunions de fonctionnaires dans la région, Goutier intervenait au nom de la Fédération unitaire. Secrétaire du syndicat unique des PTT de Toulon et secrétaire de la région du Sud-est de ce syndicat, il prit notamment la parole à la Bourse du Travail de Marseille dans un meeting du Cartel des services publics de la CGT, le 27 février 1925. Après l’acceptation par la CGT d’un traitement de base qu’il estimait trop bas, après avoir critiqué la politique du Bloc des gauches, Michel Goutier, selon le rapport du commissionnaire spécial, aurait déclaré avoir eu la « naïveté d’avoir cinq enfants qui feront probablement de la chair à canon mais en attendant, le gouvernement veut les faire vivre avec des moyens dérisoires ». À l’issue de cette campagne revendicative, Goutier, traduit devant le conseil régional de discipline, le 23 octobre 1925, pour « participation à la rédaction d’un ordre du jour injurieux à l’adresse du gouvernement » avait été sanctionné par un « avertissement comminatoire ». Dans le même temps, Goutier s’occupait du mutualisme des fonctionnaires en train de s’organiser.

L’année précédente, Michel Goutier, « postier télégraphiste mixte », était devenu commis principal. Son supérieur hiérarchique ne tarissait pas d’éloges « agent très intelligent, actif, connaissant divers services, très bon jugement, beaucoup d’initiative, très correct, très bonne éducation et tenue, ferait un très bon receveur ». N’ayant pas obtenu une recette postale, Goutier travaillait de nuit, ce qui lui permettait de faire, dans la journée, de la représentation pour le compte d’une usine de cuisinières de ménage qu’il continua jusqu’en 1951 (fonderies Léon Jacquel de Saint-Denis).
Devant le conflit interne à l’Union départementale CGTU (voir Viort) Michel Goutier abandonna ses responsabilités, le 12 février 1926. Il se contenta pendant quelques années de participer à la vie de la Fédération postale unitaire. Il avait été délégué au troisième congrès de la CGTU à Paris (26-31 août 1925). Membre de la commission de « Main-d’œuvre étrangère et mouvement colonial », mandaté par les syndicats de Constantine et de Toulon, il intervint, le 27 août, dans la discussion sur la stratégie des grèves, s’afforçant de réhabiliter les grèves partielles.
À nouveau délégué au congrès de la CGTU de Bordeaux (19-24 septembre 1927), il intervint, le 23 septembre, sur la question des syndicats à bases multiples. Il se montrait favorable aux caisses d’assurances et à la Caisse nationale de solidarité, lieu de rencontre avec d’autres travailleurs de l’État. Il détenait cinq mandats de syndicats des PTT (Toulon, Draguignan, Alger, Constantine et Oran). De même, il était délégué au congrès national de 1929 (15-21 septembre 1929) et notait le rapport moral. Il avait alors les mandats des syndicats de Toulon et de Constantine.
Goutier militait toujours au sein du Parti communiste dans la cellule de ville à Toulon, puis, dans la cellule des PTT mais ne fut pas candidat aux élections municipales de 1925 et de 1929. Il participa à la création d’un groupe des Amis de l’URSS, le 15 mai 1928 à Toulon.

Michel Goutier fut élu à la commission exécutive de la neuvième Union régionale de la CGTU le 20 mai 1928. Sur treize réunions, il fut neuf fois excusé ; réélu, le 29 mars 1929, il fut deux fois présent sur vingt-huit réunions et fut néanmoins à nouveau réélu à la commission exécutive au congrès régional de Nice, le 14 juillet 1930. Son travail de nuit devait être certainement à l’origine de ses nombreuses absences. En octobre 1929, il était devenu secrétaire de la Fédération départementale unitaire des PTT qui venait d’être créée. Le 26 avril 1931, au congrès de la Fédération départementale postale de la CGTU, Goutier devenu commis principal au télégraphe, abandonna le secrétariat et fut nommé secrétaire adjoint. Il retrouva par la suite le poste de secrétaire.

Michel Goutier fut choisi comme candidat lors de l’élection complémentaire pour le conseil général dans le deuxième canton de Toulon (centre de la ville). Le 7 octobre 1930, il obtenait 217 voix sur 8 401 inscrits. Lors de l’élection législative de 1932, il fut parmi les responsables de la campagne électorale du Bloc ouvrier et paysan dans la troisième circonscription (région hyéroise).

Lors de la réorganisation du Parti communiste, en juin 1932, secrétaire de la cellule des PTT de Toulon, Goutier fut pressenti pour être secrétaire du nouveau sous-rayon de Toulon. On ne sait s’il fut nommé à cette responsabilité. Il anima, entre autres, le congrès ouvrier et paysan contre la guerre de Toulon, le 24 juillet 1932 et fit partie du comité de vigilance contre la guerre créé à cette occasion.

Son activité à Toulon fut plus importante. Ayant fait la grève d’une heure lancée par la CGTU, le 13 avril, puis à nouveau la grève lancée par la CGT, le 16 avril, Michel Goutier devenu contrôleur adjoint, fut suspendu avec le dirigeant socialiste du syndicat CGT des PTT. Il devint alors le symbole de la répression gouvernementale et présida la plupart des meetings de protestation contre les décrets-lois à la fin de 1934 et en 1935. Le 1er Mai 1934, après la manifestation commune avec la CGT à Toulon, il prit la parole avec le secrétaire de l’Union départementale de la CGT.

Michel Goutier, rétrogradé de contrôleur à commis principal, fut muté d’office à Clermont-Ferrand, le 30 avril où il resta quelques semaines. Il préféra prendre une retraite au début du mois de juillet puisqu’il avait les annuités nécessaires. Il n’eut droit à une retraite d’inspecteur qu’après l’amnistie promulguée sous le Front populaire. Il exerça alors l’emploi de représentant qu’il occupait jusqu’alors en travail supplémentaire. Il put aussi consacrer plus de temps à la coopérative de construction d’HBM. « La Prolétarienne », dont il était administrateur et dont le président était l’adjoint au maire et conseiller général de droite, Jacques Boyer.

Militant actif, Goutier participa à la délégation de la CGTU qui proposa l’unité d’action au congrès de l’Union départementale de la CGT à la fin du mois de juillet 1934.
Le 7 octobre de la même année, Michel Goutier avait été le candidat communiste pour le Conseil général dans le deuxième canton de Toulon ; il recueillait 285 voix sur 8 301 inscrits et se désista pour le candidat de la SFIO.

Peu de temps auparavant, à l’issue de graves dissensions dans le conseil municipal de Toulon, une forte minorité d’édiles avait démissionné. Pour les élections municipales complémentaires, les communistes toulonnais suivirent l’avis de Michel Goutier et présentèrent une liste homogène dès le premier tour. Elle arriva en tête et Goutier, en troisième position, obtint 3 495 voix sur 27 938 inscrits. Le 4 novembre 1934, à l’issue d’une campagne violemment anticommuniste, la liste était élue ; Goutier obtenait 5 037 voix et fut désigné par la Commission des travaux.

En raison de son expérience des affaires administratives de constructions immobilières, Michel Goutier, que Flandrin appelait ironiquement le « demi intellectuel » fut la cheville ouvrière de la minorité communiste dans l’assemblée communale. Tout particulièrement, son action porta sur l’affaire de la société qui devait construire sur les terrains libérés par la démolition des remparts. Le Petit Provençal, comme les autres journaux, saluait ses « arguments serrés et solides ». Dans une séance du conseil, le 9 janvier 1935, Goutier reconnut avoir obtenu une audience au ministère de l’Intérieur, où, en accord avec le Bureau politique du Parti communiste, il demanda communication de certains dossiers concernant la convention signée par la municipalité. Escartefigue, le maire, protesta contre cette mission en affirmant que Michel Goutier avait ses « petites et grandes entrées » au ministère, répartie qui occassionna de violents incidents. Le 7 mars 1935, le conseil municipal adoptait à l’unanimité le projet de construction de lavoirs-bains-douches que Goutier avait présenté à la Commission des travaux. Il fut envoyé à Villeurbanne au début de mars 1935 par le maire pour y étudier le fonctionnement des établissements charitables.

Aux élections municipales générales de 1935, le Parti communiste présenta une liste homogène en raison de difficultés rencontrées avec la SFIO. Le 5 mai, Goutier arrivait en deuxième position de sa liste avec 3 057 voix sur 29 381 inscrits. Les communistes refusèrent de figurer sur la liste de coalition sous l’égide du député Brémond puisque les amis de Gozzi y étaient. Mais ils appelèrent à voter pour elle. Toutefois, une liste dite du « Bloc anti-escartefiguiste » avait été affichée par le président du syndicat libre des pêcheurs. Deux communistes seulement y figuraient, dont Goutier, indice de sa popularité. Délégué au congrès national de la CGTU (24-27 septembre 1935), Goutier intervint, le 24, sur la situation toulonnaise après les événements d’août. Il évoque la situation africaine ; selon lui, le mouvement d’unité se réalisera de la même façon parmi les travailleurs indigènes qu’il se réalisera parmi les travailleurs européens. ».

À la même époque, Michel Goutier accéda au bureau du rayon communiste de Toulon et fit partie de la commission de vérification des mandats lors du congrès d’unification de l’Union départementale CGT, le 22 décembre 1935 qui le désigna à la commission exécutive.

Goutier fut désigné pour représenter le Parti communiste aux élections législatives dans la première circonscription de Toulon (centre et quartiers orientaux). À la surprise des observateurs, le 26 avril 1936, il devançait le député sortant Brémond avec 3 064 voix sur 22 756 inscrits. Distancé de 4 000 voix par Escartefigue, devenu candidat du Front populaire, il réussit à réunir la quasi-totalité des voix des deux candidats « socialistes » dont Brémond, qui s’étaient désistés pour lui, obtenant 7 666 voix, soit 800 voix de moins que le maire de la ville.

Sa profession de foi opposait au passé d’Escartefigue sa lutte contre les décrets-lois et son activité lors de son passage au conseil municipal.

Aussi Michel Goutier fut-il désigné comme candidat à l’élection d’un conseiller municipal à la suite d’une invalidation. Mais, la section de Toulon de la SFIO présenta, cette fois, un candidat qui mena sa campagne uniquement sur la nécessité de défendre la politique du gouvernement Blum. Le 15 novembre 1936, Goutier arrivait en deuxième position avec 2 556 voix sur 30 170 inscrits et se désistait pour le candidat socialiste.
De la même façon, Michel Goutier fut candidat à l’élection complémentaire au conseil d’arrondissement dans le troisième canton de Toulon (est de la ville). Le 24 janvier 1937, après avoir recueilli 1 088 voix sur 11 504 inscrits, il se désistait pour le candidat socialiste.

Michel Goutier fut au centre de la réorganisation du Parti communiste dans la région toulonnaise. Le 12 décembre 1937, il devenait membre du bureau régional du Var et, le 19 novembre 1938, membre du comité régional du Var pour le Parti communiste. En mai 1938, il était membre du bureau de la 3e section de Toulon. À la même époque, il présidait le comité interdépartemental du Var de Radio-liberté et la section varoise du Secours populaire de France. Il jouait ainsi un rôle important dans la solidarité envers l’Espagne républicaine.

Inscrit au Carnet B, troisième groupe, Michel Goutier, le 18 novembre 1939, figurait sur la liste des trente « individus dangereux pour la défense nationale à interner au centre de surveillance de Saint-Maximin » selon le décret préfectoral. Cette décision ne fut pas exécutée. Le 19 mars 1940, le commissaire spécial de Toulon demandait son internement. Le 13 mai 1940, il se trouvait parmi les treize « individus dangereux pour la sécurité publique et la défense nationale » dont le préfet demandait l’internement au camp de Chabanet (près de Privas, Ardèche). Cette décision fut exécutée le 27 mai.
Comment avait-il vécu jusqu’à cette date ? À partir de l’automne 1939, il avait, affirmait-il, cessé toute activité politique. Il indiquait plus tard, qu’il se consacrait uniquement à la gestion de sa coopérative d’HBM tout en continuant d’exercer la profession de représentant de commerce. Pourtant, selon un rapport de police du 19 août 1940, en décembre 1939, alors qu’il se trouvait à Lyon (son fils travaillait alors dans les PTT), il était signalé « comme faisant de la propagande ».

Interné à Chabanet, Michel Goutier écrivait deux lettres au Préfet du Var. Le 11 juin 1940, il se mettait à la « disposition de la mobilisation civile du Var » et apportait son « affirmation sincère d’attachement absolu, et sans réserves, aux institutions et à la défense de la France ». Le 18 juin 1940, il indiquait à nouveau :

« Devant les malheurs qui frappent mon Pays, je tiens à venir vous exprimer mon ardent et sincère désir de m’employer de toutes mes forces, par mon travail et mes devoirs de famille nombreuse, à participer à son relèvement. »

Après avoir lu le message du Maréchal, Goutier écrivait à nouveau au Préfet, le 13 octobre 1940 :

« J’ai été profondément ému par cet exposé qui trace si justement le devoir impérieux de tous les Français qui veulent la résurrection de leur Patrie. Je suis de ceux-là et je ne demande qu’à m’intégrer dans la France nouvelle et à lui apporter sans réserve mon humble, mais sincère concours. »

Dans ces conditions, Michel Goutier fut libéré du Centre et astreint à résider à Aups, dans le Haut Var, le 21 octobre 1940. Le militant vivait alors une pénible situation : il signalait qu’il ne pourrait plus rembourser la société d’HBM pour la maison qu’il possédait à Toulon. D’autre part, sa femme était malade, deux de ses filles n’avaient pas de situation stable. Son fils, vérificateur aux PTT à Lyon, marié, père d’un enfant, était hospitalisé. Il demandait à retourner à Toulon, le 19 mars 1941, pour « consacrer, sans réserve, le restant de mes forces, comme tout bon Français se doit de le faire, à la rénovation de notre Patrie ». Il pouvait néanmoins se rendre à Lyon en avril ; son fils mourait le 1er mai. Finalement, le 30 mai 1941, un arrêté préfectoral rapportait son astreinte à résider.

Selon sa fille, Michel Goutier, de retour à Toulon, eut quelques rapports avec les communistes locaux mais se consacra à son travail, à sa coopérative et aux œuvres sociales des PTT.

À la Libération, selon plusieurs témoignages, Michel Goutier fut très affecté de la suspicion à son égard entretenue par certains communistes toulonnais. Considérant qu’il n’avait rien à se reprocher, il décida de ne pas réadhérer au Parti communiste. Il garda néanmoins de nombreuses relations amicales avec les communistes localement (il présidait par exemple le comité de patronage de la liste communiste dans le troisième canton pour les élections législatives de 1946) et nationalement où il eut, dans ses fonctions, de nombreuses occasions de montrer qu’il était resté en accord avec la politique du Parti communiste. Il militait d’autre part dans certaines organisations : présidence de la Fédération départementale des déportés et internés résistants patriotes, bureau départemental de la Ligue des droits de l’Homme et du Citoyen secrétariat du syndicat des voyageurs représentants de commerce jusqu’en 1952, etc. Il fut nommé en 1946 administrateur de l’hôpital de Toulon.

Candidat sur la liste CGT au conseil d’administration de la Caisse primaire de Sécurité sociale du Var, Michel Goutier fut élu, le 24 avril 1947, avec une moyenne de 10 732 voix sur 25 675 inscrits et y siégea deux années.

Il contribua à l’organisation de la Mutuelle générale des PTT dont il devint président d’honneur de la section varoise.

L’essentiel de son activité militante se reporta alors sur les questions d’habitation.
En 1947, Michel Goutier accédait au conseil d’administration départemental de HLM. Après la loi du 3 septembre 1947, la société coopérative « La Prolétarienne » dont il était devenu président l’année précédente — il devint directeur générale en 1952 — reprit ses activités. Pendant cinq années, son domicile servit de siège social. Sous sa direction, environ 2 000 logements furent construits dans le Var. Quand il quitta sa direction dans le courant de 1965, il fut nommé, sur proposition du conseil d’administration, administrateur à vie. Le 23 janvier 1966, en reconnaissance à celui qui avait donné quarante années de sa vie au service du logement social, la société donnait son nom à un ensemble de 165 logements collectifs édifiés dans le quartier de Valbertrand.

Michel Goutier fut élu, le 4 juin 1953, vice-président de la Fédération nationale des sociétés coopératives d’HLM et président de l’Union régionale de la Méditerranée.
Lors de son décès, la revue spécialisée Coop-habitat consacra plusieurs pages à son action. Le quotidien communiste Le Petit Varois-La Marseillaise consacra des articles à « notre ami » Goutier. Le conseiller général communiste du quatrième canton de Toulon écrivit à son épouse pour lui dire la « peine » des militants du quartier. L’ancien député communiste Bartolini et les principaux militants communistes du Var participèrent aux obsèques civiles.

Michel Gouthier fut un militant qui marqua de son action les divers secteurs de son activité (syndicat, politique, coopération). Il avait réussi à s’implanter à Toulon dans un milieu communiste difficile grâce à ses qualités de gestionnaire.

Voir les notices de Louise Goutier, son épouse et de leurs filles, Lucienne Goutier et Germaine Goutier qui militèrent dans les organisations communistes varoises. Une troisième fille, Pierrette milita aussi aux Jeunes Filles de France. Elle fut tuée dans un accident de la circulation en octobre 1944.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76524, notice GOUTIER Michel, Charles, Louis par Jacques Girault, version mise en ligne le 5 mars 2010, dernière modification le 5 mars 2010.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/12.976, 13.021, 13.123, 13.134, 13.164, 13.733. — Arch. Dép. Var, 2 M 3.52, 2 M 5.287, 2 M 6.25, 2 M 7.32.3, 2 M 7.33.1, 2 M 7.35.4, 4 M 47, 4 M 48, 4 M 49, 4 M 54, 4 M 55.2, 4 M 56.7, 4 M 59.2, 4 M 59.4, 7 M 12.2, 16 M 38, 18 M 86, 3 Z 2.6, 3 Z 2.9, 3 Z 2.10, 3 Z 2.12, 3 Z 2.14, 3 Z 2.23, 3 Z 4.21, 3 Z 4.29, 3 Z 4.60, Cabinet 684, 864. — Arch. Com. Toulon. — Archives privées fournies par la fille de l’intéressé. — Renseignements fournis par la Fédération nationale des coopérateurs d’HLM. — Presse locale, corporative, spécialisée. — Renseignements fournis par MM. Aboughanem, Ch. R. Ageron, Ch. A. Julien, J.M. Guillon. — Sources orales.

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