GRAVOT Robert, Félix

Par Christian Bougeard, Jacques Girault

Né le 22 août 1912 à Brest (Finistère), mort le 21 novembre 1976 à Brest ; professeur ; militant socialiste SFIO, conseiller municipal et adjoint au maire de Brest, conseiller général.

Robert Gravot vers 1970
Robert Gravot vers 1970

Le père de Robert Gravot était ouvrier ébéniste des ateliers municipaux, de forte tradition républicaine et laïque, marqué par la Première Guerre mondiale. Sa mère était titulaire du certificat d’études primaires. Tous les deux furent de grands amateurs de théâtre et d’opéra. Ils eurent trois fils qui ne reçurent aucun sacrement religieux. Robert Gravot, l’aîné, élève au lycée de Brest, obtint le baccalauréat (Philosophie), puis boursier, entra en classe de première supérieure au lycée de Rennes en 1930. Après avoir obtenu une licence de lettres et un diplôme d’études supérieures (Philosophie) à la faculté des lettres de Rennes, il fut reçu à l’agrégation de Philosophie en 1937.

Robert Gravot fut nommé comme délégué pour enseigner les lettres au collège de Nyons (Drôme) en 1936 avant d’être nommé professeur de philosophie au lycée de garçons de Brest en 1938.

Robert Gravot se maria en décembre 1937 à Brest avec une amie de sa famille, fille d’un employé communal syndiqué à la CGTU, devenu économe de l’hôpital de Brest. Le couple eut quatre enfants.

Robert Gravot, abonné à L’Étudiant socialiste et à La Patrie humaine, adhéra au Parti socialiste SFIO en 1938 et collabora au Breton socialiste en 1938-1939, collaboration qui se poursuivit après la guerre.

Robert Gravot effectua son service militaire en 1937-1938 dans l’Infanterie à Guingamp (Côtes-d’Armor) puis au camp d’Auvours, près du Mans (Sarthe). Mobilisé en septembre 1939, comme aspirant, fait prisonnier à Dixmude en mai 1940, il resta cinq ans en captivité à Stablack, près de Koenisberg en Prusse orientale où il participa aux activités de « l’université » du stalag IVB.
Après la libération du camp par les troupes soviétiques, Robert Gravot revint à Brest en juin 1945 et reprit, en octobre, son poste au lycée de la place de l’Harteloire, installé dans des baraques jusqu’en 1955. Puis il enseigna en classes préparatoires au nouveau lycée de Kérichen et au Collège littéraire universitaire, élément de la future Université de Bretagne Occidentale, installée en 1968, dont il avait été l’un des premiers artisans. Parallèlement en 1962, la Chambre de commerce et d’industrie créa une École supérieure de commerce et d’administration des entreprises dont Gravot fut le premier directeur jusqu’en 1972, tout en conservant son poste de professeur de première supérieure au lycée Kérichen qu’il occupa jusqu’à sa retraite en 1975.

Robert Gravot adhéra au Syndicat national de l’enseignement secondaire, mais en fut exclu au début des années 1960 après qu’il eut accepté de devenir conseiller pédagogique régional chargé de la mise en application de la loi Debré sur l’enseignement privé.

Robert Gravot réadhéra à la section socialiste SFIO en 1946 et en fut un des responsables. Au congrès de Châteaulin du 23 mai 1954, il défendit la position des sections brestoises favorables à l’unité d’action avec le Parti communiste français et opposées à la Communauté européenne de défense. Responsable des sections brestoises, membre du comité de la fédération SFIO, il fut contraint de défendre la politique de Guy Mollet, mis en cause au début 1957 pour n’avoir pas interdit la pratique de la torture en Algérie. Devenu l’un des sept secrétaires fédéraux adjoints lors de la réorganisation du parti au congrès de Quimper du 8 décembre 1957, il défendait alors des positions proches de celles de Tanguy Prigent*. Il était aussi l’un des principaux rédacteurs du Breton socialiste, l’hebdomadaire de la fédération. Ne répondant pas à l’appel du comité Audin créé à Brest au début 1958, il prônait toujours la participation socialiste SFIO au gouvernement tout en reconnaissant le mécontentement de la base vis-à-vis de la direction du parti.

Dans le même temps, collaborant notamment à L’Action laïque du Finistère, Robert Gravot adhérait au Mouvement européen, au Mouvement démocratique et socialiste pour les États-Unis d’Europe, à la Ligue des droits de l’Homme.

Robert Gravot fut élu en 1953 au conseil municipal de Brest dans le groupe socialiste (7 élus). Àla suite de la démission du maire MRP Yves Jaouen, candidat au fauteuil de maire, il recueillit, le 22 mai 1954, 15 voix sur 37 suffrages exprimés et Jaouen fut réélu. La liste qu’il conduisait fusionna avec la liste communiste menée par Gabriel Paul pour le deuxième tour des élections municipales en mars 1959. Cette liste d’union de la gauche, où il était en première position, fut battue par la liste d’union des droites.

Robert Gravot se présenta en avril 1955 au conseil général dans le troisième canton de la cité (13,8 %) et se désista au second tour pour le communiste Henri Menés. En janvier 1956, pour les élections législatives, il figurait en quatrième position sur la liste SFIO du Finistère qui obtint 16,6 % des voix. À nouveau candidat au Conseil général dans le premier canton en 1958, il fut élu au second tour, le 27 avril, du fait de l’apport communiste, regagnant un siège à Brest (perdu en 1949), ce qui permit à la SFIO de passer de 3 à 4 élus sur 43 au conseil général.

Après le 13 mai 1958, Robert Gravot fut l’un des principaux animateurs du comité de vigilance brestois et défendit le « non » au référendum sur la Constitution, majoritaire au congrès fédéral du 31 août 1958. Il se présenta pour la SFIO aux élections législatives de novembre 1958 dans la deuxième circonscription du Finistère (Brest 1, 8 candidats). Avec 8 643 voix (14,6 % des suffrages) sur 75 663 inscrits, au premier tour, il devança de peu le député communiste sortant Gabriel Paul* (14 %). Une partie des socialistes finistériens dont Gravot ayant fait campagne pour le non au référendum, le PCF se désista en leur faveur. Dans la quadrangulaire qui suivit, avec 18 451 voix (31,2 %), il ne fut battu que de 31 voix par le CNI Georges Lombard, le sénateur-maire MRP Yves Jaouen et un gaulliste de gauche s’étant maintenus.
Mais, en novembre 1958, Robert Gravot ne parvint pas à empêcher une première scission des socialistes brestois fondant le Parti socialiste autonome. En octobre 1959, il désapprouva le choix de son ami Tanguy Prigent*, l’ancien député et secrétaire fédéral, de quitter la SFIO pour rejoindre le PSA. Alors qu’il partageait ses analyses et ses critiques vis-à-vis de Guy Mollet, mais choqué par la démarche solitaire de son camarade, il resta au sein de la « vieille maison » avec Hervé Mao*, assumant les fonctions du secrétaire fédéral adjoint de la SFIO. Il fut battu aux élections sénatoriales de mars 1962.
Aux élections législatives de novembre 1962 à Brest 1 où se présentaient sept candidats, sa profession de foi critiquait sévèrement la politique gaullienne depuis quatre ans. Cette fois, avec 5 718 voix (10,9 %) sur 79 889 inscrits, Robert Gravot fut distancé au premier tour par Gabriel Paul (14,3 %), le candidat du PSU, Paul Trémintin, ayant recueilli 3,4 % dans l’électorat socialiste. Pour le second tour, il se désista pour le candidat du PCF, mais selon certains journaux, il aurait encouragé à voter pour le député sortant Lombard qui fut battu par le candidat de l’UNR Charles Le Goasguen.

Robert Gravot, qui perdit son siège de conseiller général en 1964, prit ses distances avec l’action politique pour diriger l’École supérieure de commerce créée à Brest. En outre, la section brestoise de la SFIO avait perdu de nombreux adhérents ; elle s’interrogeait en 1963 sur un regroupement de toutes les organisations de gauche, puis en 1965 sur une liste d’union SFIO-MRP-Indépendants avec le maire Georges Lombard, avant de revenir à une liste d’union avec le PCF pour les municipales. Robert Gravot ne figurait plus sur cette liste. Alors que la FGDS peinait à s’organiser, il ne souhaita pas se représenter aux élections législatives de 1967, laissant ce soin à Maurice Charreteur (SFIO-FGDS), un militant laïque membre de la commission exécutive de l’UD CGT-FO du Finistère. Présent à sa mise en place le 10 mars 1967, il participa à la naissance de la Fédération de la Gauche démocrate et socialiste lors du congrès de Châteaulin en mars 1968.

Robert Gravot, soucieux de modernité sur le plan national, avait choisi une voie intermédiaire, plus locale, entre l’aspiration socialiste incarnée par un Parti socialiste en train de se rapprocher du Parti communiste français et un gaullisme qu’il jugeait porteur d’un « conservatisme auto-reproducteur ». Il fut exclu par les socialistes locaux. Le 21 mars 1971, aux élections municipales, élu sur une liste d’entente pour le développement de Brest menée par Georges Lombard, liste opposée aux listes de gauche, il devint sixième adjoint au maire, délégué à la culture et aux Beaux-Arts et conserva cette délégation après la démission de Lombard en 1973 et l’arrivée d’Eugène Bérest à la tête de la municipalité.

Gravot prit une part essentielle dans les activités du cercle universitaire créé dans la ville en reconstruction totale (bibliothèque, conférences, concerts, expositions). Il le présida jusqu’en 1954 quand il se transforma en Société d’études de Brest et du Léon dont il fut le vice-président et écrivit des articles dans sa revue, Les Cahiers de l’Iroise. Il y donna plusieurs conférences. Il mourut alors qu’il allait inaugurer, sur le cours Dajot, une stèle à la mémoire de Victor Segalen. En 1906 et en 1909, l’Association des anciens élèves du lycée de Brest en baraques souhaita qu’un lycée de la ville devienne lycée Robert Gravot.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76553, notice GRAVOT Robert, Félix par Christian Bougeard, Jacques Girault, version mise en ligne le 7 mars 2010, dernière modification le 19 octobre 2020.

Par Christian Bougeard, Jacques Girault

Robert Gravot vers 1970
Robert Gravot vers 1970
Carte de professeur à l'Université du stalag IVB.
Carte de professeur à l’Université du stalag IVB.

ŒUVRE : Robert Gravot, Conférences (Pascal, Péguy, Saint-John Perse, Theillard de Chardin, Malraux, Imago Mundi), Brest-Paris, éditions de la Cité, 1990.

SOURCES : Arch. Dép. Finistère (dossiers élections). — Arch. Mun. Brest (liste électorale et série K.). – Notices dans DBMOF par Georges-Michel Thomas et par Daniel Gravot dans le site Internet de l’Association des anciens élèves du lycée de Brest en baraques. – Le Breton Socialiste. — Stéphane Prat, Les élections législatives dans le Finistère (1958-1967), maîtrise d’histoire, Université de Bretagne occidentale, Brest, 2002.— Pierre Brigant, La fédération socialiste SFIO du Finistère (1908-1969), thèse, Rennes 2, 2002. — Renseignements fournis par son fils Daniel Gravot. — Notes de Gilles Morin. — État civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément