HURSTEL Jean

Par Léon Strauss

Né le 21 juin 1938 à Forbach (Moselle) ; animateur culturel à Strasbourg, Avignon, Belfort, Montbéliard et en Moselle ; militant communiste de 1953 à 1968 ; militant du théâtre politique et du développement culturel des quartiers populaires.

Fils de Jean Hurstel, professeur de dessin au lycée Kléber de Strasbourg, et de Lucie Walter, Jean Hurstel a étudié la comédie, la régie et la mise en scène à l’École nationale supérieure d’Art dramatique de Strasbourg (1956-1960). Il fit ensuite deux ans de service militaire, la première année à Donaueschingen (Allemagne) dans une unité de tirailleurs marocains, puis un an en Algérie jusqu’à la fin de la guerre.

Il rentra alors à Strasbourg et passa l’examen spécial d’entrée à l’université, qui lui donna la possibilité d’étudier la philosophie à la faculté des Lettres (1962-1967). Il a été comédien au Centre Dramatique de l’Est (1958-1960), directeur du Centre d’Études et de Recherches théâtrales de l’Université de Strasbourg (1962-1968), fondateur et directeur du Théâtre Universitaire de Strasbourg (TUS) présidé par le recteur Maurice Bayen (1962-1968). La troupe, composée de sept étudiants, avait choisi le principe de la création collective. La rencontre avec Armand Gatti se fit à l’occasion de la mise en scène de La seconde existence du camp de Tattenberg en 1967. L’écrivain conçut en 1968 une pièce spécialement conçue pour le TUS, La Cigogne. La rupture avec l’institution universitaire se fit en mai 1968. Le TUS improvisa deux spectacles de rues dans le centre de la ville. Les comédiens se lancèrent dans des formes d’Agit-Prop qui suscitèrent des débats avec les passants, parfois des invectives. À la rentrée, il n’était plus question de poursuivre aucune expérience. Ce fut aussi pendant les événements de mai 1968 que Jean Hurstel quitta le PCF, dont il était membre depuis 1953.

Jean Hurstel est devenu ensuite conseiller technique et pédagogique Jeunesse et Sports pour l’académie de Strasbourg. Après avoir monté une pièce du XIIIe siècle jugée choquante par le maire de Wintzenheim (Haut-Rhin), il fut muté à Reims (Marne), ville où la municipalité était très conservatrice. Durant cet exil temporaire, Jean Hurstel réalisa avec Armand Gatti un film sur le sort des antifascistes allemands volontaires des Brigades Internationales, Le passage de l’Ebre.

Il obtint ensuite un poste à Belfort et se mit à travailler avec des ouvriers. Cette période fut la matrice de toutes ses entreprises ultérieures. Le premier thème fut 36/68, deux générations qui ne s’entendaient pas sur les formes des luttes sociales. Le public était sollicité à la fin du spectacle pour voter s’il valait mieux continuer la lutte ou rentrer dans le rang. Les jeunes rentraient dans le rang !

Responsable de l’action culturelle du Festival d’Avignon (1970-1972, 1978), il était devenu responsable de l’action culturelle de la ville de Montbéliard (1970-1977) : plutôt que de chercher à jouer devant les usines, alors que les ouvriers ne disposaient que de quelques minutes pour sortir et monter dans les autobus, il alla dans les quartiers populaires faire du porte à porte pour discuter avec les gens. Le premier spectacle qui résulta de l’attention portée aux problèmes de la vie quotidienne fut La Fugue. Ensuite, il organisa des journées de carnaval, aidé par des plasticiens. Une effigie était brûlée place du Marché, le plus souvent celle de Peugeot. Le lion, sa cage et ses ailes vint ensuite.

En 1977, il fut nommé directeur de l’Action culturelle du Bassin houiller lorrain (ACBHL). En Moselle, il collecta 8000 photos des albums de mineurs et des récits qui donnèrent lieu à des spectacles et à des publications (notamment Glück Auf ! La vie quotidienne dans le Bassin Houiller Lorrain, Paris, 1986). Il organisa dans une région qualifiée de « désert culturel » un programme de spectacles très fréquentés. Deux équipements permanents furent implantés par l’ACBHL, le Centre d’Action culturelle (CAC) de Saint-Avold (1986) et la Maison des Cultures Frontières à Freyming-Merlebach (1987).

Revenu à Strasbourg, Jean Hurstel fut chargé par la municipalité socialiste de la direction de « La Laiterie » (1991-2003) où il organisa de nombreuses expositions, ainsi que les représentations du « Théâtre des Lisières » ouvertes aux cultures du monde. En conflit avec la municipalité de droite élue en 2001, il en fut progressivement évincé. Responsable également jusqu’en 2001 du développement culturel des quartiers, il présida « Banlieues d’Europe », réseau européen regroupant des projets artistiques menés, contre l’exclusion, dans des quartiers urbains défavorisés. Jean Hurstel a rempli, à de nombreuses reprises, des missions d’expertise pour le Conseil de l’Europe, l’UNESCO, et les ministères de la Culture de France et de la Communauté française de Belgique. Depuis 2006, il est président des Halles de Schaerbeek (Bruxelles, Belgique).

Il a épousé le 22 janvier 1962 Françoise Nury (voir Françoise Hurstel). Le couple a eu trois enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76585, notice HURSTEL Jean par Léon Strauss, version mise en ligne le 8 mars 2010, dernière modification le 19 octobre 2020.

Par Léon Strauss

ŒUVRE : La politique culturelle de la ville de Strasbourg, 1967. — Jeunes aux Bistrots. Cultures sur Macadam, 1984. — Chroniques culturelles barbares, 1988. — Réenchanter la ville. 10 expériences artistiques en Europe, 2006. — Une nouvelle utopie culturelle en marche ? Essai sur une autre vision de l’action culturelle en Europe, 2009.

SOURCES : Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, fascicule n° 45, Strasbourg, 2006, p. 4701. — Entretien de Françoise Olivier-Utard avec Jean Hurstel, 30 janvier 2010. — Biographie publiée dans Cultures des lisières. Éloge des passeurs, contrebandiers et autres explorateurs de Jean Hurstel. Cuesmes (Belgique), Éditions du Cerisier, 2016. — Notes de Jacques Ernewein. — Commentaires de René Fugler.

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