JÉZÉQUEL Jules

Par André Caudron

Né le 18 décembre 1870 à Rochefort (Charente-Inférieure, Charente-Maritime), mort le 10 octobre 1963 à Rouillé (Vienne) ; pasteur de l’Église réformée (1895) ; militant du Christianisme social et de la Fédération des socialistes chrétiens, président de la Conférence œcuménique du christianisme pratique, vice-président du Rassemblement universel pour la paix (1936-1938) ; membre de réseaux d’aide à la Résistance (1940-1944).

Issue d’une famille d’origine catholique, son père était journalier, Jules Jézéquel fut acquis à la cause de l’Église réformée de France. Il fréquenta l’école préparatoire des Batignolles et poursuivit ses études à la faculté de Montauban où il obtint le baccalauréat de théologie (1895). Pasteur auxiliaire à Fleurance (Gers), il fut nommé à Souvigné (Charente) dès 1895, puis à Laval (Mayenne) en 1898, à Bourg-la Reine (Seine) en 1906 et enfin, comme suppléant, à l’Oratoire du Louvre, à Paris, l’année suivante.

Passionné par les questions sociales, il écrivit dans les journaux Évangile et liberté et Christianisme social. À Laval, il lança des coopératives pour les ouvriers en grève et des cabarets sans alcool. Surnommé « le pasteur rouge » dans la presse locale, il était mal supporté par des milieux alors très conservateurs. C’est pour cette raison qu’il dut changer plusieurs fois de domicile et subir des changements d’affectation répétés.

Secrétaire général de l’Union des Églises réformées depuis 1906, il servit comme aumônier militaire en 1914-1918 et obtint la croix de guerre. Membre de la Fédération des socialistes chrétiens, il se présenta sans succès aux élections législatives de 1919. Proche de Marc Sangnier*, collaborateur du Sillon, il compta parmi les principaux dirigeants de la Jeune République.

Dans la décennie qui suivit les hostilités, Jules Jézéquel se consacra surtout au développement de l’œcuménisme et du pacifisme. Au début des années vingt, il créa les branches françaises d’associations internationales : la Conférence œcuménique du christianisme pratique dont il fut secrétaire générai (1925) puis président, et l’Alliance universelle pour l’amitié internationale par les Églises, qui le choisit comme secrétaire général (1927). Il fit aussi partie de la délégation française à la Conférence du mouvement Foi et Constitution de Lausanne, où il fut secrétaire international en 1927. Depuis l’année précédente, il représentait la « Church peace Union » à Paris.

En 1936, lors du congrès tenu à Bruxelles, Jules Jézéquel devint vice-président du Rassemblement universel pour la paix (RUP) qui avait pour présidents Lord Cecil et Pierre Cot*. À ce titre, celui qu’on allait appeler « le pasteur communiste » appuya la Société des Nations ; il ne refusa pas l’aide du Parti communiste et se prononça pour l’intervention dans la guerre d’Espagne. Désavoué par les dirigeants du protestantisme français à la suite d’une campagne hostile, il dut démissionner de tous ses mandats en novembre 1938 et l’Alliance universelle quitta le RUP.

Jules Jézéquel avait pris sa retraite un an plus tôt. Il était père de quatre enfants, nés de son mariage en 1895 avec Anna Creissel. La femme de son fils Roger, née Inès Leenhardt, avait acheté une propriété de près de trente hectares, « La Chartreuse », à Rontignon, non loin de Pau (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques). C’est là que le vieux pasteur se retira, tout en organisant avec ses enfants Roger et Inès une aide aux républicains espagnols et ensuite, pendant la Seconde Guerre mondiale, un refuge discret pour des fugitifs : Yougoslaves des Brigades internationales, juifs et résistants français, réfractaires au STO.

Chevalier de la Légion d’honneur, Jules Jézéquel reçut aussi la médaille de la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76588, notice JÉZÉQUEL Jules par André Caudron, version mise en ligne le 5 juillet 2010, dernière modification le 28 septembre 2010.

Par André Caudron

ŒUVRE : De la controverse dans l’évangélisation des catholiques, thèse de théologie, Montauban, 1895.

SOURCES : Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, 5 : Les Protestants, Paris, Beauchesne, 1993 (notice par Franck Storne). — Lettre de Claude Vinci, 16 décembre 1999. — État civil.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément