JEANVOINE René

Par Françoise Olivier-Utard

Né le 16 mars 1931 à Strasbourg-Robertsau (Bas-Rhin), mort le 12 février 2003 à Strasbourg (Bas-Rhin) ; militant communiste à Strasbourg, journaliste à l’Humanité d’Alsace et de Lorraine, gérant de librairie, permanent régional communiste (1984-1991).

L’histoire de la famille de Jeanvoine est liée au quartier de la Robertsau. René était l’aîné de deux enfants d’une famille de militants communistes et cégétistes. Son père, Eugène, né le 21 janvier 1900 à Bellefontaine (Vosges), mort le 21 janvier 1990 à Strasbourg, était employé des pompes funèbres de la Ville de Strasbourg, et sa mère, Mathilde Munster, née le 18 octobre 1898 à Strasbourg-Robertsau, morte le 16 octobre 1991 à Strasbourg, étaient tous deux communistes actifs. Ils étaient athées et n’élevèrent leurs enfants dans aucune religion.

René Jeanvoine fit ses études primaires à l’école de la Robertsau. En 1939, la famille, évacuée de Strasbourg, se rendit chez des parents, à Remiremont (Vosges). Le père, connu comme militant politique, ne rentra pas en Alsace annexée de fait en 1940. Il aurait de toute façon été expulsé en tant que Français de l’intérieur. Il servit de passeur dans les Vosges. Dénoncé en 1941, il fut emprisonné à la prison Sainte-Marguerite de Strasbourg, puis transféré en Allemagne au camp de travail de Bruchsal puis de Bayreuth, jusqu’en 1945. La mère et les enfants rentrèrent en 1940 dans Strasbourg annexée. René fut obligé de s’inscrire à la Jeunesse hitlérienne en 1943 pour ne pas compromettre sa famille.

René passa son bac au collège de l’Ill (aujourd’hui Lycée Pasteur) en 1949. Il adhéra à la JC, qui organisait des activités politiques mais aussi des loisirs et du sport. C’est là qu’il rencontra sa future épouse. Il accomplit son service militaire et devint sous-officier.

Bilingue, il commença par être journaliste à l’Humanité d’Alsace et de Lorraine, organe du Parti communiste alsacien en langue allemande. Il s’occupait surtout de politique régionale. En 1956, lors de l’attaque de l’imprimerie par les étudiants, il fut grièvement blessé à la tête. Il fut en incapacité de travail pendant un an. Il trouva ensuite un emploi dans une fabrique de radiateurs, la CAEM, à Strasbourg-Kœnigshoffen, mais en fut licencié le 16 mars 1961, pour avoir demandé la 4e semaine de congés payés. Un long procès s’en suivit, qui aboutit, mais tardivement, à son indemnisation.

Inscrit sur la liste noire du patronat (il fut embauché à la Papeterie de la Robertsau mais n’y resta que 2 heures, le temps que le patron consulte la liste), il ne trouva plus de travail à Strasbourg. Le parti l’embaucha alors comme gérant de la Librairie du Rhin, puis de l’Imprimerie commerciale d’Alsace et de Lorraine, jusqu’à sa fermeture en 1984. Il fut ensuite permanent du parti, attaché à la région, jusqu’à sa retraite, en 1991.

Son activité militante fut très liée à la vie du quartier de la Robertsau, où il était né et qu’il ne quitta pas. Les manifestations contre la guerre d’Algérie y rencontrèrent un écho favorable car les familles franco-algériennes y étaient nombreuses. René Jeanvoine fut arrêté en 1959, avec quatre autres camarades, pour avoir collé une affiche « Paix en Algérie ». Il fut condamné le 14 novembre 1959 à une amende de 2 535 francs. La condamnation visait symboliquement tout le parti. Cette somme considérable fut collectée auprès des camarades et sympathisants.

Plusieurs fois candidat aux législatives en 1976 et en 1978 dans la circonscription de Strasbourg I, dont le découpage noyait le vote de gauche, il obtint 5,38 % des voix en 1978.

Il continua à s’occuper, après sa retraite, de plusieurs associations locales, en particulier de l’Union touristique Aurora. Il était depuis sa fondation membre du comité de l’Association de défense des intérêts de la Robertsau (ADIR) et fut secrétaire de l’association des locataires de la Cité de l’Ill.

Il avait épousé le 14 octobre 1958 Alice Pimmel, née le 8 mai 1937 à Strasbourg, militante communiste, secrétaire à l’Humanité d’Alsace et de Lorraine, dont il eut deux fils, qui devinrent des militants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76599, notice JEANVOINE René par Françoise Olivier-Utard, version mise en ligne le 10 mars 2010, dernière modification le 8 septembre 2010.

Par Françoise Olivier-Utard

SOURCES : Arch. du PCF. — DNA, Strasbourg, 15 février 2003. — Entretien avec Alice Jeanvoine, 25 janvier 1999.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément