GUERRET Marcel, Gustave, François

Par Justinien Raymond, Gilles Morin

Né le 30 août 1887 à Savoyeux (Haute-Saône), mort le 22 janvier 1958 à Montauban (Tarn-et-Garonne) ; professeur ; militant syndicaliste, secrétaire de l’Union départementale CGT du Tarn-et-Garonne (1928-1936) ; militant socialiste SFIO, conseiller municipal de Montauban (1934-1944), député de l’arrondissement de Castelsarrasin (1936-1942).

Fils de Pierre Guerret, instituteur à Charlieu (Loire), Marcel Guerret effectua sa scolarité secondaire au lycée. Bachelier (1904), nommé instituteur à Ecoches (Loire) en 1905, puis instituteur délégué pour l’enseignement des sciences à l’école primaire supérieure de Craponne-sur-Arzon (Haute-Loire) à partir du 20 octobre 1905, il fut accusé d’avoir écrit un article, en 1907, visant son directeur. Il nia mais fut confondu par l’enquête menée par l’Inspecteur d’académie. Mais ces critiques étant fondées car l’EPS était jugée comme un « milieu moral malsain ». La sanction fut donc minime et sa délégation fut suspendue et il fut déplacé à l’EPS d’Uzerche (Corrèze) où il resta de 1909 à 1911. A Craponne, il prépara, tout en enseignant, le concours d’entrée à l’École normale supérieure de Saint-Cloud où il échoua en 1908. Reçu au certificat d’aptitude au professorat des écoles normales et des EPS (sciences-mathématiques) en 1911, il fut nommé professeur de sciences à l’Ecole normale d’instituteurs de Montbrison à partir d’octobre 1911. Après avoir remplacé bénévolement l’économe mobilisé pendant la guerre, il obtint sa mutation comme professeur-économe à l’Ecole normale d’instituteurs de Montauban (Tarn-et-Garonne) en 1922. Il abandonna l’économat en 1928 à la suite de difficultés avec le directeur. En fait, selon l’Inspecteur d’académie, le directeur estimait que son professeur, syndicaliste, craignait qu’il influence les élèves.

Guerret devint franc-maçon en 1908 au sein de la loge « Les Élus ».

Guerret se maria le 9 avril 1912 (mais aucune mention ne figurait sur le registre de naissances). Le couple eut une fille.

En 1926, Guerret fut désigné pour représenter le cartel des syndicats de l’enseignement, dont il était le responsable, au sein de l’Union des syndicats confédérés du Tarn-et-Garonne.

L’année suivante, il devint adjoint de l’UD et aurait été par la suite secrétaire de l’Union départementale CGT du Tarn-et-Garonne. Le préfet, en avril 1945, le disait, parlant de l’avant-guerre “Unanimement connu et estimé, en raison du rôle qu’il a joué de 1927 à 1936 au sein de l’Union des syndicats”. Son activité fut importante au moment du cinquantenaire de l‘école laïque en 1931. Au début des années 1930, il était aussi le secrétaire de l’association des sinistrés après les crues des rivières.

A Montauban, en 1928, Guerret adhéra au Parti socialiste SFIO et il ne tarda pas à entrer dans l’arène électorale, sans succès dans un premier temps. Candidat socialiste SFIO au Conseil général en octobre 1931 dans le canton de Montauban-Est, il représenta le Parti socialiste aux élections législatives de 1932 dans l’arrondissement de Montauban. Il obtint 2 528 voix sur 22 428 inscrits et se retira ce qui permit la victoire du candidat radical Augé. Toujours à Montauban, il tenta à nouveau sa chance, toujours en vain, à l’élection partielle d’octobre 1933. À partir de 1934, il multiplia les succès. Il fut élu conseiller municipal de Montauban, au 1er tour des élections complémentaires du 15 avril 1934 puis réélu sur une liste d’Union des gauches en 1935 et occupa les fonctions de premier adjoint au maire jusqu’en 1940. En 1936, Guerret triompha aux élections législatives dans l’arrondissement de Castelsarrasin : en tête de tous les candidats avec 4 966 voix sur 15 163 inscrits, devant le député sortant radical-socialiste Augé, 3 866, suivit par Souverain, modéré, 2 908 voix, et Durou, communiste, 443, Guerret l’emporta au second tour par 7 409 voix contre 4 263 à Souverain. Pendant ses campagnes électorales, il prenait un congé sans traitement « par scrupule professionnel » et cette attitude était remarquée par sa hiérarchie.

A la Chambre, Guerret s’attacha surtout aux problèmes de l’enseignement. Il fut désigné pour siéger au Conseil supérieur de l’instruction publique. Il devint aussi secrétaire puis vice-président de la commission de l’enseignement. Dans le Parti socialiste, il suivit le courant " pacifiste ". Il s’était fait remarquer au congrès national de Limoges consacré aux problèmes agricoles (septembre 1935) et présida une séance du congrès extraordinaire de la SFIO le 25 décembre 1938. Il eut une grande activité dans l’accueil des espagnols républicains lors de l’effondrement du régime en 1938-1939. Il faisait fonction de secrétaire fédéral en mai 1940.

À Vichy, le 10 juillet 1940, Guerret vota l’octroi des pouvoirs constituants au maréchal Pétain. Il écrivit des articles favorables à la Révolution nationale dans L’Effort et, surtout, dans son journal Le Républicain du Tarn-et-Garonne. Il y défendait, comme il le faisait depuis 1939, la nécessité d’une union nationale devant les risques extérieurs mais aussi intérieurs de dissolution du pays. Il y salua également la venue à Montauban du maréchal Pétain à l’automne 1940.

Le 17 novembre 1941, Guerret demanda par lettre au ministre sa réintégration dans un poste à l’institut de préparation professionnelle des instituteurs à Montauban, justifiant cette demande par son ancien poste de professeur à l’école normale et par les travaux de recherches qu’il conduisait sur le département. Il terminait cette demande par cette déclaration :
« Je vous ai donné la preuve, à l’appui de ma demande de réintégration que j’ai mis toute mon influence sur mes amis au service de la cause nationale à laquelle je ne me suis rallié dès la premier jour. J’ai conscience de mériter votre confiance. » Sa demande de réintégration dans l’Université fut acceptée mais il était nommé professeur au collège moderne de la rue Neyret à Lyon. Le 17 mars 1942, dans une nouvelle lettre, il redemandait un poste à Montauban où sa famille était restée, faute de trouver un logement à Lyon. Devant le refus du ministère, il obtint une délégation rectorale pour un poste au lycée de Toulouse de janvier 1943 à juillet 1944.

Mais Guerret n’avait cessé depuis juillet 1940 d’aider clandestinement les réfugiés menacés par le nazisme, surtout les sociaux-démocrates autrichiens et les républicains espagnols et les Juifs d’Europe centrale nombreux dans la région de Montauban. Dans son mémoire de défense rédigé en 1945, il précisait qu’avant sa démission de son mandat de premier adjoint, fin 1940, il avait fourni sous sa responsabilité d’innombrables certificats ou laisser-passer plus ou moins réguliers, qui avaient permis à des hommes politiques, à des écrivains, à des journalistes, de quitter le sol français alors inhospitalier. Il put présenter des lettres de remerciements des dirigeants de l’Internationale socialiste repliés à Montauban, Fritz Adler, Otto Leichter.

Surtout, Guerret ne put que constater rapidement le fait que Vichy ne pratiquait pas une politique d’union nationale pour redresser la France mais une politique de collaboration avec l’ennemi et de revanche sur le Front populaire et la République. Maire-adjoint de Montauban, il fut révoqué de ses fonctions par Vichy en 1941, ayant démissionné peu auparavant de cette fonction. Il participa au premier comité de résistance organisé par la CGT à Montauban, mais ne put continuer en raison de son éloignement. Selon le préfet de la Libération, Guerret « chercha à réparer l’erreur qu’il avait commise en soutenant le gouvernement de Vichy et se mit, sous l’occupation, en contact avec les dirigeants du Parti socialiste clandestin. Il fit preuve dans ce rôle dangereux, d’une grande activité. Des journaux clandestins, tels que Combat, Libération, Le Populaire, furent stockés à son domicile et M. Guerret en faisait assurer lui-même la distribution. Des réunions clandestines furent même tenues dans ses appartements ». Selon la même source, appuyée par des attestations des chefs départementaux de la Résistance, il a donné de l’argent à la Résistance, hébergé des officiers britanniques en mission sur le territoire français et parachutés dans la région. Léo Hamon l’a pressenti pour figurer dans le premier directoire de la Résistance. Le Comité départemental de Libération donna, comme le préfet, un avis favorable à sa réhabilitation « en raison de la part active prise par l’intéressé dans la lutte contre l’ennemi ». Des attestations du colonel Ravanel et d’Isabelle Pasquine, établissaient qu’il avait été l’un des principaux animateurs de Libération dans le département et qu’il avait travaillé au rapprochement de ce mouvement avec Combat. Il organisa encore un service de renseignement, en liaison avec le War Office, possédant des liens avec l’Angleterre par sa fille mariée dans ce pays et secrétaire d’une base des forces navales françaises libre à Dundee. Il ajoutait dans son mémoire de défense « Toute cette action n’a pu être menée à bien que dans un secret très sévère. Elle a été peu connue des milieux organisés de la Résistance ».

Le Jury d’honneur présidé par René Cassin releva Guerret de la sanction d’inéligibilité qui frappaient les parlementaires ayant voté « OUI » le 10 juillet 1940, par décision n° 132 du 19 juin 1945 : « Considérant qu’il est établi que l’intéressé a participé à cette lutte [contre l’ennemi ou l’usurpateur vichyste] ; que notamment il a été un des principaux animateurs de “Libération“, qu’il a travaillé au rapprochement des deux grands mouvements Libération et Combat et que par sa position et son activité il a été un point d’appui de la Résistance dans le département du Tarn-et-Garonne « .

Exclu du Parti socialiste par le congrès extraordinaire de rénovation de Paris (9-12 novembre 1944), Guerret demanda sa réintégration, avec l’appui de sa fédération, mais elle lui fut refusée par le congrès de 1946 puis par le Conseil national du 25 février 1950. La fédération avait voté à l’unanimité sa réintégration en février 1947 et en juillet 1949. La commission nationale des conflits lui reprochait en 1950, outre ses articles de la guerre, d’avoir participé récemment à une série de manifestations publiques patronnées par le PCF ou ses succursales et d’avoir écrit dans Le Patriote. Fidèle à ses conceptions pacifistes, il avait en effet donné des conférences pour la paix en 1949 où il expliquait qu’une troisième guerre mondiale « serait le suicide de l’espèce ». Il resta chroniqueur du Réveil du Tarn-et-Garonne, hebdomadaire de tendance socialiste, jusqu’en 1951 au minimum.

Guerret exerça comme professeur au lycée de garçons de Montauban d’octobre 1944 à septembre 1945 puis à l’Ecole normale d’instituteurs de Montauban d’octobre 1946 à sa retraite en mars 1949. Sa réintégration immédiate sur son ancien poste à l’école normale avait était rendue difficile, car, son remplaçant en 1936 était aussi candidat, et le cas de ce dernier était d’autant plus sensible que, maire d’une commune rurale, il avait été révoqué en 1940.

N’ayant plus d’activité politique, mais conservant selon une fiche de renseignement policière une influence « très grande dans les partis politiques et en particulier à la SFIO », il se consacra à son œuvre scientifique. Guerret fut longtemps conservateur du Musée d’Histoire naturelle de Montauban dont il présida la rénovation ; membre de diverses sociétés savantes, directeur de la quinzaine d’art en Quercy, il a donné une oeuvre scientifique estimable.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76650, notice GUERRET Marcel, Gustave, François par Justinien Raymond, Gilles Morin, version mise en ligne le 17 mars 2010, dernière modification le 19 octobre 2020.

Par Justinien Raymond, Gilles Morin

ŒUVRE : Voir la bibliographie scientifique in G. Maurières et G. Passerat, op. cit. Sur son action politique, citons Le Paysan socialiste, Montauban, Impr. Busson, 1938, 19 p., préface de Georges Monnet, ministre de l’Agriculture et sa collaboration régulière au Républicain du Tarn-et-Garonne.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12986, 13020 et 15493 A, n° 2793, F17/ 25324 ; fonds du Jury d’honneur. — Arch. PPo., BA2, 1956. — Archives de l’OURS, dossiers Tarn-et-Garonne. — J. Jolly, Dictionnaire des Parlementaires, op. cit., TV, p. 1902. — La Vie socialiste, 14 mai 1932. — Le Midi socialiste, 10 février 1936. — Conseils généraux, élections, résultats officiels, octobre 1931 Paris, J.L.L. D’Artrey directeur. — G. Lachapelle, Les Élections législatives d’avril-mai 1936. — CR du congrès extraordinaire des cadres du PS, à Paris (9-12 novembre 1944). — M. Gaudart de Soulages et H. Lamant, Dict. des Francs-Maçons français. — G. Maurières et G. Passerat, 800 auteurs, dix siècles d’écriture en Tarn-et-Garonne, Dictionnaire bio-bibliographique, Montauban, 1992. — Notes de Jacques Girault.

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