GRUMBACH Salomon

Par Gilles Morin

Né le 6 janvier 1884 à Hattotatt (Haut-Rhin), alors dans le Kreis de Guebwiller, mort le 13 juillet 1952 à Neuilly-sur-Seine (Seine, Hauts-de-Seine) ; journaliste ; membre de la CAP de la SFIO (1920-1940), puis du comité directeur (1944-1947, 1949-1952), spécialiste des questions allemandes pour la SFIO, membre (1925-1947) puis vice-président (1947-1952) du comité central de la Ligue des droits de l’Homme, membre du comité central de la LICA et du comité directeur du RUP ; député socialiste du Haut-Rhin (1928-1932) puis du Tarn (1936-1940, 1945-1946), conseiller de la République (1946-1948).

Salomon Grumbach a été pendant près d’un demi-siècle l’une des figures marquantes et connue de tous les responsables du parti socialiste SFIO et de la Ligue des droits de l’homme, comme représentant de l’Alsace tout d’abord, mais surtout comme le spécialiste de la question allemande. Dans le parti unifié, avec de rares hommes comme Jean Longuet et Bracke, mais plus qu’eux encore, par son expérience personnelle de la social-démocratie allemande, il servit d’intermédiaire avec cette dernière, que ses leaders soient au pouvoir, dans l’opposition ou en exil.

Grumbach naquit dans l’Alsace annexée à l’Empire allemand. Son père, Jacques Grumbach, était marchand de fromages et sa mère, Henriette Judas, « modiste », tous deux de religion israélite. Il suivit des études secondaires, puis fréquenta realschule de Colmar. Passionné de littérature – dès dix-huit ans il publia des poèmes et des critiques littéraires, sur la littérature allemande et française – il choisit la profession de journaliste. Il connu à l’opéra Vally (dite Wally) Margarete Grödel, née le 2 juin 1898 en Hongrie. Leurs parents s’opposaient à leur mariage, mais ils passèrent outre et elle l’épousa le 16 octobre 1909 à Francfort-sur-Main. Lui était d’origine juive, mais non pratiquant, elle élevée dans une famille protestante. Elle fut ligueuse et socialiste, membre du comité national des femmes socialistes.

Partagé entre les deux langues et les deux cultures, allemande et française, auxquelles il accédait pleinement, Salomon Grumbach l’était aussi par son double amour de l’Alsace et de la France. À celle-ci le liait aussi son attachement à la démocratie et au socialisme, conviction qui fut la sienne dès son plus jeune âge : en 1904, il avait vingt ans et était membre du Parti socialiste depuis deux ans, il prononça son premier discours politique, à Colmar, contre le militarisme allemand. Il collabora à la presse socialiste dès 21 ans, traitant de la politique étrangère et de questions littéraires.

À la France, il était attaché aussi par sa propre vie. En 1908, il s’installa à Paris et fut le correspondant du Vorwaërts de Berlin et se lia d’amitié avec Jules Guesde*, Marcel Sembat*, Bracke, Renaudel* et Albert Thomas*. Il collaborait à la presse des deux côtés du Rhin outre le Vorwärts, à la Presse libre de Strasbourg, au Mülhauser Volkszeitung et aussi à l’Humanité de Jaurès. Il y débattait des problèmes internationaux, y suivait la vie politique allemande et notamment celle de la social-démocratie d’outre-Rhin, et la vie politique en Alsace même. Dans l’Humanité du 5 juillet 1912, sous le titre « En Alsace-Lorraine : un bilan » il fustigea les cléricaux alsaciens ralliés à la prussianisation pour mieux combattre le socialisme. Il se faisait déjà le médiateur entre la social-démocratie et la SFIO. Le 30 mars 1912, la CAP de la SFIO et le « Club de lecture socialiste allemand » qu’animait Grumbach à Paris organisèrent une manifestation franco-allemande pour fêter le succès électoral de la social-démocratie : à cette dernière manifestation parisienne de solidarité avant la guerre, Grumbach prit la parole, en compagnie de Georges Weill*, député socialiste de Metz au Reichstag, de Scheidemann, député de Solingen et, du côté français, de Dubreuilh*, Vaillant* et Jaurès*.

C’est en Allemagne, à Francfort-sur-le-Mein, que, le 24 septembre 1913, Grumbach évoqua devant l’opinion, le problème d’Alsace-Lorraine. En compagnie de Peirotes (et non Periotes) et de Boehle, députés d’Alsace au Reichstag, il dénonça le chauvinisme de la presse de part et d’autre du Rhin. Il prôna l’autonomie pour les provinces annexées comme un préalable au rapprochement franco-allemand. Il poursuivit sa campagne à Cologne, à Dusseldorf, à Solingen et l’Humanité, sous la plume de Georges Weill, fait écho à ces manifestations. En 1913 encore, Grumbach fut chargé par la SFIO de répondre aux attaques de Charles Andler* contre la social-démocratie allemande : l’article « Le socialisme impérialiste dans l’Allemagne contemporaine », parus dans la revue L’Action nationale, dirigée par le radical Théodore Steeg, donnait lieu à une acerbe polémique après son utilisation par la grande presse, Le Temps et L’Éclair. Salomon Grumbach, qui présentait l’avantage tactique d’être un socialiste alsacien, militant dans sa région, se chargea de la réplique et de la défense du parti allemand, avec "Der ’imperialistische Sozialismus’ (eine Entdeckung der Professeur Charles Andler)" publiée par la Neue Zeit du 14 février 1913.

La guerre déclarée en août 1914, Salomon Grumbach dut quitter Paris mais, refusant de porter les armes contre la France, il gagna la Suisse pour participer au comité de rédaction du Berner Tagwacht, tout en étant le correspondant de l’Humanité à partir de la fin 1914. Il signait du pseudonyme « Homo », et défendait l’Union sacrée. Il dénonçait dans cette presse, autant que la censure le lui permettait, et dans de nombreuses brochures le militarisme allemand, publiant notamment Reden eines elsässischen Sozialisten an zwei Nationen (Neuchatel, 1915), L’Erreur de Zimmerwald-Kiental (Paris, 1916) et L’Allemagne annexionniste (Paris, 1917). En Suisse, il serait entré en contact avec les exilés de divers pays, notamment Lénine, Rosa Luxembourg (qui en réalité ne fut jamais en Suisse pendant la guerre), Trotsky, etc. Il fut surtout, avec Branting, de ceux qui tentèrent d’exercer un rapprochement entre SFIO et SPD en 1914-1915, puis qui facilitèrent l’entrevue de Renaudel et Longuet avec les socialistes allemands minoritaires, Kautsky et Haase à Berne, le 12 avril 1915, quelques mois après l’échec d’une première tentative.

La victoire des alliés et le retour de l’Alsace à la France par le traité de Versailles fit de Grumbach un citoyen français. Il résidait en Alsace, mais aussi à proximité de Paris, à Ville-d’Avray en Seine-et-Oise. Il se prononça contre la révolution bolcheviste et appuya la « droite » du parti socialiste français avant Tours. En août 1919, il fut désigné président de la commission internationale de la presse socialiste.

Au conseil national de la SFIO à Boulogne (Seine) en juillet 1920, il défendit la proposition déposée par les trois fédérations d’Alsace et de Lorraine de remplacer la carte annuelle par une carte de cinq ans. Le projet fut renvoyé à la CAP. En raison de la situation linguistique spéciale de l’Alsace-Lorraine, il ne fut pas affecté de délégué permanent à la propagande, mais des missions temporaires y furent confiées à Grumbach. Il soutint la motion Milhaud pour la nationalisation des chemins de fer et souligna l’importance particulière de cette revendication pour l’Alsace-Lorraine.
Il fut délégué au congrès de Tours (décembre 1920).

Grumbach demeura à la SFIO après le congrès de Tours et entra à la commission administrative permanente du parti, comme membre suppléant de décembre 1920 à 1922, puis comme titulaire de 1923 à 1925 et de 1926 à 1940. Il fut délégué à la plupart des conférences socialistes internationales de l’entre-deux-guerres, servant régulièrement d’interprète. De 1930 à 1940, il fut secrétaire de la commission internationale de la SFIO. Il voyageait régulièrement à l’étranger, particulièrement en Allemagne et dans les pays scandinaves et fut membre de la délégation de la France à la SDN de 1933 à 1939. Il collaborait aux grands journaux de gauche de cette période, principalement au Populaire et au Quotidien. Mais, en 1926, avec Georges Boris, Alphonse Aulard, Ferdinand Buisson, Albert Bayet*, Georges Gombault* et d’autres animateurs de la Ligue des Droits de l’Homme, Grumbach quitta Le Quotidien, dont ils mettaient en cause l’intégrité, et collabora ensuite comme correspondant permanent à La Lumière. Dans un tout autre domaine, il participa, avec sa femme à la création, puis à l’animation des Amis de l’Enfance ouvrière (Faucons Rouge) à partir de 1932.
Grumbach partageait son temps entre des activités complémentaires, comme journaliste et cadre socialiste, avec un militantisme de plus en plus actif à la Ligue des droits de l’homme (LDH). Membre de la section de Colmar, en 1923, il fut l’un des rédacteurs du Cahiers de la Ligue contre l’invasion de la Ruhr par les troupes françaises. Il accéda au comité central de la LDH en 1925 et fit de très nombreuses conférences pour l’organisation. Souvent en déplacement, il ne pouvait pas être toujours assidu aux réunions du comité central. Pour le congrès de 1926, il fut rapporteur sur la question alsacienne et participa ensuite à tous les congrès, s’opposant violemment à la minorité pacifiste dans les années trente. Il était un proche et un soutien de Victor Basch, avec Marius Moutet, Albert Bayet, Pierre Renaudel, et Émile Kahn ; tous hommes qui se tutoyaient.

Cet activiste alla au bout de son engagement politique en se présentant aux élections et en devenant l’élu de sa région libérée, puis d’autres terres. Dans l’Alsace redevenue française, Grumbach résida successivement à Soultz (Haut-Rhin), jusqu’en 1928, puis à Mulhouse de 1928 à 1936, mais aussi à Paris à partir de cette date. Il connut des succès éphémères aux élections locales, mais dû se présenter à plusieurs reprises aux élections législatives. En septembre 1919, il fut élu conseiller général de Sainte-Marie-aux-Mines, mais en août 1920, son élection au conseil général fut annulée par le Conseil d’Etat, sur plainte d’un groupe de partisans du général Bourgeois. Il fut réélu à l’élection complémentaire, mais, en 1922, il fut battu par le démocrate (centre droit) Koenig. La fédération du Haut-Rhin le présenta sur ses listes de candidats aux élections législatives de 1919 et 1924 : il échoua chaque fois. Au scrutin uninominal, en 1928, il fut candidat dans la circonscription de Mulhouse-Ville. Dans sa profession de foi il souhaita que l’Alsace « s’associe de plus en plus à la vie nationale » et dénonça « la campagne de haine menée par le [...] parti clérical [...] contre la France républicaine et laïque » ainsi que le mouvement autonomiste dont les menées encouragent le nationalisme allemand. Il demandait la diffusion intensifiée de la langue française, l’introduction de la séparation des Églises et de l’État et de l’école laïque. Il obtint 7 140 voix, devant l’autonomiste Kraehling, 5 483, Scheer, 5 063, Hornecker, communiste, 3 921, Risch, radical, 926, Silbermann et Kuhn, indépendant, 577 et 216. Au second tour, Grumbach l’emporta avec 11 384 voix contre 8 222 à Kraehling et 3 326 à Hornecker. Élu vice-président de la commission des Affaires étrangères et membre de la commission de l’Alsace-Lorraine, Grumbach se fit le champion de l’introduction de la législation républicaine en Alsace, demandant l’application de la loi de séparation de l’Église et de l’État, luttant pour la laïcité et pour le renforcement de la place de la langue française dans le système éducatif.

En 1932, il perdit son siège de député bien qu’en tête au 1er tour avec 8 158 voix devant le démocrate Wallach, 7 037, l’autonomiste Fuchs, 4 754, le communiste Waliser, 3 035 et le radical-socialiste Perrin, 446. Au ballottage Wallach le battit par 20 436 voix contre 12 368, 1 717 allant au communiste. L’évolution de l’Alsace vers la droite, la montée de l’autonomisme ne laissaient plus guère d’espoir au socialiste anticlérical et très centralisateur qu’il était.

Son socialisme était des plus modérés et des plus réformistes. Attaché fermement à l’Union des gauches démocratiques, partisan de la participation éventuelle des socialistes au gouvernement, il était en plein accord avec Renaudel et la tendance de la Vie socialiste, participant régulièrement à la publication éponyme de cette tendance. Mais, fermement démocrate et attaché au régime parlementaire, il ne nourrissait que méfiance au regard des idées que défendaient Déat, Marquet, et Montagnon. En 1933, lors de la scission dite « néo-socialiste » il resta fidèle à la SFIO. Cette dernière, en 1936, lui offrit de conquérir le siège de député de la 1re circonscription de Castres (Tarn). Il y réussit difficilement. Au 1er tour, il obtint 4 747 voix sur 16 961 inscrits (12,8 %), derrière Dirat, candidat de droite, 5 201, et devant le député sortant radical-socialiste, 3 558 et Vaysse, communiste, 534. Au second tour, Grumbach battit Dirat par 7 265 voix (42,9 %) contre 7 023. Il retrouva la vice-présidence de la commission des Affaires étrangères. Éloquent et disert, sachant manier l’humour et l’ironie, cultivé, parlant un français châtié avec un fort accent alsacien, il n’était pas un député muet et, notamment, ne manquait aucun des débats concernant le problème allemand.

Partisan de la Société des Nations, il était l’un des « apôtres français » de « l’esprit de Genève selon Jean-Michel Guieu et militait pour le rapprochement avec l’Allemagne de la République de Weimar et pour la révision du traité de Versailles dans les années vingt. Puis, il se rangea résolument dans le camp de ceux qui mirent en garde contre la montée du fascisme et du nazisme qu’il annonça dès 1931. Après le 30 janvier 1933, il appelait à résister aux provocations hitlériennes, fut-ce par les armes et fut l’un des premiers hommes de gauche à approuver le pacte franco-soviétique de 1935. Puis il participa au Rassemblement universel pour la paix (RUP), qui était largement animé par les communistes, y représentant la LDH. Anglophile, il était secrétaire général du groupe franco-britannique de la chambre des députés en 1940, le président étant Yvon Delbos.

Membre du comité central de la Ligue des droits de l’Homme, de la commission d’immigration de la SFIO et du Bureau international pour le respect du droit d’asile, Grumbach joua un rôle fondamental dans l’accueil des réfugiés d’Europe centrale et d’Allemagne qui fuyaient le nazisme ou les régimes autoritaires. La CAP de la SFIO mit en place le 10 mai 1933 une sous-commission spéciale chargée de l’accueil des réfugiés allemands, composée du secrétaire adjoint du parti, Séverac*, de Grumbach, comme responsable de la sous-commission internationale, et des avocats Longuet et Blumel*. Le « fonds Panthéon » des archives nationales et les archives de la Ligue des droits de l’Homme à la BDIC conservent plusieurs dossiers de ses interventions ou d’enquêtes qu’il réalisait à ce sujet. Il fut aussi favorable à l’aide française aux républicains espagnols et totalement hostile aux Accords de Munich, se rangeant résolument parmi les blumistes. Après la déclaration de guerre, il protesta contre la politique d’internement des réfugiés antifascistes mise en place par Daladier. Ces positions et ses origines israélites lui valaient de violentes attaques, aux relents antisémites, de l’extrême droite, mais aussi des pacifistes de gauche, parmi lesquels ses anciens camarades du comité central de la Ligue des droits de l’homme, Félicien Challaye* et Gaston Bergery notamment, ou de Zoretti* exclu de la SFIO en 1939. Le pacte germano-soviétique souleva son indignation et, dès le 23 août 1939, membre de la commission des Affaires étrangères à la Chambre des députés, il proposait un texte dénonçant le pacte comme une trahison.

Devant l’effondrement militaire de 1940, Grumbach souhaita la poursuite de la guerre outre-mer et fut de la petite cohorte qui s’embarqua pour l’Afrique du Nord sur le Massilia. Aussi était-il absent lorsque l’Assemblée nationale se réunit à Vichy le 10 juillet 1940 et il regagna le Tarn le 1er août 1940. Il ne pouvait être considéré que comme un ennemi de l’État français, aussi fut-il mis en résidence surveillée dans le petit village de Saix, voisin de Castres, où il possédait une petite ferme qu’il ne pouvait quitter. Il fut ensuite interné le 23 septembre 1940 à Pellevoisin, dans l’Indre puis à Vals-les-Bains (Ardèche) le 27 mars 1941, avec d’anciens ministres du Front populaire (Vincent Auriol*, Jules Moch*, Marx Dormoy*). En avril 1941, il fut libéré mais très rapidement placé en résidence surveillée, à Neuville d’avril à décembre 1941, puis à Cassagnas, près de Mende (Lozère).

L’invasion allemande de la zone sud en novembre 1942, le conduisit à tromper la vigilance de ses gardiens et à rejoindre avec sa femme Wally, le maquis des Cévennes où il resta jusqu’à la fin de l’Occupation « en étroite relation avec la Résistance » (Le Cri des Travailleurs, 16 octobre 1945).

Maintenu dans le Parti socialiste rénové par le congrès national extraordinaire qui reconstitua la SFIO à Paris (novembre 1944), il fut élu au comité directeur du parti, avec la fonction de délégué permanent à l’Internationale socialiste. Il présida la commission des Affaires internationales de la SFIO en 1946 et 1950-1951 au moins.
Il fut encore membre du comité d’entente avec le PCF, désigné en décembre 1944 et 1945 et appartenait au comité de rédaction de Gavroche, journal socialiste tourné vers les intellectuels.

Il fut reconduit au comité central de la LDH en 1944-1952, avec la responsabilité de vice-président à partir de 1947.

Élu député du Tarn à l’Assemblée nationale constituante en octobre 1945, avec 37 914 voix sur 73 222 suffrages exprimés, Grumbach fut délégué par l’Assemblée à la Haute Cour de Justice et fut par ailleurs président de la commission parlementaire de contrôle des territoires occupés en Allemagne. Il effectua en 1946 un voyage d’études dans les zones française et anglaise. Invité par le Parti social démocrate allemand, il devait être le premier responsable socialiste français depuis 1933 à tenir une manifestation publique dans ce pays, parlant dans les villes de Hanovre et de Hambourg (10 et 11 août 1946). Il préconisait alors une politique particulièrement sévère envers l’Allemagne, avec une occupation prolongée du pays, pour 30 ou 50 ans prévoyait-il, la rééducation totale du peuple allemand, l’expropriation des industries de la Ruhr et de la « socialisation internationalisée » des mines de la région. Pourtant, il s’opposait au démembrement de l’Allemagne, à l’annexion de la Sarre et de la Rhénanie par la France et – comparée aux propositions du MRP et des communistes – ses positions paraissaient alors modérées et lui valaient des attaques personnelles de l’Humanité. À l’initiative de Salomon Grumbach, la SFIO défendit la réintégration du parti allemand au sein du mouvement socialiste international et condamna les attaques dont Schumacher était l’objet. À l’Assemblée constituante, il affirma « l’Allemagne doit être unifiée, elle a le droit suprême à son unification en tant qu’État et Nation, quels que soient les crimes commis par le régime hitlérien ». À sa mort, la presse allemande rappelait qu’il avait lutté pour éviter de trop lourdes réparations après 1945 et qu’il avait défendu la social-démocratie allemande contre la germanophobie.

En politique intérieure, il se montrait toujours un vigilant défenseur de la laïcité et pour cela très hostile au MEP. Par exemple, au conseil national de juin 1946, où il siégea à la commission des résolutions, il se prononçait vivement contre l’hypothèse d’un gouvernement homogène MRP qui serait « sous l’influence immédiate de l’Église ».

Grumbach ne fut pas représenté aux élections de juin 1946 à la suite d’un conflit entre la Fédération du Tarn et le comité directeur dont il était membre. La direction soupçonnait les socialistes du Tarn de préparer la fusion avec le Parti communiste et fit condamner le secrétaire fédéral, Maurice Deixonne, par la commission nationale des conflits. La Fédération refusa de conserver un élu « suspecté à tort ou à raison de ne pas avoir éclairé le CD sur la véritable nature de nos rapports avec le Parti communiste » (Lettre de M. Deixonne, mars 1974). Ce conflit n’explique pas tout : les préfets successifs du Tarn soulignaient dans leurs rapports le peu d’influence qu’il exerçait dans le département en dehors des milieux socialistes. Il était considéré comme imposé par le parti, séjournait très peu dans le département et avait peu de contacts avec la population. En novembre 1946, il fut candidat, sans succès, aux élections législatives dans la Seine-et-Marne à la demande du secrétariat national, avec l’appui d’Arbeltier*. Sa candidature suscita des réserves de nombreuses sections et ils furent tous deux battus.

Salomon Grumbach fut désigné conseiller de la République par l’Assemblée nationale le 19 décembre 1946. Vice-président du groupe socialiste, il présida la commission des Affaires étrangères du Palais du Luxembourg. En septembre 1948, il se rendit au congrès des socialistes allemands et y prononça un important discours. Il ne fut pas réélu conseiller de la République et ses fonctions prirent fin le 7 novembre 1948. Il assura encore jusqu’à son décès la rubrique de politique étrangère au Populaire et représentait la France à l’ONU.

Grumbach ne fut par réélu au comité directeur de la SFIO au congrès de 1947 qui vit la mise à l’écart de nombreux blumistes (il fut placé en 74e position alors qu’il y avait 31 élus) et en 1948 (68e position). Il le réintégra en 1949, jusqu’au congrès de 1952.

La guerre et l’holocauste avaient poussé plus encore Salomon Grumbach à s’investir dans l’aide aux populations juives persécutées et dans une action en faveur du sionisme. Avant guerre, il avait milité à la Ligue internationale contre l’antisémitisme et avait même été membre de son comité central en 1936-1938. À la Libération, il fut secrétaire général de l’organisation d’aide aux juifs réfugiés et à l’Organisation pour la Reconstruction et le Travail. Il participait activement au Congrès juif mondial. En 1948, il joua un rôle fondamental dans la reconnaissance de l’État d’Israël par la France.

Le dernier combat de Salomon Grumbach, pourtant très favorable à la construction européenne fut contre le réarmement allemand et le traité de la CED. Il s’opposait, ce rapprochant à cette occasion de son vieil ami le président de la République Vincent Auriol, à ce qu’il nommait « la voie dangereuse de la remilitarisation allemande » avant le réarmement des alliés et estimait qu’il fallait tout tenter pour le rendre inutile. Il présenta, deux mois avant sa mort une motion hostile à la CED au congrès national de mai 1952, avec Daniel Mayer, Braque et Depreux. Il fut le premier non élu du comité directeur.

La même année, il échoua une nouvelle fois aux élections sénatoriales.

Il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Ses archives ont été déposées à l’Alliance israélite universelle à Paris.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article76659, notice GRUMBACH Salomon par Gilles Morin, version mise en ligne le 16 août 2010, dernière modification le 16 avril 2020.

Par Gilles Morin

ŒUVRE : Das Schicksal Elsass-Lothringens. Reden eines elsässischen Sozialisten an zwei Nationen, Neuchatel, Delachaux & Niestlé, 1915, 142 p. — L’Erreur de Zimmerwald-Kienthal, Paris, Libr. de l’Humanité, 1916. Éd. allemande parue à Bümplitz-Bern, Buchdr. Bodeli, 1916. — L’Allemagne annexioniste, Paris, Payot, 1917. Éd. allemande parus à Lausanne chez Payot en 1914.

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. Nat., F/1cII/249 ; Fonds « Panthéon », F/7/15961 à 15963. — L’Humanité, 5 juillet 1912, 25 septembre 1913. — Le Populaire, 24 juillet 1928. — La Vie socialiste, 14 mai 1932. — Mülhauser Volkszeitung, 1904-1915. — Les Cahiers d’information du militant, n° 16, mai 1936. — Le Cri des Travailleurs, Fédération socialiste SFIO du Tarn, 16 octobre 1945. — Républicain du Haut-Rhin, 16 juillet 1952. — Comptes rendus des congrès nationaux de la SFIO, 1905-1953. — Liliane Perrein, Les Faucons rouges, 1932-1950, thèse 3e cycle, Paris X, 1982.— Wendy Ellen Perry, Remembering Dreyfus : The Ligue des droits de l’Homme and the Making of the Modern French Human Rights Movement, thèse de l’Université de Nord-Caroline, 1998. — Jean-Michel Guieu, Les apôtres français de « l’esprit de Genève ». Les militants pour la Société des Nations dans la première moitié du XXe siècle, thèse d’histoire, Université de Paris 1, 2004. — Emmanuel Naquet, La Ligue des droits de l’Homme : une association en politique (1898-1940), thèse d’histoire, IEP de Paris, 2005. — Gilles Candar, Jean Longuet, thèse, op. cit.. — Notice du DBMOF par Justinien Raymond. — GRUMBACH Salomon par Léon Strauss et Jean-Claude Richez dans le Nouveau Dictionnaire de Biographie alsacienne, fascicule n° 14, Strasbourg,1989, p.1304-1307. — Le Petit journal, 27 mars 1941.

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