AUGAGNEUR Victor, Jean

Par Justinien Raymond

Né le 16 mai 1855 à Lyon (Rhône), mort le 23 avril 1931 au Vésinet (Seine-et-Oise, Yvelines) ; médecin, chirurgien, professeur ; homme politique, il appartint pendant quelques années au mouvement socialiste.

Reçu docteur en médecine en 1879 et, en 1886, agrégé des Facultés de médecine alors qu’il était depuis 1883 chirurgien en chef de l’Hospice de l’Antiquaille, Victor Augagneur fit toutes ses études à Lyon. En 1895, il fut nommé à la Faculté de médecine de Lyon professeur de pathologie chirurgicale, chaire qu’il quitta en 1904 pour occuper celle de clinique des maladies vénériennes et cutanées. C’est sur ces maladies que portèrent ses principaux travaux écrits ainsi que sur la prostitution qui en représente l’aspect social.
Attiré par la vie publique dès sa jeunesse, il vint des milieux bourgeois au socialisme qu’il conçut toujours comme un radicalisme plus affirmé. Il remporta ses premiers succès électoraux en compagnie des radicaux et, quand le mouvement socialiste réalisa son unité sur les thèses révolutionnaires, il l’abandonna après avoir résisté à cette évolution. En novembre 1888, il fut élu conseiller municipal de Lyon, et adjoint au maire en mars 1891 ; il ne se distinguait pas alors des milieux républicains avancés. Pendant ces années, les blanquistes et le Parti ouvrier français (POF) commençaient à répandre leurs idées parmi les ouvriers lyonnais. Quand l’Affaire Dreyfus vint passionner l’opinion (Bernard Lazare, Francis de Pressensé, Jean Jaurès étaient venus à Lyon), des jeunes gens de la bourgeoisie, des universitaires portèrent leur attention sur le mouvement socialiste. Quelques cercles se formèrent sous le nom d’Alliance socialiste.
Entré dans ces groupements, Augagneur prit, à partir de 1899, une influence croissante dans le mouvement socialiste lyonnais. Sa personnalité en fit le chef de file des groupements indépendants, face au POF, seul maître du terrain depuis que le boulangisme avait divisé et affaibli les groupes blanquistes. La rivalité entre les deux organisations fut vive et, dans ces luttes, Augagneur et ses amis gardèrent le contact avec le radicalisme. Socialistes indépendants et radicaux, alliés, obtinrent quarante sièges (contre huit aux progressistes) aux élections municipales de mai 1900. Augagneur était élu dans le VIe arr. avec 3 411 voix, distançant ses colistiers de plusieurs centaines de voix, face à la liste du POF dont les candidats avaient de 1 271 à 1 759 suffrages. Au lendemain de ces élections, il fut élu maire de Lyon et le demeura jusqu’en novembre 1905, après avoir été réélu, en 1904, dans le VIe arr. avec 7 246 voix, largement en tête, devant ses amis et ses adversaires. Augagneur marqua son passage à l’Hôtel de Ville par la suppression de l’octroi dont les recettes furent remplacées par des taxes directes, par des mesures de lutte antialcoolique comme la réduction du nombre des cabarets, par la mise en place de régies pour le pavage des rues, pour les eaux et jusqu’à un service municipal d’inhumation qui dressa contre lui les Pompes funèbres de Joannès Ravarin défendu au Parlement par son frère député. Mais il ne craignit pas de refuser des crédits à la Bourse du Travail et constitua, en face d’elle, un Office municipal de placement.
Après les regroupements socialistes consécutifs à l’Affaire Dreyfus, Augagneur était le leader d’une Fédération autonome adhérente du Parti socialiste français, en face d’une Fédération d’unité socialiste révolutionnaire, affiliée au Parti socialiste de France. En novembre 1904, il fut élu député du Rhône par la Ve circonscription et s’inscrivit au groupe socialiste. Alors, sur le plan national comme sur le plan local, il se dressa contre le courant unitaire. En mars 1905, au congrès de Rouen du Parti socialiste français, contre la majorité des délégués des Fédérations, contre Jaurès, contre de Pressensé, il préconisa le maintien du Bloc des Gauches, de sa délégation parlementaire et revendiqua l’antonomie des élus à l’égard du parti. La majorité du groupe parlementaire, bien que partageant ces vues, s’inclina. Augagneur ne la suivit pas. Il n’assista pas au congrès d’unité de la salle du Globe et resta hors du Parti socialiste unifié qui en sortit, entraînant dans sa dissidence plusieurs députés et la majorité de la Fédération autonome du Rhône qui fut la principale organisation demeurée hors de la SFIO. Mais elle s’effrita quand Augagneur, nommé gouverneur général de Madagascar le 3 novembre 1905, prit la succession de Galliéni et se démit de ses mandats municipal et parlementaire.
Cette haute fonction, qu’il conserva jusqu’en 1910, convenait à son goût de l’autorité qui lui valait à Lyon le surnom de l’Empereur. En 1910, il fut réélu député. À diverses reprises, il occupa des fonctions ministérielles. Aux Travaux publics dans le cabinet Caillaux (26 juin 1911-15 janvier 1912), il fit abandonner la réintégration des cheminots révoqués. Mais aux approches de la guerre, il fut l’adversaire d’Aristide Briand et de Barthou et se dressa contre la loi militaire des trois ans. Il fut encore ministre de la Marine dans le cabinet Doumergue (9 décembre 1913-10 juin 1914) et ministre de l’Instruction publique dans le premier cabinet René Viviani (13 juin 1914-26 août 1914).
Battu aux élections de 1919, Augagneur fut nommé en 1920 gouverneur de l’AEF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article77109, notice AUGAGNEUR Victor, Jean par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 8 octobre 2018.

Par Justinien Raymond

SOURCES : Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., p. 493-503, passim. — Jean Verlhac, La Formation de l’Unité socialiste (1898-1905), DES, Paris. — L’Humanité, 12 mai 1904, 25 mai et 6 juin 1905, 30 juin 1913, 3 novembre 1913, 14 janvier et 14 juin 1914.

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