BAZIRE Edmond

Par Justinien Raymond, notice complétée par François Mercier

Né le 14 avril 1862 à Rouen (Seine-inférieure), mort à Paris (XVe arr.) le 8 avril 1943 ; représentant de commerce ; libre penseur, coopérateur, socialiste et syndicaliste, Franc Maçon.

Fils d’Edouard Bazire, teinturier et d’une mère traeuse, militant de Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), Edmond Bazire épousa en mai 1880 Bénédicte Reine, institutrice laïque appartenant à l’une des premières promotions sorties de l’École normale de Rouen, avec qui il eut deux filles et un fils. Il exerçait une activité professionnelle de représentant au service des Éditions de l’Humanité, maison bruxelloise spécialisée dans la littérature occultiste. Libre penseur engagé, il était en 1892 secrétaire général du « Groupe philanthropique Adrien Pasquier » de Rouen, avec pour secrétaire adjointe son épouse. La même année, il participa à ce titre au congrès national de la Fédération des groupes de Libre Pensée. À cette occasion, il fit la connaissance des Maçons Georges Martin, ancien sénateur et président du Conseil général de la Seine, et Maria Deraismes, militante féministe, tous deux fondateurs au printemps 1893 du premier ordre maçonnique mixte, le Droit humain. Comme eux, il fut élu membre de la commission chargée d’organiser un convention nationale en vue des élections générales de 1893. À la même époque, il figura au nombre des fondateurs de l’Université populaire de Rouen, tout en continuant d’organiser des sociétés de Libre Pensée.
L’initiation de son épouse en juin 1895 dans la loge mère du Droit Humain, puis son rôle en tant que co-fondatrice de la la section n° 3 de Rouen, de même que sa proximité avec Georges Martin, l’amenèrent à se rapprocher de la Franc Maçonnerie. Rejoignant sa femme, il fut initié au Droit Humain le 27 mars 1898 (leur fille aînée fut initiée en 1902, la cadette en 1906, en même temps que son mari). Deux ans plus tard, il devenait vénérable maître de sa Loge.
Militant très actif multipliant les engagements, Edmond Bazire fut élu en 1913, secrétaire général de l’Union fédérative de la Libre Pensée de France et des colonies constituée cette année-là à La Rochelle et, au lendemain de la Première Guerre mondiale, il présidait encore la Fédération de Seine-Inférieure. Il fut aussi un des premiers militants socialistes du département, le vrai fondateur de la Fédération socialiste départementale affiliée au Parti socialiste révolutionnaire (PSR) en 1895. En 1898, il lança le journal L’Union socialiste qui dura trois mois. Il contribua à créer la coopérative de production « L’Imprimerie fédérale » et les coopératives de consommation, « La Laborieuse » et « La Libératrice ». Son groupe socialiste rouennais « l’Émancipation humaine » le délégua au congrès de Paris, salle Japy (1899). La Fédération, alors adhérente du Parti socialiste français (PSF), le mandata pour le congrès de Tours (1902).
Bazire fut candidat à diverses élections. Il figura en 1904 sur une liste de trente-quatre candidats au conseil municipal de Rouen (650 voix) ; il obtint 227 suffrages pour le conseil général dans le canton de Maromme en 1907 ; en 1909 il fut l’un des cinq candidats socialistes au Sénat ; aux élections législatives, il recueillit 458 voix en 1910 et 3 704 en 1914 dans la 4e circonscription de Rouen et 40 613 en 1919 sur la liste socialiste départementale.
Bazire fut élu trésorier du syndicat des représentants de commerce de Rouen, affilié à la CGT, après sa fondation en 1910.
Au lendemain de la Grande Guerre, Edmond Bazire reprit ses activités militantes et maçonniques. Membre du Suprême Conseil du Droit Humain, il assista au 1er convent international d’août 1920 et figura parmi les signataires de la première Constitution internationale (en 1927 il fut également co-signataire de la Constitution internationale amendée). Il fut ensuite réélu au Suprême Conseil jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Il fut également entre les deux guerres un membre influent de la Fédération française du Droit Humain.
En décembre 1921, il s’installa à Auxerre (Yonne), où le couple possédait des biens, et aussitôt à l’œuvre, il fonda l’année suivante une loge du Droit Humain dans cette ville avec son épouse, ses deux filles et son gendre, ainsi qu’un inspecteur primaire de la ville, Félix Lebossé, futur grand résistant dans la région lyonnaise. En 1924, la fédération départementale de la SFIO, sortie très affaiblie de la scission de 1920, reprit ses activités. Edmond Bazire en assura le secrétariat durant les premières années, ce qui lui valut d’être régulièrement la cible de critiques de la part des communistes devenus majoritaires. Également en butte à une opposition interne, il fut mis en minorité, puis exclu en août 1929 à la suite de plusieurs échecs à des élections locales. Il prit alors du recul par rapport à son engagement politique pour se consacrer essentiellement à ses activités maçonniques. Il fut néanmoins candidat aux élections municipales de mai 1935 à Auxerre sur une liste « d’action antifasciste » avec le syndicaliste Pierre Giblin.
En 1941, s’estimant en danger du fait de sa notoriété, il décida de quitter Auxerre avec son épouse pour se réfugier à Paris, où retrouver l’anonymat lui serait plus facile. Gravement malade, sans doute désespéré par la disparition de sa femme en décembre 1942 comme par l’effondrement de la France dans la collaboration, il mourut à son domicile 72, avenue de Suffren (XVe arr.), le 8 avril 1943 et fut incinéré au Père-Lachaise le 12.
En octobre 1965, à la demande de sa fille Marguerite, ses cendres et celles de son épouse furent transférées au cimetière Henri Dunant à Auxerre.
Était-il parent de Bazire Edmond de Rouen, 9 février 1846-29 juin 1893 ?

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article77431, notice BAZIRE Edmond par Justinien Raymond, notice complétée par François Mercier, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 7 novembre 2022.

Par Justinien Raymond, notice complétée par François Mercier

SOURCES : Compte rendu des congrès de Japy et de Tours. — Hubert Rouger, Les Fédérations socialistes II, p. 584, à 615, passim. — P. Lévêque, « Libre Pensée et socialisme (1889-1939) », Le Mouvement social, n° 57, octobre-décembre 1966, p. 109. — Arch. Dép. Seine-Maritime, 4 MP 1404 Syndicats 1903-1909. — État civil. — François Mercier, Célébration des cent ans de la Loge 759 à l’Orient d’Auxerre, 12 mars 2022.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, op. cit., p. 589.

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