BEDEL Louis

Né le 7 décembre 1826 à Combes (Hérault ?), ouvrier mineur à Decazeville (Aveyron), sachant lire et écrire, Louis Bedel fut condamné le 15 juin 1886, par la cour d’assises de l’Aveyron, à huit ans de travaux forcés pour complicité de meurtre sur Watrin, sous-directeur de la Société nouvelle des houillères et fonderies de l’Aveyron. Bedel avait été plusieurs fois renvoyé de la mine.
Le 26 janvier 1886, au matin, la grève s’était déclenchée aux houillères. À midi, elle était générale. Vers une heure, des grévistes conduits par Bedel contraignirent le sous-directeur Watrin — particulièrement détesté des ouvriers — à les suivre à la mairie. Une foule hostile les accompagna. Le maire tenta de calmer les émeutiers. Watrin refusa d’accepter les revendications des grévistes. Bientôt il fut assailli et se réfugia dans un bâtiment désaffecté de la compagnie ; le local fut assiégé, l’assaut donné. Watrin, blessé, accepta de démissionner. Il était trop tard, les émeutiers le précipitèrent par la fenêtre et s’acharnèrent sur lui ; il expira à l’hospice où il avait été transporté.
Dix prévenus dont deux femmes comparurent aux assises. Des témoins présentèrent Watrin comme « l’âme damnée » de la compagnie minière, rognant sans cesse sur les salaires. Les accusés Henri Lescure, Auguste Blanc et Adolphe Caussanel furent, comme Bedel, condamnés à de lourdes peines.
Le 11 février suivant, le député-mineur Émile Basly interpella le ministre des Travaux publics sur les événements de Decazeville. Bien que le ministre ait reconnu le retard apporté dans le paiement des salaires ainsi que le caractère patronal de la coopérative des mineurs, l’interpellation se heurta à l’hostilité quasi unanime des députés.
Le verdict, « d’une inqualifiable faiblesse » (A. Bataille, Causes criminelles et mondaines de 1886), suscita les protestations des milieux socialistes et anarchistes. Le 3 juin 1886, un meeting, tenu à Paris par Jules Guesde, Paul Lafargue, Étienne Susini et Louise Michel, valut à ces orateurs une condamnation à plusieurs mois de prison.
Le meurtre de Watrin devait rester longtemps célèbre dans les annales anarchistes où l’on usa dès lors du néologisme « watriner ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article77476, notice BEDEL Louis , version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

SOURCE : Jean Maitron, Histoire du mouvement anarchiste., op. cit., (d’après Gazette des Tribunaux, juin 1886 et Journal officiel, séance du 11 février 1886).

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