BELLOT Étienne, Éloi

Par Justinien Raymond

Né le 20 janvier 1865 à Marseille (Bouches-du-Rhône), légitime le 15 juin 1865 ; menuisier-charpentier de métier mais, avant tout, homme de lettres et journaliste ; militant socialiste.

Né dans un milieu aisé, d’un père capitaine du génie et d’une mère aixoise, fille d’un riche négociant, Étienne Bellot put étudier, lire, voyager. Poète et artiste, écrivain de race, possesseur d’une fortune assez ronde, il préféra, à la tranquillité qu’elle pouvait lui assurer, une vie active et combative. Il y rencontra des déboires, dépensa sans compter pour créer revues et journaux pour défendre les causes populaires et finit par se trouver dans le besoin.
Il avait approfondi la sociologie et l’économie politique et devint un socialiste proudhonien fervent du maître. Il fut, à Paris, collaborateur et ami de Félix Pyat, Henri Rochefort et Benoît Malon. Il fut un temps secrétaire de Gustave Naquet. S’il finit par la condamner comme le guesdisme qu’il qualifiait de « pâle reflet » du marxisme, il fut un moment lié à l’anarchie, à son action, à ses journaux. Il correspondit avec ses chefs en Espagne et en Italie. Le 14 juillet 1884, ayant participé à une manifestation anarchiste, il fut arrêté, puis relâché. Après avoir collaboré au Travailleur, en compagnie d’Antide Boyer, il rompit en 1885 avec ce dernier, candidat sur une liste radicale. Il signa une affiche intitulée « Exécution » qui flétrissait Boyer, qualifié de renégat du socialisme. Il sera accusé d’avoir touché de l’argent pour faire battre Antide Boyer. Dans une réunion contradictoire, (11 mars 1888), Bellot reconnut avoir reçu une somme, mais pour la consacrer à une revue socialiste. En 1886, il était entré à La Voix du Peuple, quotidien possibiliste, et participa aux querelles avec les guesdistes de l’Union socialiste révolutionnaire dont les épisodes les plus saillants furent la candidature de Félix Pyat suscitée par La Voix du Peuple (1888) et la compétition électorale, dans le quartier de la Belle-de-Mai (1889), de Jules Guesde et de d’Eugène Protot. Bellot soutint ardemment Pyat et Protot et, dans son étude historique du socialisme marseillais, il reprit les attaques de ce dernier contre Guesde, « agent de l’Allemagne ». En 1889, dans l’Éclaireur, il accusa Clovis Hugues de se servir du Boulangisme pour se renflouer et il posa sa propre candidature contre Antide Boyer dans la 4e circonscription de Marseille. Au cours d’une campagne mouvementée, Bellot, en réunion publique, gifla A. Boyer et lui cracha au visage. Finalement, il retira sa candidature pour ne pas faire élire le réactionnaire Gairard et Boyer fut élu. Bellot fut d’ailleurs lui-même boulangiste et s’en est justifié dans Marseille politique, 1899 : « Suivre le général Boulanger n’était pas marcher avec lui. Il était un porte-drapeau ; il n’était ni notre chef ni notre maître » (p. 87). Le général Boulanger était un « instrument merveilleux aux mains du peuple, c’est-à-dire du socialisme » (p. 92).
Bellot disparut bientôt de la scène active et se fit l’historien de ces débuts agités du socialisme à Marseille auxquels il avait été étroitement mêlé jusqu’à se trouver entraîné dans deux duels.
En 1891-1892, Bellot avait été à plusieurs reprises condamné pour délits de presse et outrages à agents.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article77502, notice BELLOT Étienne, Éloi par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Justinien Raymond

ŒUVRE : Bellot collabora à de nombreux journaux : Le Réveil marseillais (1884) d’A. Boyer, Le Mouvement socialiste qu’il fit paraître la même année, Le Travailleur, La Revue provençale de Jean Lombard, L’Idée nouvelle, L’Insurgé, Terre et Liberté, L’Audace, Le Drapeau rouge, Le Petit mousse. En 1885, il fonda Le Droit social, puis alla quelque temps à Paris collaborer à L’Ami du Peuple de Maxime Lisbonne. Il collabora en 1886 à L’Anticlérical social. De retour à Marseille, il fut rédacteur en chef à La Célébrité contemporaine et au Nouveau Parti, à La Voix du Peuple. Il écrivit ensuite dans divers hebdomadaires : Le Réveil national (1889) et l’Éclaireur de Marseille (1889), organes favorables au boulangisme, Le Démocrate, Le Phare de Marseille (1889), L’Agitateur (1892), Le Progrès, de Marseille (Bellot en était rédacteur en chef en 1895).
Bellot publia toute une œuvre littéraire, notamment : Les Poètes de demain (Bibl. Mun. Marseille, cote 8 145), Les Esclaves du Capital (1885), Les Poètes socialistes. Il prépara Les Deux Amis, roman psychologique, et plusieurs œuvres de sociologie qui restèrent inédits.
Bellot est l’auteur de trois écrits politiques : La Vérité sur le député Antide Boyer (Bibl. Mun. Marseille, cote 5 543), La France républicaine (Ibid. 8 149). — Introduction à l’Histoire du socialisme à Marseille, Paris, 1891 (Ibid. 5 545). Dédié à la mémoire de F. Pyat, c’est une réponse à l’ouvrage de Jean Coulet, Histoire du socialisme à Marseille. Les deux ouvrages se recoupent et nous renseignent sur la période 1879-1890.
Bellot fit paraître enfin Marseille politique, 1899, 176 p. et Jean Lombard, sa vie, ses œuvres, nouvelle édition, Paris, 1904, 62 p.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M2 III, 47 et 48 ; M6/3389, 3390, 3391, 3 392, 3 397, AD VI T 4/27 et 5/2. État-civil Marseille. — Léon de Montagnay, « Étienne Bellot », in Le Clairon social (n° de septembre 1889). — Jean Coulet, Histoire du socialisme à Marseille. Marseille, 1891.

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