BIVILLE Raoul

Par Justinien Raymond

Né en 1863 ; mort à Caen (Calvados) au début de mai 1909 ; professeur de Faculté ; militant socialiste.

Biville appartenait à une famille bourgeoise et protestante très fortunée. Après de brillantes études à Caen et à Paris, il était, à trente-quatre ans, professeur à la faculté de Droit de Caen. Esprit original, très indépendant, il conciliait d’ardentes convictions socialistes avec une foi protestante très sincère. Modeste et bon, il répandait autour de lui le bien que sa fortune lui permettait de faire. Il fut un des premiers militants socialistes dans la région de Caen et, comme tel, un des fondateurs de la fédération de Basse-Normandie. Le congrès d’unité de Flers-de-l’Orne (14 octobre 1905) le porta au bureau fédéral. Il collabora au Semeur, organe mensuel des socialistes bas-normands fondé cette même année. À partir de 1907, il resta un des propagandistes de la fédération Calvados-Orne, la Manche et la Sarthe s’étant érigées en fédérations indépendantes. Il fut, en 1908, l’objet d’un scandale local : appelé comme officier de réserve, il se refusa à accompagner le drapeau du régiment et encourut les rigueurs de la discipline et les sarcasmes des milieux bien-pensants de Caen.
Son action au sein du Parti socialiste se doubla d’une propagande visant à répandre le socialisme dans les milieux religieux. À cet effet, il publiait avec Paul Passy* et quelques amis une revue intitulée l’Espoir du Monde qui affirmait et s’efforçait de prouver qu’on pouvait être à la fois « collectiviste, révolutionnaire et chrétien ». Au congrès national de Saint-Étienne (avril 1909), J.-L. Breton, une fois de plus sur la sellette à cause de sa persistance dans la politique du bloc, mit en cause le « socialiste-chrétien » Biville que défendit Pigault, délégué de la fédération Calvados-Orne qui, déclara-t-il, laisse Biville à sa marotte mais le considère « comme un excellent camarade » (c. rendu congrès de Saint-Étienne, p. 146).

Protestant austère, il ne buvait jamais d’alcool et militait dans les ligues de lutte contre l’alcoolisme. Il multipliait les conférences en faveur de la tempérance et condamnait le jeu.

Héritier et disposant d’un bon revenu il était souvent sollicité pour aider financièrement la pauvre fédération socialiste.

Biville militait depuis plus de dix ans quand il mourut subitement à l’âge de quarante-six ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article77778, notice BIVILLE Raoul par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 24 mars 2013.

Par Justinien Raymond

SOURCES : Hubert-Rouger  : Les Fédérations socialistes II, pp. 39-40. — L’Humanité, 10 mai 1909. — Compte rendu sténographique du congrès national du Parti socialiste à Saint-Étienne (1909). - Jérôme Letournel, thèse, 2013.

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