BONNIER Charles

Par Gilles Candar, Justinien Raymond

Né le 7 juin 1863 à Templeuve (Nord), mort le 31 décembre 1926 à Cannes (Alpes-Maritimes) ; socialiste, militant guesdiste du POF.

Fils d’un représentant de commerce républicain, ami de Achille Testelin, dont les affaires prospérèrent sous l’Empire et qui était devenu un notable de Templeuve-en-Pévèle, Charles Bonnier était le benjamin d’une fratrie qui s’illustra dans des domaines divers. Louis Bonnier (1856-1946) fut un architecte de renom. Jules Bonnier ((1859-1908) fut naturaliste, collaborateur d’Alfred Giard et de Jean Charcot. Pierre (1861-1918) fut un médecin socialiste lui aussi (les deux autres frères étaient de « bons républicains »).

Charles entra à l’École des Chartes après de solides études secondaires, mais ni en 1887 ni en 1888 il ne put obtenir le diplôme de sortie et il ne devint donc pas archiviste-paléographe. « Déclassé », position prisée par Guesde pour les potentiels dirigeants du mouvement ouvrier, Charles Bonnier cultiva un investissement artistique et culturel assez recherché et délicat, fréquentant Mallarmé et les wagnériens. Il envisagea une carrière à l’étranger, favorisée par l’estime et le soutien de Gaston Paris et par l’appui d’Henry Roujon, intellectuel en renom et alors chef de cabinet du ministre de l’Instruction publique. Il passa une année à Halle (1887-1888) auprès du professeur Hermann Suchier et soutint une thèse qui le replaçait dans le cursus universitaire, mais le gouvernement allemand bloqua la nomination de ce jeune militant du Parti Ouvrier déjà repéré par ses services, malgré l’utilisation d’un pseudonyme (« Bernard », du nom de sa mère), pour ses correspondances insérées dans Le Socialiste.
Charles Bonnier se tourna alors vers la Grande-Bretagne aux mœurs plus libérales. Il fut professeur libre à Oxford (1890-1900) avant d’obtenir une chaire à la Faculté de Liverpool (1900-1913), grâce aux soutiens de Gaston Paris, Hermann Suchier, Kuno Meyer et Frederick York Powell. Impétueux, Charles Bonnier était un être sociable qui eut de nombreuses et assez éclectiques amitiés : les professeurs Henry Sweet et John Mackay, le musicien Cyril Scott, le peintre Augustus John, en politique Friedrich Engels ou Jules Guesde.

Il adhéra tout jeune au POF, participa à ses congrès de Paris (1893), Romilly (1895), Épernay (1899), Ivry (1900) et au congrès de Lille du PS de France (1904). Il fut délégué aux congrès socialistes internationaux de Bruxelles, de Zurich et de Londres et au deuxième congrès général des organisations socialistes françaises à Paris, salle Wagram (1900) ; il représentait huit groupes du POF du département du Nord, dont celui de Templeuve. Il resta toujours fidèle au POF et le suivit dans l’unité en 1905. Il était un des doctrinaires du parti guesdiste. Son principal apport à l’action socialiste réside dans ses écrits. Il jouait aussi le rôle d’agent de liaison entre les marxistes français, allemands et britanniques. Sa grande époque fut celle de l’autonomie guesdiste dans la décennie 1890 et jusqu’à l’unité de 1905, qui ne lui convenait guère. Son influence s’exerça contre l’engagement dreyfusard auquel renonça Guesde au début de l’année 1898 et en faveur d’un certain raidissement idéologique manifeste après les élections de 1898. Il fut ainsi pendant quelques années un des principaux dirigeants du parti, mais son éloignement ne favorisa pas le maintien de son influence, surtout après les mauvais résultats de son parti aux élections législatives de 1902 et municipales de 1904. D’autres, comme Bracke ou Delory, prirent alors l’avantage comme conseillers de Jules Guesde.

Charles Bonnier prit sa retraite en 1913 et rentra à Templeuve. Au cours de l’été 1914, il commença la rédaction de ses Souvenirs, qui ne furent publiés qu’en 2001. Il resta à Templeuve pendant l’occupation allemande avant d’être assigné à résidence en Belgique. Il épousa en juillet 1919 son ancienne domestique Marie Manlay ce qui refroidit ses relations avec la famille. La guerre l’avait détourné de son ancien idéal socialiste et il était revenu à la foi catholique de son enfance. Il restait fidèle à ses amitiés et fut en 1922 avec Bracke et Fortin un des trois exécuteurs testamentaires de Guesde.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article78015, notice BONNIER Charles par Gilles Candar, Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 13 mai 2019.

Par Gilles Candar, Justinien Raymond

ŒUVRE : Bonnier collabora aux journaux et revues Revue wagnérienne (1887), Le Socialiste, Le Réveil du Nord (Lille), Le Travailleur du Nord (Lille), La Jeunesse socialiste (Toulouse), L’Ere nouvelle (1893-1894), Le Devenir social (1895-1898), Le Socialisme (1907-1913), Socialisme et lutte de classe (1914), Die Neue Zeit (jusqu’en 1898).
Il a écrit — Uber die französischen Eigennamen in alter und neuer Zeit, (thèse) Halle, 1888, in-8°, 33 p., Bibl. Nat. 8° Halle ph 447. — Lettres de soldat. Étude sur le mélange entre patois et français, Halle, 1891. — Un moment (poèmes), Bruxelles, Charles Vanderawera, 1892 — Chères faces (poèmes), Bruxelles, Charles Vanderawera, 1894. — La Question de la femme, Paris, 1897, in 8°, 59 p. Bibl. Nat. 8° R 15 268. — La lignée des poètes français au XIXe siècle, Oxford, Clarendon Press, 1902 — Monographie agricole de Templeuve, citée par Ch. Vérecque correspond probablement à Templeuve-en-Pévèle, histoire d’un village, Liverpool, Lyceum Press, 1907. — L’Etre spécial, Liverpool, Lyceum Press, 1909 — Le pays de Pévèle, avec des eaux-fortes de Jean Bonnier, Liverpool, Lyceum Press, 1911 — Monographie du mensonge. Essai sur la casuistique, Liverpool, Lyceum Presss, 1913 — L’occupation de Templeuve par les Allemands et ses suites, Liverpool, Lyceum Press, 1921. — Milieux d’art, Liverpool s. d. (1925).

SOURCES : Comptes rendus des congrès socialistes. — Ch. Vérecque, Dictionnaire du socialisme, p. 42. — Compère-Morel, Grand Dictionnaire socialiste, op. cit., p. 78. — Cl. Willard, Les Guesdistes, op. cit., p. 606. — Marie-Louise Goergen, Les relations entre socialistes français et allemands à l’époque de la deuxième Internationale, thèse de doctorat, Paris-VIII, 1998. — Les souvenirs de Charles Bonnier, Un intellectuel socialiste européen à la Belle Epoque, éd. Gilles Candar, préface de Madeleine Rebérioux,Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2001. — Notes de Gilles Candar et conversations avec Jacqueline Lordonnois, nièce de Charles Bonnier.

Version imprimable Signaler un complément