QUINIO Amédée, Marcel, Alfred, Jean

Par Yves le Floch

Né le 9 juillet 1893 à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), mort le 26 février 1982 à Saint-Brieuc ; cheminot, syndicaliste des Côtes-du-Nord.

Fils d’un orfèvre, Amédée Quinio, après avoir fait la guerre dans la Marine, fut de 1919 à 1939 ajusteur au dépôt de la gare de Saint-Brieuc. En 1923, il devint secrétaire du syndicat CGT des cheminots et secrétaire général de l’Union départementale, lorsque se reconstituèrent ces deux organisations que la scission avait fait disparaître. Il conserva ces fonctions jusqu’en 1938. Il fut à ces titres, présent à tous les congrès de l’Union départementale d’Ille-et-Vilaine de 1924 à 1930 et, à partir de 1925, à l’ensemble des congrès confédéraux, exception faite de celui de 1929.
Afin de renforcer l’influence de la CGT au conseil municipal de Saint-Brieuc, dont Théo Hamon était déjà membre, Amédée Quinio fut, par deux fois, candidat socialiste aux élections municipales, candidat malheureux aussi bien en avril 1929, où il lui manqua cinq voix, qu’en septembre 1931, où il lui en manqua trente-deux.
Les intérêts corporatifs des fonctionnaires et les problèmes de l’unité syndicale furent les deux grands axes qui déterminèrent son action. Dès janvier 1922, il s’était clairement prononcé pour le bureau Montagne et pour la CGT contre les unitaires. Cependant, chaque fois que furent menacés les intérêts des fonctionnaires — que ce soit par Poincaré, Laval ou Daladier — il fut, convaincu de son efficacité tactique, partisan de l’unité d’action. En 1924, il engagea son syndicat dans le Cartel départemental des fonctionnaires et employés publics dont, en février, il présida une réunion aux côtés de l’unitaire Bernard. En juin 1925, il vint prendre la parole dans une réunion de la Fédération unitaire des cheminots et, en 1926, il représenta son syndicat au sein du comité d’entente des organisations de cheminots de Saint-Brieuc. La réunion du 20 août 1927 pour Sacco et Vanzetti qu’il présida, fut localement la dernière manifestation marquante de cette période d’unité d’action timide, ouverte par la politique d’austérité de Poincaré et que les concessions du ministère des Transports en 1926 privaient de contenu. Au congrès confédéral de juillet, Quinio avait d’ailleurs voté contre la motion d’unité qui y fut présentée.
Entre 1930 et 1933, Amédée Quinio se lança dans une politique de renforcement des organisations confédérées de fonctionnaires : Fédération postale, syndicats de cheminots, Fédération des fonctionnaires, au grand dam des unitaires très affaiblis et pour lesquels Quinio devint une cible privilégiée. Durant l’été 1933, le Travailleur unitaire, organe régional de la CGTU s’indigna ainsi de ce que la municipalité socialiste lui ait accordé le poste, c’est-à-dire le logement de concierge des bains-douches du Gouëdic.
Ce qui se jouait alors était l’unification des syndicats de cheminots. Quinio était résolument hostile à l’adhésion du syndicat confédéré — dont il était toujours secrétaire — au comité d’action que venaient de constituer les organisations unitaire et professionnelle. Il représenta, le 11 février 1934, la CGT au meeting antifasciste qui se tint à Saint-Brieuc mais fut peu après accusé par l’Union locale unitaire d’avoir saboté la grève du 12. Sous la pression des événements, des pourparlers d’unité s’engagèrent cependant au mois d’août suivant, entre les deux syndicats CGT et CGTU de cheminots ; mais, jusqu’en 1935, les numéros successifs du Travailleur unitaire ne cessèrent de relater les manœuvres dilatoires que Quinio opposait au processus d’unité. En mars 1935, il tenta de contrecarrer le référendum que le syndicat unitaire organisa auprès de l’ensemble des cheminots sans pouvoir toutefois, empêcher une importante participation. Il semble que ce soit des considérations tactiques qui lui firent abandonner son hostilité et se rallier au mouvement pour l’unité, précisément la nécessité de riposter aux décrets-lois de Laval. Le 11 août, il prenait la parole, aux côtés de Dupuis, secrétaire de l’Union locale unitaire, dans une manifestation contre ces décrets et devenait, à la fin de l’année secrétaire général du nouveau syndicat unifié de cheminots, puis, en janvier 1936, de la nouvelle Union départementale.
Après le succès électoral du Front populaire, Amédée Quinio s’attacha à la reconstitution de divers syndicats : Bâtiment, Brossiers, Métaux, dirigeant notamment les négociations de cette dernière organisation avec le patronat local (Forges et Laminoirs de Bretagne, Chaffoteaux, usine de Jouguet) et participa en tant que membre ouvrier, à de nombreuses commissions paritaires. Il représentait d’autre part, la CGT au comité du Rassemblement populaire de Saint-Brieuc. En 1937, il s’occupa plus particulièrement de l’Union locale de Dinan, déchirée par de graves conflits internes qu’il s’engagea à trancher lors de l’assemblée générale du 17 décembre.
Le 14 juin 1938, il présida à Saint-Brieuc le congrès des cheminots de la région Ouest (Réseaux État et Orléans) où étaient présents, Pierre Semard, Georges Badinot et Jouhaux* et, le 16 juillet, une réunion de l’Union départementale avec Frachon*. Ses réticences envers les ex-unitaires semblent en effet avoir alors totalement disparu. Il est vrai que 1938 fut l’année de la lutte contre les décrets Daladier-Reynaud à laquelle il chercha à donner le plus d’ampleur possible. Une série de réunions avec, comme orateur, Barthe, de la Fédération des Forces motrices fut organisée dans ce but en septembre et Amédée Quinio intervint dans les deux plus importantes, à Saint-Brieuc et à Guingamp. Les attaques contre Daladier, sur sa vie privée et ses attaches avec les milieux d’affaires, furent si violentes que les radicaux protestèrent et que le maire néo-socialiste de Saint-Brieuc, Brilleaud, interdit la manifestation qui devait suivre une réunion. Malgré son engagement dans la campagne de préparation Quinio ne participa pas personnellement à la grève nationale du 30 novembre 1938, ce qui lui valut d’être destitué du secrétariat de l’Union départementale.
En 1939, il participa, toujours comme membre ouvrier, à deux commissions paritaires, les Côtes-du-Nord ayant connu durant les mois qui précédèrent la guerre, une seconde vague de conflits, plus restreinte qu’en 1936, mais sensible.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article7852, notice QUINIO Amédée, Marcel, Alfred, Jean par Yves le Floch, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 29 juillet 2012.

Par Yves le Floch

SOURCES : Arch. Dép. Côtes-du-Nord, série M. — Arch. Com. Saint-Brieuc. — F. Guégan, Le Parti communiste français, la SFIO et le mouvement paysan et ouvrier de 1930 à 1939 dans les Côtes-du-Nord, MM, Paris I. — CGT, Congrès fédéraux de Paris, 1925, 1927, 1931, 1933, 1935, de Toulouse, 1936, de Nantes, 1938. — L’Éveil breton. — Le Semeur d’Ille-et-Vilaine.Le Travailleur unitaire. — L’Avenir syndicaliste. — Le Combat. — Le Combat social, mai 1937.

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