CARNAUD Maximilien, Antoine, Albert

Par Justinien Raymond

Né le 6 juillet 1863 à Paris, mort le 5 novembre 1937 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; employé, puis instituteur ; militant socialiste et député des Bouches-du-Rhône.

Maximilien Carnaud était le fils d’artistes lyriques, Jean-Baptiste Carnaud et Marie Watripon. Orphelin très jeune, il était garçon de courses dans une maison de commerce dès l’âge de quinze ans, mais il réussit à poursuivre ses études et, en 1880, il était instituteur à Marseille où il rejoignit le mouvement socialiste qui s’y épanouissait après le congrès de 1879. Au 1er congrès général des organisations socialistes à Paris, salle Japy (décembre 1899), il représenta trois groupes marseillais adhérents de la fédération départementale : Les Amis réunis, Le Drapeau rouge et Le Rappel socialiste. Il était aussi le délégué de la 1re circonscription électorale de Marseille dans laquelle il avait combattu et qu’il devait plus tard conquérir.
En 1891, il échoua au conseil général dans le canton de Gardanne, mais, le 7 août 1892, il fut élu dans le 7e canton de Marseille comprenant notamment les quartiers d’Endoume, Vauban, Saint-Loup et Mazargues. Aux élections législatives de 1893, dans la 1re circonscription de Marseille, celle des vieux quartiers et du port, Carnaud combattit le député radical sortant, Paul Peytral, ministre en exercice dans le cabinet Dupuy. Il recueillit 1 803 voix, 9,8 % des électeurs inscrits, contre 7 353, 40 %, à son vainqueur. Traduit devant le conseil départemental de l’Instruction publique, au lendemain de cette campagne où il défendit les théories collectivistes, Carnaud fut révoqué de ses fonctions d’instituteur « pour avoir outragé le gouvernement dans une séance du conseil général » (rapport de police, 12 août 1898). Il allait, en 1894, opposer sa qualité d’instituteur révoqué à celle de son adversaire récemment décoré. Il s’agissait de pourvoir au siège vacant par l’élection de Peytral au Sénat. Pour faire échec au socialisme, le préfet Deffès suscita la candidature d’Amable Chanot, conseiller général radical qui venait de recevoir le ruban de la Légion d’honneur. Millerand, Viviani, Rouanet, Jourde vinrent soutenir Carnaud qui était alors guesdiste et qui, l’année suivante, devait participer au congrès du POF à Romilly (septembre (1895). Carnaud fut élu au second tour par 6 138 voix (32,9 % des électeurs inscrits) contre 5 745 à Chanot (30,9 %). Il fut réélu au deuxième tour contre Vassal en 1898 par 6 983 (34,5 % contre 33 %), en 1902 par 6 431 (38,6 % contre 34,6 %) et, au 1er tour, en 1906, par 5 904 voix, soit 35,25 % des inscrits contre 28,2 % à Grandval.
La force politique de Carnaud résidait dans son éloquence et dans le soutien des comités socialistes de sa circonscription. Elle était aussi dans le prestige que lui conférait son activité au Palais-Bourbon où, à peine arrivé, il développa une retentissante interpellation contre le cabinet Ch. Dupuy à propos de mesures disciplinaires ayant frappé trois fonctionnaires des Bouches-du-Rhône qui, comme conseillers généraux, avaient voté des motions tenues pour injurieuses à l’égard du gouvernement. Il interpella encore sur la situation faite aux travailleurs atteints par la modification des services maritimes postaux entre la France et l’Algérie (1895), sur la nomination de Paul Doumer au poste de gouverneur général de l’Indochine (1897), sur la mort d’un cavalier du 9e régiment de hussards de Marseille (1897), sur la législation du travail à bord des navires de commerce (1904). Il intervint souvent en faveur des pêcheurs, marins et douaniers, très nombreux dans sa circonscription couvrant le Vieux et le Nouveau Port. Membre de diverses commissions, principalement de la Marine et de l’Enseignement, il fut chargé de nombreux rapports et prit l’initiative de plusieurs propositions de loi. Il demanda d’expérimenter l’impôt sur les revenus (1906), de réserver aux communes une part des bénéfices résultant des plus-values que leurs travaux d’intérêt général confèrent aux terrains et immeubles (1907). Mais la préoccupation essentielle de Carnaud fut la lutte pour l’enseignement laïque et contre l’enseignement confessionnel. Très anticlérical, il donna des conférences dans toute la France pour réaliser l’union des instituteurs laïques. Il fonda, en 1899, le Bulletin des Instituteurs et Institutrices de France. Il constitua le Groupe parlementaire de l’Enseignement et en devint le secrétaire. Il multiplia interventions et propositions en faveur du personnel enseignant. En 1899, il proposa de refuser le droit d’enseigner à toute personne ayant fait vœu de chasteté.
Cette activité n’empêcha pas Carnaud de rencontrer une opposition croissante dirigée contre son évolution politique et contre sa vie privée. Son attitude au moment des grèves de 1901 souleva des protestations. Lors des élections de 1902, les guesdistes lui reprochèrent d’avoir trahi le socialisme révolutionnaire pour le socialisme ministériel, de s’être réconcilié avec Flaissières, lui un ancien membre du Conseil national du POF, de rechercher l’appui des radicaux, d’être soutenu par Le Petit Provençal, d’avoir repoussé à la Chambre la motion Viviani sur les retraites pour faire plaisir à Millerand, et le POF lui opposa Graille qui ne recueillit que 60 voix. À propos de sa vie privée, on reprocha à Carnaud sa tentative de divorce et l’abandon de sa famille. On l’accusait d’avoir succombé aux charmes de la vie parisienne et d’en oublier famille et électeurs. En 1906, son beau-père Scotto se présenta même contre lui, mais n’obtint que 375 voix. Carnaud se rapprocha de la fédération socialiste autonome de Flaissières et d’Antide Boyer. Il finit par lui donner son adhésion sans se retirer de la fédération unifiée dont il fut encore l’élu en 1906. Contraint de choisir, Carnaud se sépara du Parti socialiste SFIO en septembre 1906. Bien qu’il fût devenu codirecteur de La Petite République, il fut battu en 1910 avec 5 818 voix (37,4 % des inscrits) par son adversaire de 1894, Chanot, qui en recueillit 6 298 (40,4 %). Il avait arboré l’étiquette de socialiste indépendant et, au second tour, bénéficié du retrait de deux candidats socialistes SFIO qui avaient obtenu 1 761 et 1 129 voix alors qu’il en recueillait 2 947. En 1912, il échoua dans la 2e circonscription d’Aix qui pourvoyait au remplacement de Camille Pelletan devenu sénateur, devant le radical-socialiste Auguste Girard : il n’obtint que 1 310 voix sur 17 290 inscrits et 12 200 votants.
Carnaud fut alors nommé receveur particulier des finances à Joigny (Yonne) où il exerça du 1er décembre 1912 au 8 novembre 1926. Il fut ensuite receveur-percepteur à Vanves (Seine) jusqu’à sa retraite, 1er janvier 1931. Il se retira alors à Marseille où il mourut à l’âge de soixante-quatorze ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article78620, notice CARNAUD Maximilien, Antoine, Albert par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Justinien Raymond

ŒUVRE : Carnaud collabora à La Petite République. Il écrivit une brochure en 1902 : L’Égalité des enfants devant l’instruction. Elle peut être consultée aux Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 2/III 53 B.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 2 III, 50, 52, 53 B, 53 D, 54. — Arch. Mun. Marseille, fonds Bertas, 20 II n° 291 (une lettre de Carnaud du 27 décembre 1902, adressée à Pierre Bertas, rédacteur à La Journée, évoque les attaques dont il est l’objet dans sa vie privée). — Le Peuple, hebdomadaire socialiste révolutionnaire (n° du 26 avril 1902). — Le Châtiment socialiste (ne parut que deux fois). Il attaque Carnaud le 20 avril 1902. — Encyclopédie des Bouches-du-Rhône, t. XI, biographies, p. 112. — Les Dictionnaires départementaux, Bouches-du-Rhône, Paris, 1902. — G. D’Oussouville, Historique du conseil général des Bouches-du-Rhône, Marseille, 1902, 544 p. (pp. 269-270 et errata p. 543).

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