COMBEMOREL Arthur, Félix, Alexis

Né et mort à Nevers (Nièvre) : 18 janvier 1864-25 mai 1909 ; typographe à Nevers ; militant socialiste et syndicaliste.

Combemorel était petit-fils de sabotier ; son père fut lui aussi sabotier jusqu’à son service militaire ; en 1859, il devint gendarme, à Dornes (Nièvre), puis à Nevers ; il démissionna presque aussitôt pour entrer dans la police municipale à Nevers où il exerça pendant douze ans, jusqu’à sa mort, en 1872 ; Arthur est le seul de ses quatre enfants qui ait survécu. Les années qui suivirent la mort du père furent difficiles pour Arthur Combemorel et, à deux reprises, le mobilier familial fut saisi.
Le jeune homme fit son apprentissage de typographe à Nevers à partir de 1875 ; en 1881, il partit pour Paris où il demeura jusqu’en 1884. Dans la capitale, il découvrit le syndicalisme — il se syndiqua dès 1881 — le socialisme et les hommes qui furent ses modèles : Allemane et Keufer (auxquels il adjoignit par la suite Jaurès), et aussi le théâtre de Molière qui l’enthousiasma.
Il rentra à Nevers en 1884, puis effectua son service militaire à Bourges, devint sous-officier et prépara même l’école des élèves-officiers de Versailles mais il y renonça ; libéré en septembre 1888, il revint à Nevers.
Son militantisme semble avoir été très vite stimulé par les difficultés professionnelles auxquelles il l’exposait : en 1894, alors qu’il travaillait au conservateur Journal de la Nièvre, il se maria civilement, ce qui entraîna son renvoi et quatre mois de chômage ; sa femme, giletière, connut le même sort. À ce moment déjà, il était l’un des principaux militants nivernais du Livre. En 1892 il avait fait adopter la transformation en syndicat de la Société de secours mutuel du Livre et, à plusieurs reprises, il en fut secrétaire ou administrateur.
En 1895, il fut un des fondateurs de la Bourse du Travail de Nevers dont il devint le secrétaire général aux appointements de 10 f par mois ; la même année il était vice-président de la Libre Pensée de Nevers.
En 1897, il compta parmi les organisateurs d’un groupe socialiste à Nevers et d’un groupe d’études sociales en marge de la Bourse qui furent à l’origine de la fédération socialiste de la Nièvre créée cette même année et affiliée au POSR, fédération qui se déclara autonome en 1899 avant de se rallier au PSF en 1901. Combemorel la représenta au congrès de Paris, salle Japy (1899). Au congrès de la salle Wagram (1900), il fut délégué par les groupes socialistes d’Arquian, de Clamecy, Châteauneuf, Fourchambault, Nevers, Plagny, Urzy et Marzy. Il représentait en outre la première circonscription électorale de Clamecy et la première de Nevers dans laquelle il avait rallié 1 757 voix aux élections législatives de 1898. En juillet 1899, il avait été choisi comme secrétaire de rédaction de l’Observateur du Centre devenu, à partir d’avril 1898, organe officiel de la fédération socialiste.
Combemorel voyait, dans les actions politique et syndicale, des composantes de l’action ouvrière moins antagonistes que complémentaires et nécessairement autonomes, leur but étant d’ailleurs identique : le socialisme, c’est-à-dire la socialisation des moyens de production, la conquête des pouvoirs publics par le prolétariat organisé et l’entente internationale des travailleurs.
À Bourges, en septembre 1898, dans une réunion publique qui faisait suite au congrès des fédérations socialistes du Centre, il préconisait comme moyens d’action et d’agitation l’organisation syndicale, coopérative et politique, « toutes marchant parallèlement, mais séparément, surtout en ce qui concerne l’action syndicale » (Observateur du Centre, septembre 1898).
En mars 1901, au congrès de la fédération socialiste de la Nièvre, il n’hésita pas à dire qu’il considérait comme « une nécessité regrettable » la conjonction de l’action politique et de l’action syndicale, mais souligna qu’« on ne peut mieux » ; en fait, les raisons qui le poussèrent, en 1897, à passer à l’action politique par la création d’un groupe socialiste sont, rappelons-le, la reconnaissance des insuffisances de l’action syndicale.
Il est vrai que, dans ces premières années, il semble avoir eu une conception assez limitative des buts et moyens de cette action syndicale. En mai 1896, en qualité de secrétaire de la Bourse de Nevers (qui comprenait alors quelque 900 adhérents contre environ 300 un an plus tôt, à ses débuts), prenant la parole à Fourchambault au cours d’une réunion destinée à aider à l’organisation d’un syndicat dans cette localité, il mettait l’accent plus sur l’aspect immédiatement corporatif que sur l’aspect idéologique du syndicalisme ; il insistait sur les réformes à obtenir par l’entente avec le patronat et soulignait que la Bourse de Nevers se proposait de conduire dans la voie conciliatrice les syndicats dont la seule récompense serait la satisfaction du devoir accompli (Observateur du Centre, 9 juin 1896). En 1898, au congrès régional de Bourges, si, au nom de la fédération socialiste de la Nièvre, il se prononça en faveur de la grève générale, c’est « tout en ne considérant pas cette question comme principe fondamental du socialisme, ce qui, d’après lui, pourrait nuire à l’entente concertée en vue de l’unité socialiste ».
Ce problème des rapports entre action syndicale et action politique fut difficilement résolu par les syndicalistes nivernais puisqu’il aboutit, entre 1900 et 1905, à une scission de la Bourse de Nevers au profit d’ailleurs des militants socialisants.
Quant à l’action politique au sein des partis socialistes, Combemorel parut se limiter à quelques vues très nettes : — nécessité de porter l’attention sur les milieux ruraux (les socialistes ne sont-ils pas « les soutiens naturels et logiques de la petite propriété » ? cf. Observateur du Centre, 13 février 1906. — hostilité aux oppositions doctrinales qui divisent le monde socialiste : « En province, principalement, nous ne voulons plus être tenus en tutelle par certaines personnalités qui s’imposent comme chefs. Nous ne comprenons pas les distinctions subtiles de chapelle qui font que les uns s’intitulent blanquistes, d’autres guesdistes ou broussistes ou allemanistes. Assez de toutes ces écoles, nous en sommes las ».
Combemorel assista en septembre 1904 à Bourges au XIVe congrès national corporatif — 8e de la CGT ; il renonça à ses responsabilités syndicales dans le second semestre de 1905, lorsque, en août, il fut nommé « délégué du Travail près de la préfecture de la Nièvre », poste créé pour lui par le préfet. L’exercice de cette fonction semblait répondre à certaines de ses vues sur l’action syndicale et à la confiance qu’il avait parfois manifestée dans les possibilités de l’arbitrage dans les conflits du travail ; en tout cas, cette initiative ne semble pas avoir été admise sans réticence par tous les militants ouvriers : un article paru dans le n° de juillet 1905 du Prolétaire de la Nièvre sous le titre « Le Droit des travailleurs » et dans lequel il justifie le droit à l’accès aux emplois publics, laisse supposer que sa position se heurtait à certaines oppositions. Il n’occupa d’ailleurs cette fonction de délégué que peu de temps : en février 1906, il se faisait mettre en disponibilité pour participer à la campagne législative dans l’arr. de Château-Chinon où il était candidat ; cette mise en congé signifia d’ailleurs la fin d’une expérience sans doute décevante pour l’intéressé : l’emploi fut supprimé.
Secrétaire de la fédération socialiste de la Nièvre depuis sa fondation en 1897, il le resta jusqu’au début de 1902 ; il fut alors remplacé, sur sa demande, par J.-B. Dariaux ; jusqu’à cette date, la seule interruption dans ses fonctions avait eu lieu en 1898 : pendant quelques mois, il n’avait été que secrétaire adjoint cependant que le chapelier Danjean le remplaçait au secrétariat ; dès juillet 1901, il avait renoncé au secrétariat de rédaction de l’Observateur du Centre, invoquant l’excès de travail ; il continua cependant à collaborer au journal.
Au cours de ces années, il représenta fréquemment les socialistes nivernais à des congrès (congrès du Centre à Bourges en 1898, à Paris en 1899...) mais surtout, il fut l’homme de la propagande socialiste dans l’arr. de Nevers entre 1900 et 1902.
Ce rôle de pionnier et la rigueur de son militantisme lui valaient de nombreuses hostilités ; lors des élections municipales de 1900 il fut la véritable bête noire de tous les adversaires de la liste de concentration républicaine sur laquelle il figurait ; il obtint d’ailleurs moins de voix que les autres socialistes présents sur la liste. En 1904, toujours à l’occasion des élections municipales de Nevers, il fut de nouveau la principale cible des radicaux et conservateurs et, la nuit suivant le scrutin, il fut rossé dans la rue par un employé d’octroi en faveur duquel il vint d’ailleurs réclamer l’indulgence du tribunal correctionnel.
Déjà, en 1900, une période militaire accomplie à Bourges en qualité de sous-officier de réserve lui avait valu de sérieux démêlés, d’un autre ordre cette fois, avec l’autorité. Il n’hésita pas à assister en uniforme à un meeting de protestation contre un jugement du tribunal militaire de Bourges, et une perquisition dans ses affaires personnelles entraîna la découverte de brochures socialistes ; l’exécution de quelques chants socialistes dans sa chambrée, avec participation d’autres militants originaires du Creusot, de Vierzon et de Fourchambault, n’arrangea pas son cas et il fut condamné à neuf jours de prison (Observateur du Centre, 6 novembre 1900).
Il était alors, sur le plan régional, l’une des figures les plus marquantes. Lorsqu’en février 1905 fut créée à Nevers une délégation permanente du Bloc républicain de la Nièvre « pour lutter victorieusement contre la coalition réactionnaire de la Nièvre », il en fut élu secrétaire.
En 1906 il renouvela le même effort de pionnier, cette fois dans la circonscription de Château-Chinon jamais touchée par la propagande socialiste. Cette fois encore, il se heurta (outre au radical sortant et à un nationaliste) à un autre candidat « ouvrier » et « socialiste », mais adversaire déclaré du Parti socialiste unifié, le menuisier syndicaliste Louis Legros qui chercha lui aussi à s’appuyer sur les bûcherons. Cette première prospection du Morvan, à partir d’Arleuf où il s’établit dès la fin de mars, se traduisit pour Combemorel par quelque 230 réunions dont le but dépassa en fait celui d’une simple campagne électorale ; ses articles dans l’Observateur du Centre sont significatifs de l’esprit qui l’animait. « Nous estimons que cette période doit être employée à essayer de faire l’éducation des travailleurs (...) S’attacher à faire des socialistes et non des électeurs, telle doit être notre intention ».
Les résultats furent extrêmement médiocres : sur 16 370 votants (20 503 inscrits), il n’obtint que 243 suffrages ; il est vrai que, contrairement aux prévisions des autorités, le syndicaliste Legros faisait piètre figure et devait se contenter de 17 voix.
Mais il semble bien que les difficultés auxquelles se heurtait Combemorel ne venaient pas seulement de ses adversaires politiques. La campagne électorale de 1906 fut sa dernière grande activité militante. Il se borna ensuite à l’action écrite dans la presse socialiste mais surtout dans la presse syndicale. En fait, sa dernière grande collaboration à l’Observateur est même contemporaine de ces élections ; il y publia, en février, une série d’articles consacrés au socialisme et à la propriété dans lesquels il développa les thèmes déjà évoqués qui furent ceux de ses réunions électorales (voir en particulier le n° du 13 février où il dénonce le mythe de la vente des biens nationaux au prétendu profit des paysans) et dont il fournit les sources : les travaux de ses « amis » Compère-Morel et Benoît Malon.
Dans les mois suivants, il donna encore quelques articles au Prolétaire de la Nièvre ; il s’agit surtout d’écrits à caractère théorique. Il ne semble plus participer aussi activement au militantisme quotidien bien qu’en février 1907 il intervienne encore dans une réunion pour réclamer une aide financière en faveur des grévistes de Fougères.
Faut-il voir dans son militantisme toujours ralenti depuis 1906 le seul effet de son affaiblissement physique ? Il était tuberculeux et mourut le 25 mai 1909. N’y a-t-il pas quelque chose de plus sérieux ? Un désaccord avec ses camarades de parti, désaccord qui serait peut-être en rapport avec son orientation dernière, plus syndicale que socialiste ? Les réactions qui accompagnèrent sa mort semblent le prouver.
Si le Prolétaire de la Nièvre lui consacra un article nécrologique dans son n° 51 (juillet 1909), l’Observateur du Centre ne fit pas même mention de son décès ; Saint-Éloy, qui présidait alors aux destinées de la section locale du syndicat du Livre, prit la parole à ses obsèques, mais aucun socialiste ne se manifesta.
Il est donc sûr que, dans les dernières années de sa vie, non seulement ce pionnier du socialisme nivernais cessa d’être véritablement l’homme de la fédération nivernaise, mais encore que la rupture était consommée ; Combemorel s’était replié sur le syndicalisme.
La coupure se fit rapidement puisqu’en 1906 encore il était candidat officiel du Parti. Il est certain que ce militant à la riche personnalité fut véritablement à l’origine de l’organisation du syndicalisme et du socialisme dans la région de Nevers et chercha l’équilibre et la liaison entre les deux formes d’action. Il fut l’un des rares militants nivernais à s’en préoccuper, mais risqua souvent, de ce fait, de heurter certains de ses camarades d’action.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article79269, notice COMBEMOREL Arthur, Félix, Alexis , version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

SOURCES : Arch. Dép. Nièvre, série M. — Comptes rendus des congrès socialistes et syndicalistes nationaux. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., pp. 411-412. — L’Observateur du Centre et notamment le n° du 8 janvier 1898, « Ma vie et celle de mon père » par A.C. — Le Prolétaire de la Nièvre, journal de la Bourse à partir de 1905. — Le Progrès social du Centre (SFIO), 1948.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, op. cit., p. 412.

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