COURIAU Emma

Par Madeleine Guilbert

Compositrice typographe ; protagoniste de « l’affaire Couriau ».

Emma Couriau, épouse de Louis Couriau, typographe, nouvellement arrivée à Lyon en 1912, était elle-même « typote » depuis dix-sept ans. Elle avait travaillé auparavant à Chalon-sur-Loire, jusqu’à son mariage. En arrivant à Lyon, elle avait décidé de reprendre son activité professionnelle.
Payée au tarif syndical, elle travaillait dans une imprimerie syndiquée. En application de la décision du congrès de Bordeaux, 1910, elle demanda son admission à la section lyonnaise du Livre (la fédération du Livre qui avait jusque-là refusé l’admission des femmes compositeurs avait voté, en 1910, au congrès de Bordeaux, par 74 voix contre 62, leur entrée dans les syndicats, quel que fût leur salaire pendant une période de deux ans, puis, au-delà de cette période, à condition qu’elles soient payées au tarif syndical). L’adhésion d’Emma Couriau fut cependant refusée et son mari radié du syndicat en vertu d’une décision d’assemblée générale du syndicat lyonnais qui interdit « à tout syndiqué uni à une « typote » de laisser exercer à cette dernière la typographie sous peine de radiation ». Portée devant l’Assemblée générale de la section lyonnaise, le 27 juillet 1913, la décision fut entérinée par 300 voix contre 26 et 11 abstentions. La demande de Louis Couriau, radié du syndicat lyonnais, à être admis isolément à la fédération du Livre fut rejetée par le Comité central dans sa séance du 3 août.

En fait, la direction de la fédération du Livre (Keufer en était le secrétaire) voulait éviter d’entrer en conflit avec la puissante section lyonnaise, l’une de celles sur lesquelles s’appuyait la majorité réformiste (voir à ce sujet la série d’articles de A. Rosmer dans La Bataille syndicaliste d’août et septembre 1913).

L’affaire fut d’abord prise en main par le mouvement féministe. En octobre 1913, le Groupe des femmes socialistes blâma « l’acte inouï » du comité lyonnais. Le 15 décembre 1913, un meeting féministe à Paris prit la défense d’Emma Couriau, notamment par la voix des féministes socialistes Élisabeth Renaud et Maria Vérone.
L’« affaire Couriau » devait provoquer par la suite des remous importants dans le mouvement syndical et provoquer un courant de réflexion. Un article de Louis Couriau, publié par Le Réveil typographique de juin 1913, fut reproduit par Monatte dans La Vie ouvrière du 5 juillet 1913. Il fut suivi d’une lettre signée d’Emma Couriau dans La Bataille syndicaliste du 21 août 1913.
La discussion ne fut toutefois vraiment engagée que par un article de Marie Guillot dans La Voix du Peuple du 4 janvier 1914. Celle-ci s’étonnait que la CGT n’eût pas pris elle-même parti dans cette affaire. Les polémiques se succédèrent alors dans La Voix du Peuple (11 janvier, 18 janvier, 9 février, 16 février, 30 mars, 6 avril, 13 avril, 27 avril, 11 mai, 8 juin 1914) et dans La Vie ouvrière (20 janvier, 5 février, 5 mars, 20 mars 1914). Le 11 mai 1914, Dumoulin annonça, dans La Voix du Peuple, que la question de l’organisation des femmes serait mise à l’ordre du jour au prochain congrès de la CGT. Dans le même temps on apprit que le Comité confédéral de la CGT avait adressé aux fédérations un questionnaire concernant l’organisation syndicale des femmes, et des Ligues féminines d’action syndicale furent créées dans plusieurs départements (La Voix du Peuple, 18 mai, 24 mai, 8 juin, 15 juin 1914).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article79424, notice COURIAU Emma par Madeleine Guilbert, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 24 novembre 2020.

Par Madeleine Guilbert

SOURCES : Presse syndicale. — Communiqué de la Fédération féministe du Sud-Est (fondée par Marie Guillot) soutenant Emma Couriau publié dans L’Humanité, 18 juillet 1913, p. 6. — L’Humanité, 28 octobre et 16 décembre 1913. — L’Action féministe n° 29, janvier 1914. — Notes de Julien Chuzeville.

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