DARANCY Pierre

Par Yves Lequin, Justinien Raymond

Né à Saint-Étienne (Loire), le 3 décembre 1848 ; ouvrier tourneur sur cuivre ; militant socialiste et syndicaliste de la Loire.

Darancy avait d’abord travaillé à la fonderie Seguin, à Mâcon (Saône-et-Loire) ; mais il en avait été exclu pour y avoir dirigé une grève, et était venu s’installer à Roanne (Loire), en 1894, comme tourneur en bronze. Aussitôt, il devint l’un des militants les plus actifs du POF local, au sein de son organisme dirigeant dit « commission des douze » (1895-1896). Excellent ouvrier, intelligent, dévoué, il fut choisi en 1896 à l’unanimité pour représenter l’agglomération au congrès du POF à Lille ; en même temps, il fut élu conseiller municipal et devint premier adjoint au maire socialiste Augé ; pendant plusieurs années, il seconda celui-ci dans la direction du POF roannais, contribua à l’élimination de Mayeux, dont certaines pratiques financières désinvoltes révoltaient son honnêteté profonde. Il représenta à nouveau les guesdistes roannais au congrès du POF d’Épernay (1899), d’Ivry (1900) et aux congrès généraux de Paris, salle Japy (1899) et salle Wagram. Sur place, il assurait, mieux qu’Augé, la liaison avec la classe ouvrière et ses organisations professionnelles ; en novembre 1899, il présida, en présence de Besset et de Thozet, de Lyon, le meeting de création de la fédération des syndicats ouvriers de Roanne. Son action s’étendait d’ailleurs au cadre départemental : à la fin de 1898, il avait été membre de la commission de réorganisation de l’éphémère fédération socialiste de la Loire, avant d’entrer à sa commission exécutive.
La participation de Millerand à un ministère bourgeois mit fin à la collaboration entre Augé et Darancy ; le groupe roannais, en effet, sous l’impulsion de Burnichon et du maire, après beaucoup d’hésitations, se révéla ministérialiste ; Darancy, « révolutionnaire de tempérament », qui sous ses apparences modérées avait des convictions profondes, créa, avec Michel, un groupe des « Coopérateurs socialistes » fidèles à Guesde ; aussi Augé lui retira-t-il, en août 1902, sa délégation de premier adjoint — l’un et l’autre avaient été réélus en 1900 — et le fit exclure du POF ; Darancy avait représenté l’agglomération roannaise en 1901-1902 au Conseil national du POF ; le congrès d’Issoudun ayant dissous les deux groupes, Augé et l’agglomération roannaise ayant quitté l’organisation marxiste, Darancy entreprit, à partir de novembre, la reconstitution d’une organisation socialiste révolutionnaire éliminée à Roanne par les querelles de tendances et la scission. Au début de 1903, toujours avec Michel, il avait réussi dans son entreprise, et commença aussitôt une violente campagne contre un Augé de plus en plus modéré ; mais la nouvelle formation devait rester minoritaire, et la séparation de 1902 avait définitivement fait perdre au guesdisme une ville qui pendant vingt ans avait été l’un de ses bastions.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article79609, notice DARANCY Pierre par Yves Lequin, Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 18 septembre 2022.

Par Yves Lequin, Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Nat. F7/12885. — Arch. Dép. Loire, 10 M 112 et 113, 10 M 118 et 119, 10 M 122 et 10 M 131. — Comptes rendus des congrès socialistes. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., pp. 311 et 319. — Cl. Willard, Les Guesdistes, op. cit., p. 615.

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