DELHOMME Émile

Par Jean Maitron, compléments de Patrice Delhomme

Né le 2 septembre 1851 à Nevers (Nièvre), mort vers 1944 ; ouvrier mécanicien ; communard ; blanquiste ; syndicaliste ; coopérateur.

En octobre 1863, son père, Jérôme Delhomme (1807-1865), qui était mécanicien, aux usines métallurgiques Boigues-Rambourg de Fourchambault, venant d’être embauché aux Forges Coutant frères, à Ivry, accompagné par sa mère, Marie née Bourillion, il viendra s’installer dans cette ville. En 1865, son père mourra à Ivry, frappé par la terrible épidémie de choléra qui ravagera cette année-là la population parisienne et suburbaine.

Émile Delhomme fut alors engagé comme apprenti tourneur par la Maison Coutant, celle-là même, où travaillait son père. Pendant les cinq années suivantes, il ne songea qu’à progresser dans son métier, avant d’être aspiré par les événements parisiens. Il se maria le 5 mars 1870 à Paris (XIIe arr.) avec Marie Collaine. Le couple eut onze enfants.
Le 4 septembre 1870, mêlé à la foule parisienne, il assista à la fin de l’Empire. Dans Paris assiégé, Émile Delhomme, en liaison avec le 75e de ligne, participa, dans le Génie auxiliaire, aux travaux de la Défense.
Le 31 octobre 1870, lorsque les membres de la Garde Nationale envahirent l’Hôtel de Ville, pour faire prisonnier le Gouvernement et proclamer une première fois la Commune, il fit partie de ceux qui parvinrent à s’engouffrer à leur suite dans le bâtiment. Vers les six heures du soir, en empruntant le souterrain secret qui reliait la caserne Lobau à l’Hôtel de Ville, des troupes de l’armée régulière libérèrent les membres du gouvernement.

En avril 1871, Émile Delhomme, rejoignit la Commune en s’enrôlant dans les rangs de la 6e Compagnie de marche du 76e Bataillon de la Garde Nationale, commandé par le colonel Lisbonne. Sous les ordres de ce dernier, il combattit le 21 mai à la Porte de Versailles. Avec l’avancée des troupes régulières à l’intérieur de Paris, les Fédérés reçurent pour consigne de rejoindre leurs quartiers respectifs pour en assurer la défense. Il rejoignit alors la barricade construite sur le Cours de Vincennes à l’entrée de la rue de Puebla (de nos jours rue des Pyrénées). C’est au soir de ce même jeudi 26 mai, alors que sa barricade venait de tomber, qu’il parvint à s’échapper. Trois jours plus tôt, prévoyant la fin imminente de la Commune, son épouse, l’avait convaincu de déménager de son ancien domicile pour se mettre à l’abri du voisinage et de ses inévitables dénonciations à venir. Il pourra ainsi échapper à la répression et reprendre son métier d’ouvrier mécanicien.

En 1873, Émile Delhomme, apprit par voie d’affiche la tenue d’une réunion qui avait le projet de réorganiser l’ancienne Chambre Syndicale des Mécaniciens Parisiens, organisme fondé en 1867. Après la chute de la Commune, la forte participation des ouvriers mécaniciens aux événements avait entrainé la saisie des livres et des archives de leur Chambre Syndicale, tandis que le trésorier en avait profité pour partir avec la caisse.

Delhomme fut un des fondateurs, le 20 août 1876, de la coopérative de consommation « L’Économie sociale » de Charonne. Dès le début, il en fut administrateur et secrétaire du conseil d’administration. Avec une demi-douzaine de camarades du quartier de Charonne, après avoir délibéré sur les principes et avoir établi les statuts de la société, « L’Économie Sociale » ouvrit ses portes dans une petite boutique de la rue des Haies, où le conseil et le contrôle répartissait le vin et les marchandises aux adhérents sociétaires. En 1878, L’Économie Sociale changea de local en allant louer une boutique, plus spacieuse, rue de la Réunion. À son apogée la coopérative compta jusqu’à sept boutiques dans le quartier. Après quelques années, L’Économie Sociale fonctionnant régulièrement, son créateur abandonna ses fonctions d’administrateur et secrétaire du conseil d’administration, pour pouvoir mieux se consacrer à ses activités politiques et syndicales.

Il assista comme délégué aux séances du congrès ouvrier de France qui se tint à Paris du 2 au 10 octobre 1876. Il représentait la chambre syndicale parisienne des mécaniciens. Delhomme intervint le 6 octobre sur « apprentissage et enseignement professionnel » et déclara que l’enseignement gratuit, obligatoire et laïque était la condition du maintien de l’industrie française à un niveau concurrentiel et qu’il était, de plus, nécessaire à la démocratie et à l’affranchissement du peuple. Il souhaitait l’ouverture de l’enseignement secondaire aux fils d’ouvriers par une attribution plus large des bourses. Il demandait enfin, pour les enseignements primaire et secondaire, gratuité, obligation et laïcité et le développement de l’enseignement pour adultes. Émile Delhomme était ouvrier mécanicien. Il fut candidat du POSR à Belleville (Paris, XXe arr.) où il obtint 20,45 puis 24,01 % des voix. En 1896 il fut candidat de l’Union des travailleurs socialistes toujours à Belleville où il obtint 12,49 % des voix.

À l’occasion des nouvelles élections de l’été 1877, Émile Delhomme fut invité à déjeuner par Adolphe Braleret pour rencontrer Léon Gambetta. Gambetta était le député de Belleville, quartier qu’il considérait comme son véritable fief. Braleret, lui, en était le conseiller municipal, mais aussi le plus actif agent électoral de Gambetta dans la circonscription. Braleret et Gambetta déjeunaient d’ailleurs ensemble à Belleville plusieurs fois par semaine. Delhomme, profita de ce déjeuner pour sommer le leader Républicain de s’engager immédiatement en faveur d’une amnistie plénière des anciens Communards. Gambetta, lors d’une réunion publique le 27 octobre 1876 avait non seulement condamné la Commune, mais s’était aussi déclaré totalement hostile à l’amnistie, ne voulant envisager que des mesures de grâces, exceptionnelles, prononcées par le Président de la République.

Aux élections municipales de 1881, Émile Delhomme, fut le candidat "Socialiste Blanquiste" dans le quartier de Charonne, face au Républicain modéré Léon Sick, qui sera finalement élu.
En octobre 1889, alors qu’il était le secrétaire d’Édouard Vaillant, Émile Delhomme, rompit avec ce dernier à l’occasion du second tour de l’élection législative dans la 2e circonscription de Paris (Charonne-Père Lachaise). Arrivé troisième, au premier tour de septembre, le 6 octobre 1889, Édouard Vaillant, au mépris de ses promesses publiquement contractées, s’était rallié pour le second tour à la candidature officielle de Tony Révillon, assurant ainsi la défaite du candidat boulangiste, Maurice Vergoin, arrivé largement en tête fin septembre. Des Blanquistes s’étaient particulièrement impliqués dans l’encadrement de ‘La Boulange’, espérant d’en prendre finalement un contrôle total. Cette implication permit, lors de cette élection législative de 1889, à de vieux compagnons de Blanqui comme Ernest Granger, Antoine Jourde et Ernest Roche d’entrer enfin à la Chambre des députés. Ernest Granger, Gaston Da Costa, Oscar Archain, Clovis Hugues, Eugène Protot, Émile Rouillon et Antoine Jourdes, laissèrent le CRC aux mains d’Edouard Vaillant pour fonder de leur côté le Comité Central Socialiste Révolutionnaire. (CCSR).

Lorsqu’Émile Delhomme fut candidat aux élections municipales des 27 avril et 4 mai 1890 dans la circonscription de Belleville, il se présenta sous l’étiquette du Comité Central Socialiste Révolutionnaire. Tandis qu’à Charonne, un comité électoral de 150 membres s’était constitué pour soutenir sa candidature, sur instructions du CCSR (Comité Central Socialiste Révolutionnaire) Delhomme dut se présenter à Belleville, pour laisser le champ libre à Emile Rouillon. Ce dernier, chef habituel du service d’ordre blanquiste était l’un des dirigeants du CCSR, mais pratiquement inconnu à Charonne À Belleville, Delhomme, fut battu au deuxième tour, par Constant Berthaut, de la Fédération des Travailleurs Socialiste, par 5 730 voix contre 1 362. À Charonne, Émile Rouillon, fut battu par le radical socialiste Alexandre Patenne.
Trois semaines plus tard, le 24 mai 1890, au Père-Lachaise, à l’occasion de la traditionnelle "Montée au Mur", qui commémore chaque année la ‘Semaine Sanglante’, une bagarre féroce opposa les militants du CRC à ceux du CCSR. Émile Rouillon, frappé à la tête d’un coup de canne plombé, mourut des suites de cette attaque.
Émile Delhomme, pendant cette période, rédigea des articles pour la presse du Comité Central Socialiste Révolutionnaire. Il collabora au Journal du Peuple et écrira dans Le Blanquiste.

En 1891, jugeant la Chambre syndicale des mécaniciens parisiens apathique, il proposa la création du Cercle corporatif des ouvriers mécaniciens parisiens et fut rédacteur en chef de son mensuel Le Réveil de la Mécanique. Il représenta ce Cercle au IIIe congrès national corporatif - 2e de la CGT - tenu à Tours (Indre-et-Loire). Conformément à une certaine l’orthodoxie blanquiste (à la différence des laillantistes), qui ne voulait pas séparer l’agitation politique du combat syndical, lors du vote de la motion finale, il sera le seul à tenir cette position en votant contre la motion qui appelait à ne pas adhérer au prochain Congrès international, socialiste et politique de 1900.
La fuite du général Boulanger en 1889, son suicide à Bruxelles en 1891, puis la conclusion de l’affaire Dreyfus, portèrent des coups définitifs à l’influence du Comité Central Socialiste Révolutionnaire. Vers cette époque, Émile Delhomme s’éloigna de l’action politique.

En faisant appel aux adhérents du Cercle Corporatif des Mécaniciens, Émile Delhomme, mit sur pied "Cercle et Progrès", une société de production industrielle par actions. Un local de 157 mètres carrés fut loué au 35, rue de Bagnolet, dans la Villa Ribérolle, et équipé, au fur et à mesure du développement graduel de l’affaire, d’un outillage extrêmement moderne. L’affaire reçut des subventions du ministère de l’Industrie et exposa même ses productions lors de l’Exposition Universelle de 1900.
Parmi ses onze enfants, Émile et Henriette moururent à l’âge de cinq ans, Marcel à 25 ans en août 1914 dans les rangs du 72e régiment d’infanterie ; les autres Albert, Honorine, Louis, Marie, Émile (2), Jules, Pauline et Hélène, par leur mariage ou par leur travail, accéderont tous à d’excellentes situations.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article79845, notice DELHOMME Émile par Jean Maitron, compléments de Patrice Delhomme, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 11 septembre 2021.

Par Jean Maitron, compléments de Patrice Delhomme

OEUVRE : Récit Vécu, mémoires d’Emile Delhomme, parues dans le Bulletin de la Société Nivernaise des Lettres, Sciences et Arts, n°58 de 2008, pages 47 à 109).

SOURCES : Comptes rendus de congrès. — Congrès Ouvrier de France, session de 1876, Librairie Sandoz et Fischbacher, Paris 1876, p. 205 à 209. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris, 1881-1900. Des communards aux conseillers municipaux, thèse de doctorat d’État en science politique, Paris 1, 1979. — La Coutume Ouvrière, Maxime Leroy, Ed. Giard et Brière, Paris, 1913). — La Revanche du XXe, avril 1890. — Le Réveil des Mécaniciens, numéro de juin 1898. — Journal des Débats Politiques et Littéraires, 10 avril 1893. — État civil.

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