RENARD Paul [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Syndicaliste des chemins de fer, révoqué, réintégré aux Chemins de fer de l’État en Algérie, candidat aux élections législatives à Alger en 1912 au titre de la Fédération SFIO.

L’itinéraire de Paul Renard n’est pas facile à suivre entre les différentes sources de police, et les listes nominatives retenues dans l’Encyclopédie socialiste. Une thèse de droit soutenue à Paris le classait dans le syndicalisme réformiste (au sein de la CGT). C’est en France, cheminot, peut-être chef de gare, à la Compagnie de l’Ouest que Paul Renard aurait été révoqué avant 1905. Peut-être venait-il d’Algérie car il semble avoir eu des liens avec la Bourse du travail d’Alger, ce qui n’est pas forcément probant car la pratique était celle de la représentation par des délégués aux congrès.

En 1905, il fut pris en charge par le Syndicat national des chemins de fer ; c’est à Paris en 1911 que l’interrogea l’auteur de la thèse de droit, Carcanagues, qui en faisait un représentant de « la tendance réformiste », pour dire partisan de l’action parlementaire pour obtenir des réformes ; la grève générale, point de partage de l’époque, n’étant envisageable que quand tous les autres moyens ont été épuisés. Paul Renard se prononçait pour l’arbitrage obligatoire et il faisait confiance au Conseil supérieur du travail, une des premières institutions de l’État social. Il ne fallait certes pas toucher au droit de grève, mais l’action politique n’était pas l’affaire des syndicats, surtout pas l’action antimilitariste ; il se disait opposé à la création d’un parti travailliste, c’est-à-dire lié aux syndicats. À partir de 1909, Paul Renard collabora à l’Action ouvrière, organe du Comité d’union syndicaliste.

En 1911 vraisemblablement, il entra aux Chemins de fer de l’État en Algérie, qui n’était encore qu’un modeste réseau car la plupart des lignes appartenaient à des compagnies privées. « Réintégré » est donc une formule impropre même si on peut penser à un soutien administratif. De chef de gare, il devint inspecteur des chemins de fer. On sait que la SFIO faisait semblant de bien distinguer l’action politique qu’elle conduisait, de l’action syndicale. Actions menées en parallèles cependant puisque fort classiquement, Paul Renard fut candidat socialiste aux élections législatives de janvier 1912 à Alger. Il obtint 2500 voix face à son adversaire plus à droite élu par un peu plus de 8000 voix. ; seuls les hommes pleinement citoyens français avaient le droit de vote ; pas « les indigènes », sujets français. Paul Renard étaient alors tenu pour un membre important de la Fédération SFIO du moins dans son organisation à Alger en 1912, car elle ne rassemblait pas encore l’ensemble des groupes socialistes. Le paradoxe fut que la Fédération trouva son assise par le syndicalisme des chemins de fer qu’animait alors Maxime Guillon*, un socialiste de l’intérieur algérien.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article7996, notice RENARD Paul [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 7 janvier 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : Arch. Nat., France, Paris, F7 13 661. - Arch. Préfecture de police de Paris, Ba 1413, note de police du 10 août 1907. - Carcanagues, Sur le mouvement syndicaliste réformiste. Thèse de droit, Paris, 1912. - Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, in Encyclopédie socialiste, Paris, 1913. -Notice par Élie Fruit dans Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, op.cit., t.15.

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