DESMERGÈS Philippe [DESMERGÈS Louis, dit Philippe]

Par Justinien Raymond

Né le 28 mars 1837 à Arquian (Nièvre), mort le 20 janvier 1911 à Nevers (Nièvre) ; tisserand ; militant républicain et socialiste.

Lorsque le mouvement socialiste apparut dans la Nièvre, il reprit le flambeau d’une longue et profonde tradition démocratique dans le département qui fut la terre natale de Saint-Just et de Chaumette, le champ d’action de l’écrivain populaire et pamphlétaire Claude Tillier, du républicain et socialiste Ferdinand Gambon, de Pierre Malardier et de Félix Pyat, élus de 1848 et de 1849. La résistance au coup d’État du 2 décembre 1851 y fut particulièrement vive et entraîna déportations et exécutions. À défaut de masses ouvrières urbaines absentes par suite de l’indigence industrielle locale, les bûcherons du Morvan et les ouvriers de Neuvy-sur-Loire, en Puisaye, firent connaître au département de la Nièvre des mouvements prolétariens.
C’est donc à l’étincelle démocratique que s’alluma le socialisme nivernais et, souvent, les mêmes hommes passèrent d’un combat à l’autre. Tel fut le cas de Philippe Desmergès qui, toute sa vie, comme l’avait fait son père, exerça le métier d’ouvrier tisserand à Arquian, son bourg natal qu’il ne quitta qu’un mois avant sa mort pour venir s’éteindre chez son gendre, J.-B. Dariaux, alors secrétaire de la fédération socialiste de la Nièvre. Homme au cœur généreux, ami et disciple de Gambon, Desmergès était un socialiste de l’école de 1848, aux tendances humanitaires, sans rigueur doctrinale et même sans programme clairement défini. Mais il adhéra à la fédération socialiste de la Nièvre dès sa constitution en 1897.
Sous l’Empire, Desmergès avait lutté pour la République. En 1867, il fit circuler à Arquian une pétition contre la réorganisation du service militaire. En 1868-1869, il fut membre du comité électoral radical de Saint-Amand. Lors de la déclaration de la guerre de 1870, il proclama la République dans sa commune et, avec quelques complices, dut vivre caché pendant plusieurs semaines pour échapper au procureur impérial. Soutien de la République hésitante des débuts, il alla au socialisme, avec Gambon quand elle fut consolidée. Député sortant en 1885, Gambon se sépara des radicaux qui refusaient de figurer sur une liste de candidats aux côtés de l’ouvrier Desmergès dont il exigeait la présence et prit la tête d’une liste de cinq candidats socialistes. Desmergès obtint 2 879 voix, devancé par Gambon (5 570), F. Pyat (3 208), devant E. Protot, ancien ministre de la Justice de la Commune (2 850) et Georges Tillier, fils de l’écrivain (2 805). En 1887, Desmergès échoua à une élection pour le conseil général dans le canton de Cosne. Dans la circonscription du seul arr. de Cosne, en 1893, après une active campagne électorale pour les élections législatives, Desmergès recueillit 2 954 voix. En 1897, Desmergès adhéra à la fédération socialiste de la Nièvre en cours de formation. Cette fédération appartint au PO-SR, devint autonome en 1900, puis fit partie, l’année suivante, du Parti Socialiste Français. Pour les élections législatives de 1898, la fédération concentra son effort sur la 1re circonscription de Nevers. Néanmoins, sans aucune propagande de sa part, Desmergès vit 410 électeurs de l’arr. de Cosne se prononcer sur son nom pour le socialisme. Est-ce lui ou son fils qui, au premier congrès général socialiste de la salle Japy (décembre 1899), représenta le groupe parisien des originaires de la Nièvre ? En 1901, le groupe socialiste d’Arquian comptait une soixantaine de membres.
Porte-drapeau de l’époque héroïque, Desmergès resta jusqu’à sa fin un militant et, pendant plus de vingt ans, fut conseiller municipal de sa commune natale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article80032, notice DESMERGÈS Philippe [DESMERGÈS Louis, dit Philippe] par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 2 mai 2020.

Par Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Dép. Nièvre, série M (en particulier : Police générale. Troubles. Grèves). — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., pp. 408 à 420. — L.-H. Roblin, « Louis dit Philippe Desmargès » in l’Humanité, 26 janvier 1911. — L’Observateur du Centre (organe socialiste régional). — Massé « Les partis politiques dans la Nièvre de 1871 à 1906 », in Cahiers du Nivernais et du Centre, Nevers, 1910.

ICONOGRAPHIE : Photographie in Les Fédérations socialistes II, op. cit., p. 409.

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