REYSSIER Jean, Paul

Par Didier Bigorgne

Né le 31 janvier 1922 à Châlons-sur-Marne (Marne), mort le 14 octobre 2003 à Châlons-en-Champagne (Marne) ; cheminot, employé de bureau ; résistant ;syndicaliste CGT, militant et élu communiste de la Marne ;maire de Châlons-en-Champagne (1977-1995), conseiller général (1964-1994) et député (1986-1988).

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

Fils d’un cheminot d’origine lyonnaise et d’une mère savoyarde sans profession, Jean Reyssier effectua une bonne scolarité à l’école Fernand Buisson de Châlons-sur-Marne. Au début de l’année 1937, il entra comme élève-bureau à la Compagnie des chemins de fer de l’Est. Il adhéra aussi aux Jeunesses socialistes.

En juin 1940, Jean Reyssier vécut l’exode dans le département de la Loire. Il revint vite à Châlons-sur-Marne où il reprit son travail à la SNCF. Il participa à son premier acte de résistance contre l’occupant allemand en refusant, avec les cheminots châlonnais, d’obéir à l’ordre de réquisition le jour du 4 juillet 1940. Pendant l’Occupation, Jean Reyssier poursuivit son activité professionnelle au service de l’Entretien. Il s’engagea alors dans la Résistance : transport de tracts vers Paris, ravitaillement d’aviateurs anglais cachés dans la région. En contact avec un groupe de résistants du Vouzinois en 1942, il se porta volontaire pour partir en Angleterre sous l’identité de Jean Delgée. Le démantèlement du groupe et l’arrestation de ses membres annula son départ.

Jean Reyssier adhéra à la CGT et au Parti communiste en 1944. Le 20 juillet 1946, à Châlons-sur-Marne, il épousa Madeleine Large, institutrice, qui lui donna deux enfants (un garçon né en 1949 et une fille née en 1951).

Jean Reyssier accéda rapidement à des responsabilités syndicales. Il fut élu membre du comité mixte et délégué du personnel en 1948. Il devint aussi membre de la direction du syndicat des cheminots CGT de Châlons-sur-Marne.

L’engagement politique de Jean Reyssier fut plus déterminant. Il devint un dirigeant important du Parti communiste de la Marne dans le temps. Le 11 décembre 1949, Jean Reyssier fut élu membre du secrétariat fédéral. Secrétaire à l’organisation à partir du 17 juin 1962, il occupa cette fonction jusqu’ à son élection au poste de maire. Son épouse Madeleine Reyssier, née Large, le 4 février 1922, adhéra au Parti communiste en 1949. À cette date, elle devint secrétaire de la section locale de Châlons-sur-Marne de l’Union des femmes françaises. Élue au comité fédéral du PCF le 27 mai 1956, elle y siégea jusqu’au milieu des années 1970 ; elle fut responsable des enseignants (1962-1965). Dans le même temps, Madeleine Reyssier fut membre du bureau de section de Châlons-sur-Marne, puis secrétaire de la cellule locale des femmes. Elle exerça aussi des responsabilités syndicales, en étant membre du conseil syndical du SNI et de la commission administrative de la FEN dans les années 1960.

Jean Reyssier fut un élu de son parti, au niveau local, départemental et national. Présenté comme un employé de bureau à l’Entretien SNCF qui habitait dans le quartier cheminot de La Bidée, il obtint son premier mandat en devenant conseiller municipal de Châlons-sur-Marne le 26 avril 1953 sur la liste PCF conduite par Gaston Waharte qui remporta cinq sièges. Il siégea à la commission des Finances et du Contentieux, et à celle de la Famille et de l’Enfance jusqu’au scrutin de mars 1959 auquel il ne fut pas réélu.

Après deux échecs successifs, d’abord à la tête d’une liste de gauche en mars 1965 (42,4 % des suffrages exprimés au second, tour) puis à celle de l’Union de la gauche en mars 1971 (48,5 % des suffrages au second tour), Jean Reyssier conduisit la liste d’Union de la gauche et des démocrates à une large victoire (58 % des suffrages ) le 14 mars 1977. Il devint alors maire Châlons-sur-Marne. Il fut président du Conseil de district. Il fut réélu à ces deux fonctions après les succès aux élections municipales de 1983 et 1989. Il siégea aussi au Conseil régional de Champagne-Ardenne, de 1977 à 1983, en sa qualité de maire. Hésitant à se représenter à la suite de problèmes de santé, Jean Reyssier, à la tête d’une liste de gauche, fut nettement battu au deuxième tour (42,6 % des suffrages exprimés) des élections municipales de 1995. Fort affecté par cette défaite et affaibli par son état de santé, il démissionna de son poste de conseiller municipal en décembre 1999.
Pendant ses mandats, Jean Reyssier transforma la ville de Châlons-sur-Marne. Outre la rénovation urbaine, il fit construire l’école élémentaire de la Mau, la crèche Louise Michel, la cuisine centrale aux Grévières, le complexe sportif Pierre de Coubertin, le centre culturel Pierre Dac, la bibliothèque Denis Diderot, le musée Schiller et Goethe (fermé en 2008), le Centre national des arts du cirque, la Maison des syndicats, etc…

Jean Reyssier réalisa sa première percée électorale en remportant la victoire aux élections des 8 et 15 mars 1964 pour le Conseil général dans le canton de Châlons-sur-Marne : arrivé en troisième position avec 2609 voix (23,4 % des suffrages exprimés) au premier tour, il fut élu en réunissant 4805 voix (34,7 % des suffrages exprimés) au scrutin de ballottage. Il fut réélu le 15 mars 1970, en obtenant 6942 voix (41,2 %) au premier tour, puis 9353 voix (50,9 %) au second tour. En mars 1976, le canton de Châlons-sur-Marne ayant été découpé en trois parties, Jean Reyssier se présenta dans le canton de Châlons 3, dans lequel il fut élu dès le premier tour avec 3009 voix (53,9 % des suffrages exprimés) sur 9071 inscrits et 5697 votants. Il fut réélu le 21 mars 1982 (44,5 % des suffrages au premier tour, 59 % au second tour), puis le 2 octobre 1988 (47,8 % des suffrages au premier tour, 63,5 % au second tour). Jean Reyssier, qui siégea de longues années à la commission des Finances du Conseil général de la Marne, ne se représenta pas aux élections cantonales de 1994 ; il passa le relais à Bernard Barberousse* qui conserva le siège au Parti communiste..

Enfin, la carrière nationale de Jean Reyssier fut brève : il fut député de la Marne de 1986 à 1988. Avant son élection au scrutin proportionnel, Jean Reyssier fut le candidat du PCF à chaque élection législative dans la circonscription de Châlons-sur-Marne : 14,9 % des suffrages exprimés au premier tour et 16,7 % au second tour en 1958, éliminé au premier tour (19,4 %) en 1962, échec au scrutin de ballottage (22,2 % puis 34,4 %) en 1967, éliminé au premier tour (19,8 %) en 1968, deux nouveaux échecs au second tour en 1973 (26,5 %,puis 48,6 %) et en 1978 (26 %, puis 45,3 %), éliminé au premier tour (21,2 %) en 1981. Avec le retour au scrutin uninominal, Jean Reyssier obtint 8644voix (23,8 % des suffrages exprimés) le 5 juin 1988. Ce fut la chute en 1993 avec 4872 voix (13,6 %) au premier tour, puis 12768 voix (37 %) au scrutin de ballottage.

Le 17 juin 2000, à l’hôtel de ville de Châlons-en-Champagne, Jean Reyssier fut décoré des insignes de la Légion d’honneur par Jean-Claude Gayssot, ministre de l’Équipement, des Transports et du Logement. Depuis le 5 février 2005, la Maison des syndicats porte le nom de Jean Reyssier ; l’inauguration, à l’initiative de la municipalité de droite, fut présidée par Jack Ralite, châlonnais d’origine et ancien ministre, sénateur communiste de Seine-Saint-Denis.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article8054, notice REYSSIER Jean, Paul par Didier Bigorgne, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 8 janvier 2019.

Par Didier Bigorgne

[Assemblée nationale, Notices et portraits, 1936]

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Association des Amis de Jean Reyssier, Jean Reyssier. Un parcours militant exceptionnel, Châlons–en Champagne, 2008. — Presse locale.— Renseignements communiqués par l’intéressé.— Témoignage de Jeannine Gaument.— État civil de Châlons-en-Champagne. — Dictionnaires des cheminots (Maitron), notice par Pierre Vincent.

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