JACQUET Dominique

Par Yves Lequin, Justinien Raymond

Né dans l’Isère, en 1857 ; instituteur, puis directeur d’école ; militant socialiste et syndicaliste de l’Isère.

Jeune directeur d’école à Grenoble (Isère), D. Jacquet devint, dans les années 1890, le représentant des instituteurs au conseil départemental de l’enseignement primaire. Membre de la Franc-Maçonnerie et du POF à partir de 1898, il fut des « Jeunes Turcs » qui, en 1900, s’emparèrent de la direction de la loge au nom de l’alliance nécessaire avec les collectivistes, aile marchante du parti républicain, puis fondèrent, en 1901, une nouvelle formation plus avancée, l’Avenir. En même temps, il créait un organe corporatif, la Tribune pédagogique, dont le premier numéro parut en janvier 1900, et qui devint bientôt le point de ralliement d’une Amicale des Instituteurs dont D. Jacquet fut l’animateur ; peu après, il organisa une conférence de Carnaud, enseignant devenu député socialiste.
Bientôt, Jacquet se lança, avec une ardeur qu’expliquait un caractère impétueux, dans une campagne passionnée contre les autorités universitaires ; la municipalité de Grenoble demanda son déplacement, en vain, mais, avec son ami Raffin-Dugens, il se vit infliger la « censure avec insertion » ; tous deux furent triomphalement réélus aux élections professionnelles de 1902. Peu après, Jacquet fut, à Lyon, l’un des promoteurs d’une Entente des conseillers départementaux, qui fut le premier essai d’organisation fédérale des instituteurs. Il collaborait par ailleurs au Droit du Peuple, le journal socialiste de l’Isère, et y tenait une rubrique universitaire.
Mais la personnalité, souvent agressive, de Jacquet, commençait à être contestée et ses adversaires créèrent un nouveau périodique, La Défense, qui le prit vivement à partie ; l’Amicale devint le champ clos des rivalités. Jacquet, qui avait adhéré au socialisme en 1898, dans l’euphorie du succès électoral de Zévaès, le suivit à la Fédération scissionniste dite « indépendante », qui se tint en 1905 à l’écart de l’Unité. Mis en minorité à l’Amicale, il s’en sépara pour créer, en juin 1906, la « Solidarité » ; il entretenait d’excellentes relations avec les élus de la majorité gouvernementale et, à partir de 1907, il se sépara même de Zévaès pour se rapprocher des radicaux ; ce départ porta d’ailleurs un coup très dur à l’influence des « indépendants ». Alors qu’il avait été longtemps la bête noire des journaux cléricaux, il était devenu la cible du Droit du Peuple qui, au moment où se multipliaient des déplacements d’office inspirés par certains de ses amis politiques, dénonçait en lui « le mouchard de l’enseignement ». En 1911, Jacquet se retira de toute activité militante, et la « Solidarité » fusionna avec l’Amicale qui regroupa désormais la grande majorité des instituteurs, la « Section syndicale » de Raffin-Dugens restant embryonnaire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article81645, notice JACQUET Dominique par Yves Lequin, Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Yves Lequin, Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Dép. Isère, 52 M 68 et IV T 3.36. — P. Barral, Le Département de l’Isère sous la IIIe République, Paris, 1962, pp. 284, 305-306 et 432. — F. Bernard, L. Bouet, M. Dommanget, G. Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement, Histoire de la Fédération de l’enseignement, des origines à l’unification de 1935, 2e édit., Grenoble, 1969, t. I, p. 16.

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