LEDIN Jules

Par Yves Lequin, Justinien Raymond

Né et mort à Saint-Étienne (Loire) ; 26 janvier 1867-18 avril 1914 ; ouvrier tisseur ; militant socialiste de la Loire ; député.

À la mort de son père, Jules Ledin se trouva, très jeune, être le soutien d’une nombreuse famille ; il reprit alors l’atelier familial de passementerie en velours, bien qu’il eût appris le métier d’armurier.

Le 8 octobre 1892, Jules Ledin épousa à Saint-Étienne, Béatrice, Antoinette Janisson, couturière née le 16 août 1872, fille d’Antoine, boucher, et de Marie Paris, ménagère. Le 5 juin 1897, le couple a eu une fille, Marie Georgette, Blanche.

C’est à partir de 1886 qu’il commença à militer au sein du syndicat de la passementerie ; en 1889, il devint son secrétaire, conduisit une campagne pour l’augmentation des tarifs et proposa l’indexation des salaires sur les bénéfices patronaux ; il alla également avec Tardy, Crozier entre autres, représenter les groupes stéphanois du velours au congrès international ouvrier de Paris, où il s’était déjà rendu en 1887 pour étudier le fonctionnement de la Bourse du Travail. En 1888, il avait participé au renouveau du Parti ouvrier, œuvre de Laurent Crozier, désormais assez fort pour se démarquer nettement des anarchistes et surtout des radicaux de la municipalité Girodet ; le groupe, fondé en 1881 après le IIe congrès de la fédération socialiste, était, malgré son appellation, particulièrement imperméable au guesdisme, et, sans y adhérer formellement, très influencé par le possibilisme. Ledin, sans doute le militant le plus intelligent, d’après le préfet, bon orateur, honnête et laborieux, ne tarda pas à s’imposer à une formation qui correspondait parfaitement à ses propres conceptions de lutte.

En juin 1890, le Parti ouvrier créa un comité de vigilance chargé de contrôler et d’orienter le travail de ses élus municipaux ; Ledin en devint le secrétaire ; mais, en décembre, il refusa de suivre Crozier qui désirait établir la supériorité du comité sur les conseillers ; un vote lui donna tort et il démissionna. Il fut cependant désigné en août 1891 comme délégué au IIe congrès socialiste international de Bruxelles et, en mai 1892, il était candidat aux élections municipales. En septembre 1893, bien que principal leader du clan modéré du socialisme stéphanois, il tenta, contre Rondet, d’entraîner les mineurs dans une grève de solidarité avec leurs camarades du Nord et du Pas-de-Calais ; en décembre enfin, il fut élu, en remplacement de Chalumeau, décédé, secrétaire général de la Bourse du Travail qu’il avait contribué à fonder en 1888-1889 aux côtés de Crozier.

Ses nouvelles fonctions le firent intervenir dans les principaux conflits du travail survenus dans la région, et notamment dans la grève générale des deux mille maçons en juillet et août 1895 pour imposer, avec succès, un relèvement des salaires. Fidèle à ses sympathies possibilistes, il fit refuser la participation au VIIe congrès de la Fédération nationale des syndicats réduite à sa fraction guesdiste à Troyes en septembre 1895, au profit du congrès de Limoges, où naquit la CGT. Pour cela, il avait dû lutter contre la fraction guesdiste menée par Argaud et Soulageon, soutenus par Gilbert Cotte, le nouveau leader des mineurs, et qui l’avait fait écarter, en juin, du IVe congrès des Bourses à Nîmes. En décembre 1895, il ne fut pas réélu et céda le secrétariat à G. Cotte. Il resta néanmoins à la tête de la fédération du textile et des industries similaires de Saint-Étienne.

Ledin, qui avait collaboré en 1889 au Réveil de la Loire après sa rupture avec le boulangisme, était entré en 1892 au comité du journal socialiste Le Stéphanois ; en 1893, il avait animé la campagne contre les panamistes. Après son départ de la Bourse, il consacra l’essentiel de ses activités à rassembler les socialistes modérés devant les progrès du guesdisme pour aboutir à la création d’une fédération autonome en 1898. Il militait toujours dans son syndicat et fut, de décembre 1899 à mars 1900, l’organisateur, avec Régis Faure, de la longue grève de la passementerie stéphanoise pour le paiement à part de la « mise en train », c’est-à-dire des travaux préparatoires au tissage. Il était conseiller municipal depuis 1896, et, peu après la fin du conflit, il devint maire de Saint-Étienne ; c’est lui qui fit construire, cours Victor-Hugo, le bâtiment de la Bourse inauguré en 1904. En septembre 1901, il avait participé à Lyon au VIe congrès de la CGT où il représentait l’armurerie — sa profession première.

Après 1905, J. Ledin refusa l’unité et, fidèle de Briand, participa à la vie et à l’action d’une fédération autonome ralliée aux indépendants et qui groupait, vers 1910, les neuf dixièmes du socialisme de la Loire. En 1906, toujours maire de Saint-Étienne, il fut son candidat aux élections législatives dans la 2e circonscription et élu au second tour député par 8 166 voix contre 6 410 au candidat progressiste. Refusant le cumul, il abandonna le fauteuil de maire à son premier adjoint, Auguste François Plantevin qui fut élu par le conseil municipal le 29 juillet 1906. A l’élection législative suivante, le 24 avril 1910, la candidature SFIO de Ferdinand Faure ne lui permit d’arriver qu’en troisième position derrière le radical-socialiste Antoine Durafour qui, grâce aux désistements des deux socialistes concurrents, put battre le progressiste au second tour.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article82347, notice LEDIN Jules par Yves Lequin, Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 juin 2021.

Par Yves Lequin, Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. Nat. F7/12 491, F7/12 494 et F 12/4 676. — Arch. Dép. Loire, 10 M 85 et 86, 10 M 89, 10 M 96, 10 M 108, 10 M 110, 92 M 25 et 93 M 56. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes II, op. cit., pp. 313 et 318 — Jean Lorcin, "Chefs d’atelier et compagnons dans la grève des passementiers de Saint-Étienne en 1900 », Cahiers d’Histoire, t. XIII, 2, 1968, pp. 179 à 192. Le Temps, 10 mai 1910 p. 2 (BNF, Gallica).

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