LÉGER Louis

Né en 1874 ; mort durant l’été 1959 ; instituteur dans le Rhône ; secrétaire général du syndicat des instituteurs de 1910 à 1913 et de 1921 à 1923.

Fils d’un ouvrier tisserand, instituteur lyonnais, L. Léger participa, en 1906, à l’œuvre du « Comité d’action de défense du droit syndical » pour la reconnaissance de ce droit aux fonctionnaires et ouvriers de l’État — Voir Grangier H.
Léger était secrétaire du syndicat des instituteurs et institutrices du Rhône créé en février 1906. Ardent propagandiste, il était « l’âme du syndicat ». En 1910, au lendemain du congrès fédéral d’Angers, 25-27 mars, il devint secrétaire général du syndicat des instituteurs. Avec quelques francs en caisse, il fonda l’École émancipée dont le premier numéro parut le 1er octobre 1910. À ce premier numéro répondirent 700 abonnements, et la revue devint organe fédéral au congrès de Chambéry en 1912. L. Léger apparaissait alors « de taille moyenne, plutôt mince, de physionomie agréable avec l’œil vif et observateur » ; il avait la parole facile et s’exprimait clairement (Les Pionniers, op. cit.) ; F. Bernard l’a ainsi caractérisé : « Ce fut toujours un conciliateur, ennemi des éclats bruyants et des gestes de violence, courtois et bienveillant, même à l’égard des adversaires, trop peut-être » (Le Syndicalisme dans l’enseignement, op. cit., t. I, p. 163).
Au soir de la première journée du congrès de Chambéry, 15-17 août 1912, L. Léger, au cours d’un vin d’honneur offert par le syndicat de la Savoie, prononça le discours suivant :
« Je crains un danger pour notre fédération. Je crains qu’elle ne soit envahie par une masse de camarades attirés à elle simplement parce que mécontents ou aigris, mais dépourvus de tout idéal. Mais à cela nous pouvons remédier.
« Lorsqu’un camarade voudra venir à nous, nous lui dirons : « Entends-nous bien. Ce ne sont pas des décorations ni des faveurs qu’on vient chercher dans nos rangs. Il faut sacrifier un peu de sa tranquillité. D’abord, nous ne voulons parmi nous que des gens qui aiment leur profession, qui s’efforcent à tous instants de perfectionner leur valeur professionnelle. Nous ne voulons pas de « tire-au-flanc », nous ne voulons pas de « rossards ». Notre syndicalisme n’est pas une doctrine de mauvais ouvriers, de paresseux. Tu ne trouveras pas en lui la justification des défaillances auxquelles tu peux te laisser aller.
« Non, le syndicalisme affirme la valeur morale supérieure du travail, il en est comme la glorification. Si donc tu es un mauvais maître, n’acceptant sa tâche qu’à contre cœur, ne viens pas dans nos rangs, nous ne te voulons pas.
« Mais être syndicaliste, ce n’est pas seulement sentir la nécessité d’être un bon travailleur, avide de se perfectionner ; c’est aussi avoir au cœur l’amour ardent de la classe ouvrière sans qui la société ne serait rien, et que la société trop souvent méprise ; c’est éprouver un frisson, une angoisse, quand on voit se dérouler le noir cortège de la grève ; c’est se sentir comme un respect soudain devant ces travailleurs qui, pour venir en aide à des camarades atteints dans leur dignité ou dans leurs intérêts, s’imposent de longues privations, se condamnent à la misère. Être syndicaliste, c’est en un mot aimer la classe ouvrière d’un amour que même ses erreurs, même ses fautes ne sauraient atténuer. Voilà ce que c’est que d’être syndicaliste.
« Tu sais maintenant ce que nous attendons de toi : Réfléchis. Et si tu te sens attiré par la beauté, par la noblesse de notre idéal, tu peux venir à nous. Tu recevras des coups, tu en donneras peut-être, mais tu vivras en homme libre. »
Léger se prononçait donc pour un syndicalisme de minorités, un syndicalisme « d’élites », laissant le soin aux Amicales de grouper la masse de ceux « qui veulent lutter contre le despotisme et le népotisme administratifs, mais refusent de participer au mouvement ouvrier ». À propos du Sou du Soldat, œuvre de solidarité à l’égard des troupes du contingent et dont il était, ainsi que ses camarades, partisan, il déclara dans une interview au journal Le Matin : « Je ne sais pas si nous sommes antimilitaristes. C’est une affaire de conscience et d’opinion personnelles ».
Louis Léger exerça les fonctions de secrétaire général du Syndicat des instituteurs de 1910 à 1913 puis de 1921 à 1923. En 1925, il abandonna la Fédération unitaire et regagna le Syndicat national, mais il n’y exerça pas de fonctions dirigeantes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article82399, notice LÉGER Louis , version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 avril 2021.

ŒUVRE : « Souvenirs et problèmes syndicalistes » dans L’Appel syndicaliste, 1932.

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 10 M, grèves 1909. — L. Bouet, Les Pionniers du syndicalisme universitaire, s.d. [1951]. — Bernard, Bouet, Dommanget, Serret, Le Syndicalisme dans l’enseignement, op. cit., t. I, p. 188 (discours de Léger en 1912) et pp. 189 et 205. — La Révolution prolétarienne, avril 1960.

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