LÉGITIMUS Jean, Hégésippe [LÉGITIMUS Hégésippe, Jean]. Dit SONSON

Par Justinien Raymond, Claude Pennetier

Né le 8 avril 1868 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), mort le 29 novembre 1944 à Angles-sur-l’Anglin (Vienne) ; publiciste ; syndicaliste ; militant socialiste de la Guadeloupe ; maire de Pointe-à-Pitre en 1904 ; conseiller général ; député en 1898, de 1906 à 1914 ; fondateur du mouvement socialiste en Guadeloupe.

Fils d’anciens esclaves, Légitimus fréquenta l’école religieuse des Frères de Ploërmel, la seule qui existait alors. Sa mère était ouvrière agricole. Son père, inscrit maritime, mourut en mer alors que l’enfant avait seize ans. Bénéficiant d’une bourse, il eut la chance d’être un des rares noirs à pouvoir entreprendre des études secondaires. Bon élève, il fut cependant exclu du lycée en 1888 pour avoir manifesté de la violence à l’égard d’un pion blanc qui avait donné un coup de pied à un camarade. Il fut aussitôt reconnu par la population noire comme une victime, obtint et entretint une certaine popularité. Bel homme, séducteur, il eut sept enfants de ses liaisons nombreuses.

Doté d’un don oratoire indiscutable et d’un courage physique indéniable, Légitimus était le rédacteur principal du Peuple, organe socialiste révolutionnaire des Antilles. Le siège social était 7, faubourg Henri-IV, dans la case de Légitimus. Affilié au Parti ouvrier, il s’affirma comme le porte parole du socialisme sur l’île, d’un socialisme qui affirmait le rôle politique et social des noirs. Il était affilié à la franc-maçonnerie sans renoncer aux croyances ancestrales et à un savoir magique qui effrayait les gendarmes qui voulaient l’arrêter. Nègres en avant, fut le titre d’une de ses brochures, en 1901. Il contestait la domination politique des mulâtres.

Porté par un charisme affirmé, encouragé par les hymnes populaires (« En avant les noirs/en arrière les blancs/Envoyez Légé à la Chambre/Pour qu’il plaide nos intérêts [...] Sous le drapeau un Nègre intelligent Légitimus »). Conseiller général du Laurentin en mai 1894, réélu en 1898 à Pointe-à-Pitre, il fut nommé président du conseil général de la Guadeloupe en 1898-1899, 1906-1907, 1909-1912. Aux élections législatives de 1898, il devint député de la 2e circonscription de la Guadeloupe. Il entra alors pour deux ans au conseil national du POF. Lors de la crise millerandiste, il quitta ce parti, représenta la Guadeloupe au congrès de Lyon (1901) et, en 1905, il n’adhéra pas à la SFIO. Il avait été battu en 1902, mais fut réélu député en 1906 et en 1910 n’échappant pas aux attaques et moqueries racistes d’une partie de la presse parisienne. Il fut des 30 députés qui adoptèrent le 7 juin 1910, la déclaration de principes pour la fondation le mois suivant, du groupe républicain socialiste, mais il n’adhéra pas au parti qui, constitué en juillet 1911, allait pourtant comporter une fédération de Guadeloupe.

L’exercice du pouvoir l’avait conduit à coopérer avec le patronat guadeloupéen, entraînant sa mise en cause par les nouvelles générations socialistes.

Il fut fait chevalier de la Légion d’honneur par le gouvernement de Front populaire.

Retenu en France par la guerre et mort en métropole, son corps fut ramené à Pointe-à-Pitre pour des obsèques nationales organisées par Jean Sainteny au nom du gouvernement de Charles De Gaulle.

Sa descendance maintint dans la lumière et l’actualité le nom de Légitimus. Étienne, son fils, fut un journaliste engagé, lié au combat antiraciste. Il était marié à la comédienne Darling Légitimus. Un petit-fils, Gésip Légitimus, garda la mémoire du grand-père. Le fils de Darling et Étienne Légitimus, Théo, fut acteur, de même que son fils, Pascal Légitimus.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article82400, notice LÉGITIMUS Jean, Hégésippe [LÉGITIMUS Hégésippe, Jean]. Dit SONSON par Justinien Raymond, Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 5 juillet 2021.

Par Justinien Raymond, Claude Pennetier

SOURCES : Claude Willard, Les Guesdistes, op. cit., p. 631. — Compte rendu du congrès de Lyon. — Florent Girard, Hégésippe Jean Légitimus. Apôtre de l’émancipation des Nègres de la Guadeloupe, documents originaux réunis, commentés et annotés par Florent Girard, Éditions du Jasor, Pointe-à-Pitre, 2005 (l’auteur voit en lui « l’homme politique le plus considérable de la Caraïbe » après Toussaint Louverture). — Yves Billard, Le Parti républicain-socialiste de 1911 à 1934, thèse, histoire, Paris 4, 1993.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément