LIMOUSIN Georges, Marcelin

Par Justinien Raymond

Né le 6 juin 1859 à Saint-Sauveur (Vienne), mort le 26 novembre 1908 à Poitiers (Vienne) ; cordonnier devenu libraire et marchand de journaux socialistes ; pionnier du socialisme dans le département de la Vienne.

Georges Limousin
Georges Limousin
Hubert-Rouger, op. cit., p. 89.

Georges Limousin avait été ouvrier cordonnier à Paris avant de s’établir en cette qualité à Châtellerault, à l’extrême fin de 1879. Dans la capitale, il s’était mêlé aux manifestations de réveil du mouvement ouvrier assoupi depuis la Commune. Il continua son action : réunissant une dizaine d’ouvriers du Bâtiment et d’ouvriers de la Manufacture d’Armes en 1880, il jeta les bases du Parti ouvrier à Châtellerault et fit de cette ville le berceau du socialisme dans la Vienne. Il fut le premier secrétaire du groupe d’Études sociales dont il était le fondateur. En 1882, il le représenta ainsi que la Chambre syndicale de Poitiers au congrès national du PO à Saint-Étienne où il opta pour les possibilistes. Il fut l’organisateur du congrès de Châtellerault (1890) où la FTSF connut la scission allemaniste : avec les groupes de la Vienne, il resta fidèle à Paul Brousse. Limousin était l’un des trois secrétaires permanents (avec Stroobant et Augé). Il manifesta sa désapprobation pour la mise à l’écart des délégués ardennais et vota contre l’exclusion d’Allemane, Clément et Faillet. Il fut le seul. La plupart des organisations locales étaient dues à son action qui s’étendit jusque dans le Choletais en Maine et-Loire, avec persévérance et ténacité. Une boutique de libraire, la vente des journaux socialistes locaux lui assuraient l’indépendance matérielle. Il collaborait à ces journaux comme reporter ou correspondant et comme rédacteur politique, ce qui lui valut d’être, à plusieurs reprises, condamné, voire emprisonné, et ce qui lui attira un duel avec un rédacteur du Mémorial du Poitou. Il fut aussi le correspondant châtelleraudais du Petit Parisien. Il appela dans la Vienne les orateurs en renom du mouvement socialiste, sans distinction de tendances malgré sa fidélité inébranlable au possibilisme dont l’un des chefs, Joffrin, fut son inspirateur. Il était soutenu dans son action par son épouse, militante et collaboratrice de l’organe socialiste L’Éclaireur de la Vienne. En 1890, il relia les groupes socialistes épars en une fédération socialiste de la Vienne et du Choletais et il en devint le premier secrétaire général pour dix ans. Il signait ses articles dans L’éclaireur de la Viennesous le pseudonyme transparent de Georges Marcel.

Jamais Limousin ne brigua d’autres fonctions électives que celle de conseiller municipal de Châtellerault. Il y échoua en 1888 avec 676 voix en compagnie de quatre autres candidats socialistes. Quatre ans plus tard, il fut élu avec huit de ses camarades : ce succès fut considéré comme le résultat de son action ; il l’avait orientée essentiellement vers les ouvriers de la Manufacture d’Armes où il trouva un terrain favorable à sa propagande. Le possibilisme, aile modérée du socialisme en cette fin du XIXe siècle, fut dans la Vienne comme ailleurs, au même titre que les autres partis, un mouvement essentiellement ouvrier ; peut-être y garda-t-il davantage encore le caractère prolétarien par l’insuccès qu’y connut la scission allemaniste. Au premier congrès général des organisations socialistes françaises à Paris, salle Japy (décembre 1899), Limousin détenait quatre mandats de Châtellerault sous l’égide de la FTSF : la Jeunesse socialiste révolutionnaire, les Éclaireurs de la Vienne, le syndicat du bâtiment et la 1re circonscription électorale. Au sein de la commission de 58 membres chargée de rapporter sur les trois questions à l’ordre du jour du congrès, il fut un des cinq délégués de la FTSF. Alors, il n’était plus conseiller municipal depuis 1896 où il n’avait pas demandé le renouvellement de son mandat. À nouveau candidat en 1900, il fut battu avec 1 710 voix. Cette année-là, il représenta l’union des Travailleurs de l’arr. de Poitiers et le groupe républicain socialiste de la ville au congrès de Paris, salle Wagram.

Contraint d’aller vivre à Poitiers les dernières années de sa vie, Limousin y devint, en mars 1904, secrétaire de la Bourse du Travail créée le 1er janvier 1899 et adhérente de la CGT ; il le demeura jusqu’à sa mort, fin novembre 1908.

L’assistèrent dans ses fonctions à la Bourse : Hérault, Fouquet, Georgel — Voir ces noms.

Dès 1884 avait existé une Union fédérative des Chambres syndicales de Poitiers dont les secrétaires avaient été Witteman puis, en 1885, Orry Eug.

Les secrétaires de la Bourse du Travail furent successivement à partir de 1901 : Doussaint Alexandre (novembre 1901-mars 1904), Limousin G. (mars 1904-novembre 1908), Audinet Eug. (décembre 1908-1932).

La Bourse du Travail de Poitiers vit son plus important développement sous son impulsion. Limousin la représenta aux congrès de la CGT à Bourges en 1904 et à Amiens en 1906 ; il y soutint toujours les propositions des syndicalistes réformistes. Au congrès d’Amiens, il signa la motion Keufer de neutralisme syndical.

Doué d’un talent certain pour la polémique journalistique, il fut rédacteur à l’Éclaireur de la Vienne (1890-1899) à l’Éclaireur de l’Ouest (1899-1905), correspondant du journal le Travail de Châteauroux (1886-1888), du Travailleur (1888-1890) et du Petit Parisien ; il créa de nombreuses feuilles : la Vraie République (4-18 septembre 1889), l’Avant-Garde (juillet 1899-1901), le Bulletin officiel de la Bourse du Travail de Poitiers (1903 à 1907).

Tout le monde ouvrier de la Vienne fut à ses obsèques le 28 novembre 1908.

L’Avenir de la Vienne (opportuniste) déclara :

« Bien que nous ne partagions pas tous les sentiments politiques et économiques de notre ami Limousin, l’exemple d’une vie consacrée sans une défaillance à la défense d’une même cause mérite le respect, l’admiration et la sympathie de tous. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article82686, notice LIMOUSIN Georges, Marcelin par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 20 septembre 2022.

Par Justinien Raymond

Georges Limousin
Georges Limousin
Hubert-Rouger, op. cit., p. 89.

SOURCES : Arch. Dép. Vienne : M4/85, M4/227, M 12/41. — L’Éclaireur de la Vienne. — L’Éclaireur de l’Ouest. — L’Avenir de la Vienne, 26 au 30 novembre 1908 (d’après le DES de J. Marion, Le Mouvement ouvrier dans la Vienne, 1871-1914, Poitiers, 1963). — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes III, op. cit., pp. 89 à 97, passim. — Comptes rendus des congrès de Paris, salle Japy (1899) et salle Wagram (1900). — La Voix du Peuple, 30 novembre-16 décembre 1913. — Fédération des Travailleurs socialistes de France, Congrès nationale, T. 10, 1890, Châtellerault, Poitiers : Impr. A. Masson, 1891.

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