ROSE Lucien, Joseph, François

Par Michel Gorand

Né le 23 juin 1916 à Goncelin (Isère), mort le 22 juillet 2004 à Betton (Ile-et-Vilaine) ; cheminot ; secrétaire général de l’UD CFTC (1939-1945) de la Savoie ; responsable du réseau « Lamartine » dans la Résistance ; conseiller général de Chambéry (1945-1951). Député de Savoie (1945-1946) ; maire adjoint de Rennes (1977-1995).

Lucien Rose
Lucien Rose

Fils de joseph Lucien Rose, gendarme, et de Césarine Savey, ménagère, Lucien Rose fut élève au collège de La Motte Servolex puis à l’école professionnelle supérieure de Chambéry où il obtint son brevet d’enseignement élémentaire. Il commença à travailler à dix-sept ans aux Papeteries de France puis au service commercial de l’Étoile des Alpes (chaîne d’épicerie). Il entra au PLM à Chambéry, au service du personnel le 1er juin 1937 (recrutement important suite à l’application des 40 h) et demeura à la SNCF jusqu’en 1943.

Dès 1935 Lucien Rose milita au mouvement « Jeune République », résurgence du Sillon, puis adhéra à la CFTC en 1936. Il devint secrétaire adjoint du syndicat des cheminots chrétiens de Chambéry (CFTC) en 1938, puis secrétaire du syndicat et secrétaire général de l’UD CFTC de Savoie. En 1938 il était également responsable départemental de la Savoie du mouvement chrétien anti nazi et anti munichois des « Nouvelles équipes françaises » de Georges Bidault.

Mobilisé en 1939 comme sous-officier de Chasseurs alpins, il participa à des opérations sur la frontière italienne, sur la Somme et en Norvège. Démobilisé en juin 1940, il rentra à Chambéry. Dès l’année 1940, il devint un des premiers résistants savoyards, participa à la diffusion de la presse clandestine et à la mise en place de réseaux de résistance, notamment avec Charles Savouillan* Albert Fontaine*, Victor Morisot…. A partir de septembre 40 des tracts gaullistes furent tirés au siège de l’UD CFTC, rue de Boigne à Chambéry. Lucien Rose, cheminot, était, en décembre 1940, président de l’Union locale des syndicats chrétiens [CFTC] de Chambéry et il fut signalé comme secrétaire de cette Union locale en avril 1943.

En octobre 1941, lors d’un stage de formation à Lyon Lucien Rose retrouva Léon (nom de guerre Yvon) Morandat*, ex permanent de la CFTC en Savoie, lequel le chargea de recruter des membres pour « Libération » et pour « Franc Tireur » dans la région « Lamartine » (Savoie, Haute Savoie, Isère, Ain et Hautes Alpes) où Lucien fut le responsable civil du réseau sous le pseudonyme « Dulac ». A la fin de l’année 1941, il mit en place au sein de la résistance savoyarde un service d’aide aux familles de déportés et de maquisards qui fut animé par Marguerite Dunoyer.

En juin 1942, lors de la constitution du « Mouvement ouvrier français » (MOF), rassemblant des responsables CGT et CFTC, à l’initiative de Léon Morandat, Lucien Rose fut un des représentants de la CFTC.
Le 19 octobre 1943 les unions départementales CFTC et CGT signèrent un accord pour la création d’un « comité d’unité d’action » chargé de la défense et de la formation des travailleurs qui s’imposa comme interlocuteur du patronat savoyard : Lucien Rose, Charles Savouillan* et Albert Fontaine* en furent les signataires pour la CFTC.

En mars 1944 Lucien Rose, recherché par la Gestapo, trouva refuge pendant quatre semaines comme stagiaire à la SNCF, rue Traversière à Paris où il échappa miraculeusement à deux policiers allemands venus l’arrêter. Il fut ensuite hébergé à Lyon au domicile de Roger Morandat qui avait été arrêté, et où son frère Léon lui demanda de reprendre la direction de la région « Lamartine » après l’arrestation de Jean Mercier. Il reçut pour mission de faire l’unité des FFI par la réunion des MUR (Mouvements Unis de Résistance : Libération, Combat et Franc-Tireur) et des FTP communistes ce qu’il réussit ; il fut alors adjoint d’Alain Vistel chef de la résistance Rhône Alpes et Rose fut le Chef des MUR sous le pseudonyme « Poirier » pour la sous-région « Blanche neige » (Savoie, Haute-Savoie et Isère).
A cette période, Lucien Rose constitua des comités de libération dans ces trois départements et il fut désigné pour la Présidence de celui de Savoie. Il s’attela également à la préparation de l’insurrection ce qui l’amena à une ultime réunion de militants chrétiens à Lyon le 17 juillet chez Maurice Guérin*. A l’issue de cette réunion, Gilbert Dru* et Francis Chirat* furent arrêtés puis fusillés quelques jours après.

Le 18 août, l’ordre de grève générale insurrectionnelle fut lancé par CGT et CFTC pour le lendemain ; le 21 août Aix les Bains fut la première ville libérée de Savoie par les maquisards ; le comité départemental de Savoie se manifesta le 22 août à la mairie de la Motte Servolex, jour où Chambéry fut libéré et le 23 août Lucien Rose, accompagné de Charles Savouillan*, se présenta à la préfecture où se tint une réunion du Comité de Libération ; en tant que Président du Comité départemental de Libération de Savoie, il s’installa à la Préfecture et assuma la responsabilité de l’administration départementale, en attendant la nomination d’un Préfet. Le Général de Gaulle visita le département de la Savoie le dimanche 5 novembre et il fut accueilli à Chambéry par le Préfet et par Lucien Rose accompagné du nouveau Maire désigné par le Comité départemental de Libération.
Lors du premier Comité national (confédéral) de la CFTC après la guerre, les 3 et 4 décembre 1944, Lucien Rose et Charles Savouillan*, délégués pour la Savoie, firent des propositions qui ne furent pas acceptées, notamment sur le non cumul des mandats politiques et syndicaux, sur la participation à la gestion de la sécurité sociale et sur la déconfessionnalisation. Ce comité affirma les principes de la CFTC dans un Manifeste : indépendance à l’égard des partis politiques, pluralisme syndical, gestion sociale et économique par les délégués et comités d’entreprise… Lucien Rose, secrétaire général de l’UD CFTC de Savoie présenta le rapport moral lors de l’assemblée générale des syndicats CFTC de Savoie le 18 mars 1945, en présence de 80 délégués représentant 60 syndicats. A l’issue de l’AG, il fut réélu secrétaire général de l’UD CFTC de Savoie avec Albert Fontaine* comme Président.

Lucien Rose, secrétaire général du mouvement « Jeune République » de 1945 à 1949 se présenta à la première assemblée nationale constituante et fut élu député de Savoie le 21 octobre avec 19,5% des voix : il fut élu secrétaire de l’Assemblée, siégea notamment à la commission du travail et de la Sécurité sociale, nommé juré à la Haute cour de justice où il siégea avec Maurice Guérin*.

Suite à la structuration du MRP par Joseph Fontanet, Rose perdit son siège aux élections législatives du 2 juin 1946 avec 8,2 % des voix. Il fit une nouvelle tentative, sans succès, en Loire inférieure pour les élections législatives de novembre 1946, sur une liste UDSR dissidente puis revint en Savoie et échoua lors d’une tentative aux législatives de Janvier 1956 dans une liste d’union, avec l’étiquette UDSR.

De la même manière, il avait été élu conseiller général dans le canton de Chambéry nord en 1945 et vice-président du Conseil général de Savoie ; il ne fut pas réélu conseiller général en 1951. Il entama alors une carrière dans la presse comme journaliste à la Résistance de l’Ouest à Nantes puis directeur général de la Nouvelle République de Bordeaux ; il devint ensuite directeur régional de l’Agence Havas à Rennes de 1966 à 1981. Il adhéra à la Convention des institutions républicaines de François Mitterrand puis au PS au congrès d’Epinay et fut élu Maire-adjoint socialiste de Rennes de 1977 à 1995.

Marié le 17 septembre 1938 à Chambéry (Savoie) avec Renée Geneviève Pinet, divorcé en 1959. Remarié le 21 décembre 1959 à Fontenay sous Bois (Seine) avec Jacqueline Madeleine Jeanne Aubry.

Commandeur de la Légion d’Honneur, Officier de l’Ordre National du Mérite, Croix de guerre 1939-1945, Croix du Combattant volontaire de la Résistance.
A Rennes, il existe une bibliothèque municipale Lucien Rose située 11 square Lucien Rose.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article8269, notice ROSE Lucien, Joseph, François par Michel Gorand, version mise en ligne le 5 septembre 2013, dernière modification le 17 mai 2016.

Par Michel Gorand

Lucien Rose
Lucien Rose
Lucien Rose (Ass. nationale)
Lucien Rose (Ass. nationale)

SOURCES  : Introduction de J. Boudant aux Fonds Lucien Rose, Arch. Dép. Savoie sous-série 10J ; Arch. Dép. Savoie, 33 M IV-16, dossier 370. — Éléments d’histoire de la CFDT en Savoie de 1930 à 1980, (333 pages) . — Notice biographique de l’Assemblée nationale. — J. Viout, Chambéry 1944, p. 273. — Who’s who. — Notes de Gilles Morin. — Notes de Louis Botella et de Louisette Battais.

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