PICOURT Eugène

Par Madeleine Rebérioux

Né en 1862 à Sens (Yonne), mort en juillet 1903 à Paris ; journaliste ; militant socialiste.

Originaire de Sens où il était très connu dans les milieux ouvriers, Eugène Picourt y fonda en 1890 la coopérative « L’Économie », puis, en 1891, avec François Duporc, le premier groupe républicain-socialiste sénonais : il est, à ce titre, un des pères du socialisme dans l’Yonne. Il vivait de sa plume, ce qui n’allait pas sans difficultés pour un socialiste, fût-il, comme c’était son cas, ardent libre-penseur et partisan d’une entente avec les radicaux. De septembre à décembre 1894, il dirigea à Sens la Réforme sociale, journal républicain socialiste, placé sous la direction politique des groupes socialistes de l’Yonne, de tendance allemaniste et favorable à l’unité socialiste. Après le premier congrès socialiste départemental qui se tint à Tonnerre les 23-24 décembre 1894, Picourt, personnellement plus proche du parlementarisme de la Petite République que les allemanistes de l’Yonne, abandonna la direction du journal. « Je suis soldat d’un parti discipliné », avait-il écrit quelques mois plus tôt, le 5 mai 1894, dans le Mandat impératif d’Auxerre auquel il collaborait à l’époque.
Deux ans plus tard, en août 1896, il devint rédacteur en chef du Réveil de l’Yonne, « journal républicain socialiste absolument indépendant » qui parut jusqu’aux élections législatives de mai 1898 et auquel collaboraient certains spécialistes étrangers au département, tels Chauvière et Gérault-Richard, et des radicaux de gauche comme Camille Pelletan. Les activités locales de Picourt lui étaient facilitées par son travail de rédacteur parlementaire pour plusieurs grands journaux parisiens, en particulier La Patrie. D’un antisémitisme virulent, il mena campagne à Sens en faveur du maire Lucien Cornet contre « le juif Javal » et accusa le 8 mai 1898 le gouvernement de n’avoir « pas fait son devoir » dans la « scandaleuse affaire » du « traître Dreyfus » — ce qui s’expliquait, selon lui — puisque le gouvernement était « entièrement dans la main des financiers juifs ».
Cela n’empêcha pas Picourt d’être, aux élections législatives de 1898, présenté dans la circonscription d’Avallon par le congrès des groupes républicains socialistes et la Société de Libre Pensée ; il est vrai qu’il n’eut que 77 voix. Il partit ensuite pour Paris, où il mourut en 1903.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article84386, notice PICOURT Eugène par Madeleine Rebérioux, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Madeleine Rebérioux

SOURCES : Notice nécrologique dans Le Travailleur socialiste de l’Yonne, 18 juillet 1903. — Le Mandat impératif, mars-octobre 1894. — La Réforme sociale, septembre 1894-octobre 1895. — Le Réveil de l’Yonne, août 1896-mai 1898.

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