PINEL Marius

Par Madeleine Rebérioux

Né le 20 août 1864 à Toulouse (Haute-Garonne) ; ouvrier en meubles ; militant syndicaliste et socialiste.

Marius Pinel est, parmi les fondateurs du groupe blanquiste de Toulouse, celui qui vécut et milita le plus longtemps. Ouvrier en meubles, il était syndiqué à moins de quinze ans et ne cessa jamais de lire et de s’instruire, comme en font preuve ses interventions toujours documentées et même les articles théoriques qu’il lui arriva de donner à la presse socialiste locale. Ami intime de Charles De Fitte, membre du groupe de l’Union socialiste puis du groupe républicain-socialiste qui, en octobre 1891, adhéra au comité révolutionnaire central, il consacra plusieurs années à la vie syndicale, de 1893 à 1896, constamment réélu, avec une majorité sans cesse accrue. Secrétaire de la Bourse du Travail, il entreprit à ce titre une grande campagne pour soutenir le projet de la Verrerie ouvrière d’Albi et pourchassa activement les Bureaux de placement en accumulant une documentation qu’utilisa Faberot dans son interpellation à la Chambre. En septembre 1897, son activité et ses responsabilités, encore toutes proches, lui valurent d’être délégué au VIe congrès de la Fédération nationale des Bourses du Travail et, quelques jours plus tard, au IXe congrès national corporatif — 3e de la CGT — qui se tinrent à Toulouse, et de devenir, en 1898, membre élu du Conseil du Travail.
Lorsqu’il quitta le secrétariat de la Bourse du Travail, ce fut pour assurer la gérance d’un éphémère journal socialiste révolutionnaire, le Réveil social du Sud-Ouest. Il était alors secrétaire du groupe blanquiste de Toulouse qui, avec plus de mille membres, était l’organisation socialiste la plus importante de la ville. En novembre 1896, candidat au conseil municipal sur la « liste de protestation » qui rassemblait une majorité de radicaux et sept socialistes, il fut élu avec plus de 6 750 voix. Battu en 1900, il le sera à nouveau en 1904. Sa situation matérielle cependant s’améliorait quelque peu : il était devenu contremaître dans une maison d’ébénisterie, mais sa combativité, son ardeur révolutionnaire ne s’éteignaient pas.
Au moment de l’unité, il entra tout naturellement à la commission exécutive de la fédération SFIO et, aux élections municipales de février 1906, il fut élu avec toute la liste socialiste. C’est lui que l’on choisit comme adjoint à la Police. Il conserva cette fonction délicate jusqu’à la défaite socialiste de 1908. Il avait été rendu responsable par le commissaire central et par la préfecture de divers incidents qui avaient marqué la vie de la première municipalité SFIO de Toulouse (cf. Jean Rieux). Il poursuivit en justice à cette occasion (en mai 1907) le rédacteur du journal Le Télégramme. Que sa popularité n’en fut pas profondément atteinte, on peut en trouver la preuve dans le fait qu’aux élections de 1912, quoique placé au trente et unième rang sur la liste SFIO, le nombre de voix qu’il obtint le fit élire au dix-septième. Il ne redevint néanmoins pas adjoint : le socialisme toulousain passait de plus en plus dans les mains des « hommes posés » et de la petite bourgeoisie. Marius Pinel représentait un autre âge.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article84430, notice PINEL Marius par Madeleine Rebérioux, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Madeleine Rebérioux

SOURCES : Arch. Dép. Haute-Garonne 4 M 111 et 112. — J. Pradelle, Historique de la Bourse du Travail de Toulouse (Voir Pradelle). — N. Dyonet, Le Socialisme à Toulouse de 1878 à 1893, DES Toulouse, 1963. — Le Réveil social du Sud-Ouest, 1896. — Midi socialiste, 1908-1914. — Notice biographique par Marty-Rollan, La Cité, 15 mars 1906.

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