ROBLIN Louis-Henri [ROBLIN Pierre, Louis-Henri]

Né le 22 juillet 1877 à Champvert (Nièvre), mort le 8 février 1916 à Thianges (Nièvre) ; avocat près la Cour d’appel de Paris ; député socialiste.

Fils d’agriculteurs, le jeune Roblin fit ses études à l’école communale de Champvert puis au lycée de Nevers, enfin à la Faculté de droit de Paris.
Il s’intéressa très tôt au socialisme : à Paris, il appartint au groupe des étudiants collectivistes, puis au groupe socialiste des originaires de la Nièvre (tout comme son frère Pierre) ; il en était secrétaire en 1902. Au cours des élections législatives de 1898 qui virent dans la Nièvre la candidature de Combemorel, il participa à la campagne de celui-ci.
Dès 1903, toujours à Paris où il s’établira comme avocat, il amorça une très importante et constante collaboration à la presse socialiste nivernaise : l’Observateur du Centre, journal de la fédération socialiste de la Nièvre (alors PSF) puis, à partir de 1912, Le Socialiste nivernais.
En 1903, il soutint une thèse de doctorat en droit sur « Les bûcherons du Cher et de la Nièvre. Leurs syndicats » ; en décembre de la même année il publia dans la Revue socialiste un article sur le congrès constitutif de la fédération syndicale bûcheronne, article dans lequel il réclamait l’extension des lois ouvrières au prolétariat rural. Les préoccupations du socialiste L.-H. Roblin allaient donc en premier lieu aux milieux ruraux qui connaissaient alors une importante crise s’exprimant depuis 1891-1892, par une fréquente agitation des bûcherons. Il aida ceux-ci à définir leurs revendications en défendant au 2e congrès de leur fédération, Nevers, 1903, l’idée de la « régie directe » des forêts domaniales.
Élu conseiller municipal de Thianges le 1er mai 1904 et maire le 15 mai de la même année, il démissionnera de ses fonctions le 12 juillet 1915 pour des raisons de santé. Il publia en 1909, une brochure éditée par les Cahiers du Centre (Nevers) sous le titre : l’Administration d’une petite commune rurale.
Son crédit s’accroissait rapidement puisque c’est lui qui, la même année, représentait la fédération socialiste de la Nièvre aux congrès de Rouen et d’unification.
Lorsque, en août 1905, mourut Turigny, député de la 2e circonscription de Nevers (rurale avec important contingent de petits agriculteurs-bûcherons), qui avait exprimé le souhait de voir un député socialiste lui succéder, c’est Roblin qu’un congrès extraordinaire de la fédération socialiste nivernaise choisit comme candidat ; il mena une campagne active, soutenu par les syndicats bûcherons dans toutes les communes, qu’il parcourut avec « une voiture à bourrique louée » ; malgré les multiples attaques de ceux qui insistaient sur sa qualité de « bourgeois », sa prétendue fortune colossale (en fait sa campagne semble avoir été surtout financée par sa famille) ou qui dénonçaient en lui « un nouveau Saint-Just », il fut élu et fut, de ce fait, le premier député socialiste de la Nièvre. En tête au premier tour avec 4 271 voix, il devançait de plus de 200 voix le candidat radical qui se désista pour lui et lui permit d’être élu au second tour par 6 228 suffrages contre 2 896 à un adversaire conservateur.
Ce succès qui fit de lui le plus jeune député de l’Assemblée (succédant au doyen Turigny) fut un excellent stimulant pour la propagande socialiste dans la Nièvre. Six mois plus tard, il fut réélu dès le premier tour par 5 497 suffrages contre 5 206 à un radical-socialiste... à la surprise des autorités qui voyaient en lui « un homme de désordre responsable [...] de l’agitation qui se manifeste depuis son élection » (commissaire spécial de Nevers, le 12 avril 1906). Jusqu’en 1914, il fut régulièrement réélu au premier tour (6 256 voix contre 4 333 en 1910 ; 6 912 en 1914 sur 9 833 votants, malgré la propagande adverse sur le thème « voter pour Roblin, c’est voter pour l’antipatriotisme ; voter Roblin c’est voter pour l’utopie collectiviste »). Roblin était en outre conseiller général de Decize. L’ensemble de ces résultats électoraux dénote un prestige personnel réel à porter au crédit d’un homme pour lequel, selon J.-B. Dariaux, socialisme signifiait « dévouement, justice et bonté ». C’est à lui que Lénine s’adressa pour une lettre de recommandation auprès de l’administrateur de la Bibliothèque nationale, lettre destinée à lui permettre d’obtenir une carte d’entrée à la salle de lecture. Lénine fit alors sa demande le 12 janvier 1909. Conservée, elle fut présentée en mai-juin 1970 à l’exposition Lénine au Grand-Palais à Paris.
Roblin représenta fréquemment la fédération socialiste de la Nièvre aux congrès nationaux : avril 1905, Paris, congrès d’unité ; octobre 1905, Chalon-sur-Saône ; Limoges en 1906 avec J. Locquin, tous les deux étant désignés comme membres de la commission de la propagande rurale ; ils y proposèrent vainement Nevers comme siège du prochain congrès ; 1907, Nancy — et congrès international de Stuttgart ; 1908, Toulouse ; 1909, Saint-Étienne.
Son souci du monde rural n’abandonna jamais Roblin qui le traduisit tout aussi bien dans ses interventions à la Chambre que dans ses conférences aux socialistes parisiens originaires de la Nièvre ou dans ses tournées de conférences et ses collaborations à la presse nivernaise.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article85085, notice ROBLIN Louis-Henri [ROBLIN Pierre, Louis-Henri] , version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 6 octobre 2020.
Arch. Dép. Nièvre.

ŒUVRE : Les Bûcherons du Cher et de la Nièvre. Leurs syndicats (Paris, 1903). — « Les Syndicats ruraux du Cher et de la Nièvre ». (Le Mouvement socialiste, 15 août 1903). — « Le mouvement bûcheron » (Revue socialiste, 1903, t. 1, p. 712). — « Les grèves des bûcherons du Cher en 1891-1892 » (Pages libres, 10 oct. 1903).

SOURCES : Arch. Dép. Nièvre, série M, élections de 1906 et M 732 : élections municipales de Thianges. — A. Dunois, « Le Mouvement bûcheron », Cahiers du Nivernais, mars 1909. — L’Observateur du Centre. — Le Socialiste nivernais. — Le Progrès social du Centre (Souvenirs de J.-B. Dariaux en 1949). — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, Nièvre, op. cit., p. 410. — Notes de Michaël Boudard.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, La France socialiste, op. cit., p. 381.

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