SCHITTERER Robert

Par Pierre Schill

Né le 22 septembre 1913 à Strasbourg (Bas-Rhin annexé), mort le 7 décembre 1985 à Thionville (Moselle) ; ouvrier au dépôt de Basse-Yutz (aujourd’hui Yutz, Moselle) ; résistant ; secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Thionville-Basse-Yutz ; membre du conseil national de la Fédération CGT des cheminots (1951-1956, 1973-1976) ; membre de la commission administrative de l’Union départementale CGT de la Moselle ; membre du bureau de l’Association départementale des anciens FFI-FTPF de la Moselle ; trésorier de la fédération de la Moselle de la FNDIRP.

Issu d’une famille strasbourgeoise de quatre enfants, fils d’un serrurier d’origine allemande, Robert Schitterer perdit son père au début de la Première Guerre mondiale puis sa mère alors qu’il était à peine âgé de dix ans. Il fut placé dans un orphelinat jusqu’à sa majorité et reconnu pupille de la Nation en 1925.

Il suivit un apprentissage pour être électricien, et commença à exercer ce métier dans la capitale alsacienne. Il s’installa en Moselle en 1937 lorsqu’il fut embauché comme ouvrier-ferreur au dépôt de Basse-Yutz de la Société des chemins de fer d’Alsace-Lorraine.

Il milita immédiatement au syndicat CGT des cheminots de Thionville-Basse-Yutz. Il militait déjà depuis le milieu des années trente au Parti communiste. Un nommé Schiterer fut notamment membre, en 1934, du comité central des Jeunesses communistes au titre de l’Alsace-Lorraine. Eugen Fried et Albert Vassart jugeaient alors négativement son travail : « Ne donne pas du tout satisfaction. » Ils demandaient à ce que son travail soit « vérifié ». Il n’apparaît plus ensuite dans l’organe dirigeant des JC. Il s’agit probablement de Robert Schitterer car son frère aîné Henri, membre des Brigades internationales, est né en 1903 et semble donc trop âgé pour être concerné par cette description.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Robert Schitterer fut mobilisé dans l’armée française et son épouse évacuée vers Bordeaux (Gironde). Fait prisonnier à Rethel (Ardennes) en juin 1940, il fut libéré comme Alsacien-Lorrain le 10 juillet 1940 et put rentrer en Moselle alors que le département était une nouvelle fois annexé par l’Allemagne. Robert Schitterer fit partie du groupe de résistance « Mario », le plus important du département de Moselle annexée. Ce groupe affilié au mouvement de résistance communiste Front national avait été mis sur pied, au cours de l’été 1941, par l’instituteur messin Jean Burger, aidé par les cheminots Charles Hoeffel et Georges Wodli. L’activité clandestine de Robert Schitterer lui valut d’être arrêté par la Gestapo le 4 août 1943 à son domicile. Il fut d’abord emprisonné à Thionville puis à Sarreguemines (Moselle annexée) et Sarrebruck (Allemagne) avant d’être déporté au camp de Natzweiler-Struthof (Bas-Rhin annexé) puis au camp de Dachau (Allemagne) où il fut libéré le 29 avril 1945.

Robert Schitterer avait notamment été responsable de l’organisation de groupes de sabotage du réseau ferré et du matériel roulant utilisé par la Reichsbahn. Il assura aussi la distribution de tracts et journaux clandestins et l’hébergement de résistants entrés dans la clandestinité. Il obtint le titre de déporté politique.

Robert Schitterer continua à militer à la CGT et au PC au lendemain de la guerre.

Il se présenta le 23 septembre 1945 aux élections municipales à Basse-Yutz sur la liste de gauche et de la Résistance. Il obtint 1 599 voix 3 676 suffrages exprimés et ne fut pas élu. Il était présent sur la liste au titre de l’Union de la Jeunesse républicaine de France (UJRF), communiste. Il se représenta aux élections municipales d’octobre 1947 sur la Liste d’Union républicaine et antifasciste présentée par le PC. La liste rassembla une moyenne de 1 353 voix sur 3 543 suffrages exprimés contre une moyenne de 2 130 voix pour la liste d’entente communale qui remporta l’ensemble des sièges à pourvoir.
Robert Schitterer fut l’un des animateurs de la grève des cheminots de novembre-décembre 1947 dans le secteur de Thionville et Basse-Yutz. Le 27 mars 1949, il était membre du comité mixte régional de la SNCF.
C’est en janvier 1950 qu’il devint secrétaire général du syndicat CGT des cheminots de Thionville-Basse-Yutz et succéda à Émile Fritsch. Il occupa cette fonction jusqu’à sa retraite. Il siégea au bureau des syndicats de cheminots CGT du 7e secteur de la SNCF. En 1954, il était également membre de la commission exécutive de l’Union des syndicats CGT de cheminots d’Alsace et de Lorraine. Dans les années soixante-dix il fut secrétaire de la section CGT de Yutz des cheminots retraités.

Occupant des responsabilités nationales, il fut membre du conseil national de la Fédération CGT des cheminots de 1951 à 1956, puis de 1973 à 1976 au titre de l’Union fédérale des retraités.

Sur le plan interprofessionnel, Robert Schitterer fut élu à la commission administrative de l’UD-CGT de la Moselle par le congrès départemental de 1963. Il fut élu à la commission des conflits de l’UD par le congrès des 19 et 20 juin 1971 tenu à Thionville.

En 1951, il était l’un des membres du bureau de l’Association départementale des anciens FFI-FTPF de la Moselle. En juin 1964 il était trésorier de la fédération de la Moselle de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP) où il militait depuis les lendemains de la guerre.
En mars 1977, Robert Schitterer fut élu au conseil municipal de Yutz sur la liste d’Union de la gauche qui remporta les élections. Un maire communiste fut élu et il devint adjoint. Au premier tour la liste totalisa 3 422 voix de moyenne sur 8 298 suffrages exprimés contre 2 450 voix à la liste de droite de l’adjoint sortant. Au second tour la liste de gauche remporta l’élection en totalisant 4 622 voix de moyenne sur 8 337 suffrages exprimés contre 3 715 voix à la liste de droite. Il fut réélu aux élections municipales de mars 1983 après le nouveau succès de la liste de gauche qui rassembla 50,2 % des voix dès le premier tour.
Marié le 25 janvier 1936 à Strasbourg avec Marthe Schneider, il fut père de six enfants. Son épouse milita aussi au PC et participa notamment au lendemain de la guerre à la constitution du comité local de Basse-Yutz de l’Union des femmes françaises. Son frère aîné, Henri, fut quant à lui membre des Brigades internationales pendant la guerre civile espagnole.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article8555, notice SCHITTERER Robert par Pierre Schill, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 14 octobre 2020.

Par Pierre Schill

SOURCES : Arch. Dép. Moselle, 76 J 94 ; 151 W 149, 150, 190, 726, 823 et 825 ; 1330 W 265 et 266. — Arch. Dép. Bas-Rhin, 544 D 152. — Arch. Direction interdépartementale d’Alsace du secrétariat d’État à la Défense chargé des Anciens Combattants, fichier du camp de Natzweiler-Struthof (renseignements fournis par Thierry Heidmann). — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Arch. familiales. — Le Républicain lorrain, 25 septembre 1945, 14 et 15 mars 1977, 8 et 14 mars 1983. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Léon Burger, Le Groupe « Mario », une page de la Résistance lorraine, Metz, Imprimerie Louis Hellenbrand, 1965, 194 p. — Dominique Andolfatto, La syndicalisation en France depuis 1945. Annexe : L’Union départementale CGT de la Moselle (de la Libération à nos jours), CERAT, Université Pierre-Mendès-France, Saint-Martin-d’Hères, 1996, 173 p. — Sylvain Boulouque, « Les Jeunesses communistes : structures d’organisation, appareil et implantation », Communisme, n° 76/77, 4e trimestre 2003 et 1er trimestre 2004, p. 8-26. — Renseignements fournis par Frieda Vivarès-Schitterer, sa fille et par Auguste Wagner. — Notes de Jean-Pierre Bonnet. — État civil de la commune de Strasbourg.

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