SCHMITT Émile

Par Léon Strauss

Né le 14 juin 1896 à Marckolsheim (Basse-Alsace, Alsace-Lorraine), mort le 4 février 1977 à Riedisheim (Haut-Rhin) ; sous-chef de bureau ; résistant ; membre de l’Union progressiste ; secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Mulhouse (1936-1939) ; secrétaire général adjoint, puis secrétaire général de l’Union des syndicats CGT de cheminots d’Alsace et de Lorraine (1945-1955).

Fils de Joseph Schmitt, ouvrier, catholique, et de Madeleine Kohler, Émile Schmitt entra aux chemins de fer d’Alsace-Lorraine comme cantonnier à sa sortie de l’école. Peu après, il fut mobilisé pendant la guerre dans la marine de guerre allemande. À son retour, il reprit son activité de cheminot au réseau d’Alsace et de Lorraine, où il fut successivement homme d’équipe, facteur mixte, agent de bureau, employé principal, sous-chef de bureau. Militant du Syndicat des agents des échelles 5 à 10 d’Alsace-Lorraine, il devint, après la réunification de 1935, secrétaire (ou président) du syndicat CGT des cheminots de Mulhouse, qui comptait 3 500 membres. En avril 1939, il envisageait de se présenter à l’élection législative partielle comme candidat de gauche indépendant. Pour ne pas perdre la direction du syndicat où les communistes (majoritaires dans la direction de l’Union des syndicats CGT de cheminots d’Alsace et de Lorraine) et les socialistes désapprouvaient cette candidature de division, il fit machine arrière.
Mobilisé en 1939-1940 dans l’armée française, il rentra à Mulhouse annexée et milita dans le groupe de résistance « Est ». Arrêté en juillet 1942 avec ses camarades, il fut interné au camp de Schirmeck, puis condamné par le Reichskriegsgericht (Tribunal de guerre du Reich) et transféré dans diverses prisons. Le 7 février 1945, le syndicat des cheminots de Mulhouse proposa le nom de l’emprisonné pour faire partie du Comité départemental de Libération du Haut-Rhin. Libéré en avril 1945 de la prison de Bruchsal (Bade), il en fut nommé directeur provisoire par le gouvernement militaire français le jour de sa libération. Le 1er mai 1945, il appela de Bruchsal ses camarades à s’unir et à travailler à la reconstruction de la France. Il fut rapatrié à Mulhouse le 2 juin 1945. À nouveau secrétaire général du syndicat de Mulhouse, il joua un rôle essentiel lors de la grève de novembre 1948. À titre de sanction, il fut muté en mars 1949 comme sous-chef de bureau à l’Entretien à Conflans-Jarny (Meurthe-et-Moselle). Le 17 mai 1949, le sixième congrès de l’Union des syndicats CGT de cheminots d’Alsace et de Lorraine l’élit secrétaire général adjoint pour remplacer Lucien Bonn, démissionnaire. À cette époque, les Renseignements généraux le considéraient comme « un communiste bon teint », alors qu’il semble bien n’avoir jamais adhéré au PCF. Il est vrai que Schmitt, membre de l’Union progressiste, manifesta toujours, et surtout après un voyage en URSS en 1951, un enthousiasme sans bornes pour le régime soviétique. En mai 1950, il remplaça Albert Simbsler comme secrétaire administratif de l’Union et put donc revenir en Alsace comme détaché de la SNCF. Comme tous les permanents cheminots CGT, il perdit le 1er janvier 1951 son traitement SNCF (50 000 francs par mois). Le bureau exécutif de l’USCAL décida le 21 décembre 1950 de le prendre en charge provisoirement, après que la SNCF lui ait accordé sa mise en disponibilité. Cette dépense nouvelle mettait en péril l’équilibre du budget de l’Union. Schmitt continuait à habiter Mulhouse et se lassait de ses voyages quotidiens. Il accepta de retourner à son travail dans un poste plus proche de son domicile. En janvier 1952, il reprit un emploi à la gare de Belfort. Mais, le 8 décembre 1952, à la suite de la démission d’Albert Erb, le conseil d’administration de l’Union lui confia le secrétariat général. Il entra en fonctions le 1er février 1953. En juin 1954, il portait le titre de « secrétaire fédéral chargé de la direction de l’Union d’Alsace et de Lorraine » car la Fédération nationale avait introduit dans la région d’Alsace et de Lorraine, jugée trop particulariste, le statut général. Il représenta l’Union au bureau de la Fédération nationale (CGT) de 1953 à 1956. Il fut directeur du Cheminot, organe de l’USCAL-CGT de novembre 1950 à mars 1952 et de février 1953 à février 1956. Schmitt ne bénéficia jamais, parmi les syndiqués, de la popularité dont avait joui son prédécesseur : ainsi, au comité exécutif du 18 mai 1953, il se plaignit de la mauvaise volonté manifestée par la section CGT de la Traction lors de l’arrêt de travail d’une heure du 30 avril. Ses rapports avec Mohn, secrétaire général de l’Union départementale CGT du Bas-Rhin, furent constamment tendus : Schmitt, arguant du caractère régional de l’Union, se refusait à informer l’UD de ses initiatives. Quant à la direction du PC, elle acceptait difficilement qu’une organisation syndicale aussi importante soit dirigée par un non-communiste. En mai 1955, La Revue des Cheminots CFTC fit allusion au rôle trouble qu’il aurait joué en 1942 comme Kapo (détenu, responsable de chambrée) lors de son internement à Schirmeck. Au même moment, Schmitt fut désavoué par la commission exécutive de l’Union quand il voulut entamer une polémique publique contre Albert Erb au sujet de « l’affaire des chaussures ». Schmitt présenta sa démission à la Fédération. Raymond Tournemaine et Robert Hernio vinrent à Strasbourg du 9 au 15 mai pour mener une enquête. Ils envisageaient alors, après avoir essuyé plusieurs refus, de charger Charles Beauvé de la succession, mais demandèrent à Schmitt de conserver ses fonctions jusqu’au prochain congrès fédéral. Boosz, secrétaire fédéral du PC, se plaignit ensuite d’un article d’une rare violence signé par Schmitt dans Le Cheminot de juin 1955, où ce dernier avait fait l’éloge des méthodes répressives employées en URSS et dans les démocraties populaires et avait préconisé leur emploi à l’égard des militants de la CFTC, cette « engeance de vipères ». Raymond Tournemaine revint à Strasbourg le 13 juin pour tancer Schmitt. Charles Beauvé et Bohn refusèrent de lui succéder. Schmitt fut finalement remplacé lors du congrès national de décembre 1955 par Charles Werling. Il prit sa retraite de contrôleur principal en mai 1956. Il fut alors élu successivement président de la section de Mulhouse, puis de la section du Haut-Rhin de la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes (FNDIRP). Il fut également membre du comité national de cette fédération. Titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre avec palme, il fut nommé en 1976 chevalier de la Légion d’honneur.
Émile Schmitt s’était marié en avril 1926 avec Marie Scheibel à Moosch (Haut-Rhin), puis s’était remarié en avril 1967 avec Élise Lieb à Mundolsheim (Bas-Rhin). Il eut des obsèques religieuses catholiques à Riedisheim.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article8566, notice SCHMITT Émile par Léon Strauss, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 2 décembre 2011.

Par Léon Strauss

SOURCES : Arch. Dép. Bas-Rhin, 544 D 152. — Arch. Fédération CGT des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Dernières Nouvelles de Strasbourg,4 mars 1939. — Der Republikaner, Mulhouse, 12 janvier et 3 mars 1937, 6 mars 1939. — Humanité, Strasbourg, 18 mars1939. — Le Républicain du Haut-Rhin, 12 février, 16 avril, 4 mai et 2 juin 1945. — L’Alsace, Mulhouse, 7 février 1977. — Le Cheminot unifié puis Le Cheminot, Strasbourg, 1945-1956. — Claude Lorentz, La presse alsacienne du XXe siècle. Répertoire des journaux parus depuis 1918, BNU, Strasbourg, 1997. — Notes diverses.

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