TOESCA Louis

Par Madeleine Rebérioux

Professeur à Joigny (Yonne) ; socialiste indépendant.

La personnalité de Louis Toesca est de celles qui renforcèrent, dans la fédération socialiste de l’Yonne, les tendances à l’ouvriérisme et à l’antiparlementarisme. Professeur de philosophie et d’histoire au collège de Joigny, ce Gascon était vice-président de la section jovinienne de la Ligue des droits de l’Homme et, peu connu des populations locales, ne manquait pas pour autant d’ambition.
Il n’était, au début de l’année 1910, inscrit à aucun parti. C’est par des articles dans Le Républicain de Joigny qu’il commença une propagande qui devait le conduire à être candidat « socialiste » aux élections de 1910 où la fédération SFIO avait décidé de ne présenter aucun candidat. Les unifiés disposaient de 2 500 voix. Comment les obtenir sans s’aliéner les autres ? Valait-il mieux se présenter comme socialiste indépendant ou comme unifié ? « M. Toesca, écrivait le préfet en janvier 1910, ne semble pas lui-même encore très fixé sur ce point. »
La décision ne dépendait pas que de lui. Il fallait en particulier trois ans de Parti pour être candidat SFIO. Toesca tenta, tout en se présentant comme indépendant, de s’assurer le soutien public du secrétaire du groupe de Joigny, Narcisse Bénard, qui était en même temps secrétaire fédéral, et celui-ci accepta. Toesca n’obtint pourtant que 2 100 voix.
Il demanda alors son adhésion à la SFIO et celle-ci fut acceptée : l’hervéisme était en perte de vitesse et les tendances électoralistes et réformistes de Toesca plurent à une bonne partie du comité fédéral. Mais à peine devenu membre du Parti, il entreprit de donner un article hebdomadaire payé à L’Indépendant auxerrois, et le premier fut une longue diatribe contre Hervé qui concluait à l’urgence de son exclusion et de celle de ses « coreligionnaires ». C’était sous-estimer l’affection que tous les militants portaient à Hervé et la solidarité élémentaire qui les unissait au « Général » qui venait une fois de plus d’entrer en prison. Le groupe de Joigny exclut Toesca le 10 juin. Il vaut la peine de donner le texte de cet ordre du jour : « Considérant que ledit monsieur a, par son article, voulu insulter et salir un de nos meilleurs militants en la personne du camarade G. Hervé ; considérant que, par cette attitude, tous les socialistes révolutionnaires de Joigny en sont éclaboussés [...] ; considérant que nous avons tous été dupes de ce monsieur qui n’a de socialiste que la façade et a poussé le cynisme jusqu’à entrer dans un groupe socialiste [...], décide de l’exclure du Parti, le considérant indigne du titre de socialiste » : dans l’Yonne avant 1914 le socialisme était d’abord une fraternité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article86037, notice TOESCA Louis par Madeleine Rebérioux, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Madeleine Rebérioux

SOURCES : Arch. Dép. Yonne III M 1/ 302. — Le Républicain de Joigny. — Le Travailleur socialiste.

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