TRANIER Louis

Par Madeleine Rebérioux

Ouvrier tailleur ; militant syndicaliste toulousain.

Il y a quelque chose d’assez ambigu dans la vie militante de Louis Tranier, telle que des documents parfois très précis, parfois excessivement lacunaires permettent de l’atteindre. Cette impression est due, peut-être, à ce que Tranier, dont l’action débuta alors qu’il n’y avait pas de groupe socialiste constitué à Toulouse, n’adhéra finalement à aucun d’entre eux et n’en voulut pas moins maintenir une activité qui ne trouvait plus guère où s’insérer.
Ouvrier tailleur, admirateur de Benoît Malon, Tranier fut un des fondateurs du syndicalisme ouvrier à Toulouse pendant les années 1878-1879. Délégué à l’Exposition universelle de 1878 à Paris comme un certain nombre d’ouvriers toulousains, il le fut aussi à « l’immortel congrès » ouvrier de Marseille en 1879 où il vota avec la majorité collectiviste : mais a-t-il eu pleinement conscience des conséquences de son acte ? En septembre 1882, au congrès de Saint-Étienne, il vota avec Brousse contre les guesdistes par tendance profondément antiautoritaire. On le retrouve, délégué des syndicats ouvriers de Toulouse au congrès de la FTSF à Paris (1883). Il se vantera plus tard (dans La Cité, 24 décembre 1905) d’être l’ami d’Allemane et de Fournière, mais il n’adhérera jamais ni au POSR, ni au Parti socialiste indépendant.
Il avait pourtant, en 1880, fondé le premier groupe d’études sociales toulousain, longtemps le seul jusqu’à ce que grandisse en 1888 l’union républicaine socialiste de De Fitte. Mais, dès 1883, il se lia étroitement aux radicaux. Candidat « ouvrier » aux élections municipales de 1884, il orienta cependant de plus en plus son groupe vers la rupture avec les radicaux, puis vers l’anarchisme. Aux élections municipales de 1888, il fut candidat sur une liste radicale-socialiste hostile à la liste officielle du Parti dite des « quatre cantons » et il obtint 1 300 voix. En juillet 1888, son groupe prit le nom de « groupe d’études sociales des libertaires ». En 1889, il organisa une série de conférences de Sébastien Faure jusqu’à Foix et Pamiers. Il était en 1890 le principal propagateur d’un socialisme libertaire.
Son influence dans le milieu toulousain déclinait. En 1891, candidat à représenter la Bourse du Travail au congrès international des Bourses à Bruxelles, il fut totalement battu : le vrai duel opposa le blanquiste De Fitte, vainqueur de peu, et le guesdiste Danflous. On le retrouve pourtant candidat aux élections municipales en mai 1896 sur la liste socialiste où il obtient plus de 3 200 voix, puis, en novembre (après la dissolution du conseil municipal), sur la liste dissidente du « congrès républicain socialiste », celle des militants qui avaient refusé l’entente avec les radicaux. Il tombe alors à 1 261 voix, preuve que sa popularité personnelle comptait peu à côté de l’urgence qu’il y avait à battre les mélinistes. En 1897 pourtant, il fit partie avec Altroff, Aché et Granier, du comité de soutien avec le mouvement philhellène.
Il faut se garder de le confondre avec le docteur Tranier, plusieurs fois adjoint au maire à cette époque, dans les municipalités radicales. Louis Tranier perdit d’ailleurs, et de plus en plus, toute audience auprès des socialistes. En 1904, ceux-ci iront jusqu’à lui reprocher de se faire, au bureau du conseil des Prud’hommes, l’homme des patrons et, en décembre 1905, d’avoir accepté les palmes académiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article86083, notice TRANIER Louis par Madeleine Rebérioux, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Madeleine Rebérioux

SOURCES : Arch. Dép. Haute-Garonne. 4 M 106 et 107. — J. Pradelle, Historique de la Bourse du Travail de Toulouse (Voir Pradelle). — N. Dyonet, Le Socialisme à Toulouse, de 1878 à 1893, DES Toulouse, 1963. — La Dépêche, 1884-1904. — La Cité, 20 décembre 1905.

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