FABRE Auguste, Marie

Par Jacques Gans, Jean Gaumont

Né le 5 février 1839 à Uzès (Gard), mort à Genève, le 26 décembre 1922 ; filateur de soie ; fabricant d’instruments agricoles ; philanthrope ; socialiste ; coopérateur.

Fils d’un pasteur fouriériste, orphelin de bonne heure, il fut mis en pension à Nîmes dans un établissement privé qu’il quitta très vite pour raisons de santé. Confié alors à un de ses fermiers à Aubussargues, à quelques kilomètres d’Uzès, Fabre y vécut en paysan, « couchant l’été au grenier ou à l’air, l’hiver à l’étable ou à la bergerie » (L’Émancipation, janvier 1923, article par J. Antonin et Ch. Gide). Il pêcha, chassa, lut avec passion les livres fouriéristes de son père. Il revint à Uzès et, à sa majorité, reprit une filature de soie, héritée de sa famille. Il songea à se rendre aux États-Unis pour étudier les expériences des communautés socialistes. Son correspondant mourut au moment où il allait partir ; de plus les événements de 1870 contribuèrent à modifier ses projets. Après la guerre, en 1872, se rendant compte qu’il ne pouvait lutter contre les soyeux de Lyon, il liquida son entreprise et quitta Uzès pour Nîmes où il établit un atelier d’instruments agricoles. Dans cette ville, il s’occupa d’abord d’œuvres d’instruction et d’éducation : Sou des Écoles, Ligue de l’Enseignement. Il fonda aussi, avec quelques ouvriers, ce qu’on nommait à Nîmes une « chambrée » ; petite réunion de camarades qui, le soir, causaient des événements politiques et sociaux et il donna à cette chambrée le nom de « La Solidarité » (1876). Sur cette société d’éducation il greffa une société coopérative de consommation qui prit le même nom (1878). À cette époque, André Godin, disciple de Fourier, ancien maire de Guise, et ancien député, se proposait de transformer son usine de fonderie en une association en participation ouvrière sous le nom de « Familistère » (1879) : « Vous connaissez mes projets, lui écrivit Godin. Pour les réaliser, il me faut un collaborateur expérimenté et convaincu. Or de tous ceux que je connais, vous êtes celui avec qui je suis en pleine communion d’idées et de sentiments. Voulez-vous être ce collaborateur ? » C’est ainsi que Fabre devint le conseiller de Godin et travailla à l’usine comme ouvrier et comme sous-directeur économe, se préoccupant le soir de la rédaction des statuts. Le 5 décembre 1880, il devenait l’un des premiers associés coopérateurs (Voir Familistère illustré, p. 65, reproduction du Fo 32 du Grand-Livre). Fabre demeura associé jusqu’en 1889.

En 1883, ayant terminé sa tâche d’organisation de l’Association coopérative ouvrière, il revint à Nîmes où, jusqu’en 1910, il allait se consacrer uniquement à la propagande de ses idées coopératives. C’est alors qu’il se lia avec E. De Boyve et que sa société « La Solidarité » fusionna avec la société de De Boyve « l’Abeille nîmoise » (1884). Par la suite il fut avec De Boyve, en 1887, l’un des secrétaires de la Chambre consultative des coopératives du Gard et de l’Hérault. En 1889 l’un et l’autre, avec Charles Gide, entrèrent au Comité central de l’Union coopérative et Fabre y demeura jusqu’en 1912 où, l’unité coopérative étant réalisée, il se retira de tout poste en vue dans le mouvement pour laisser la place à plus jeunes que lui. Il devait mourir à Genève, chez sa fille, en 1922.

Avant 1870, à Uzès, il avait connu Charles Gide, fils du président du tribunal civil, alors étudiant sur qui il exerça une grande influence.
Gide s’est exprimé ainsi sur Fabre : « Quoique appartenant à la bourgeoisie, il n’avait pas du tout l’esprit bourgeois et même affectait un dédain parfois excessif pour ses usages : c’était ce qu’on appelle un excentrique, curieux de tout ce qui était un peu extraordinaire. Il était passionné de tout ce qui se passait en Amérique, ce qui à cette époque était un peu moins banal qu’aujourd’hui... » Ch. Gide, l’École de Nîmes pp. 20, 21.

Fabre eut le premier l’idée d’illustrer ses conférences par des projections, et il avait constitué une assez riche collection de clichés sur verre qu’il prêtait pour la propagande.

Collaborations : Il écrivit des articles dans l’Émancipation et dans les Almanachs coopératifs où il s’appliquait surtout à décrire le Familistère de Guise et son organisation du travail.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article86686, notice FABRE Auguste, Marie par Jacques Gans, Jean Gaumont, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 27 juin 2014.

Par Jacques Gans, Jean Gaumont

ŒUVRE : Deux petits ouvrages sur l’œuvre de Robert Owen : Deux épisodes de la vie de Robert Owen, Nîmes, 1894 (Bibl. Nat. Nx 2416) et Un Socialiste pratique, Robert Owen, Nîmes, 1896, préface par Ch. Gide. Citons aussi : La Coopération dans les Îles-Britanniques, Paris, 1906. — La Société coopérative suisse de consommation de Genève, Nîmes, 1910. — Un ingénieur social, Jean Edme Leclaire, Nîmes, 1906.

SOURCE : Le Coopérateur de France, 4 février 1939.

ICONOGRAPHIE : J. Gaumont, Histoire de la coopération, op. cit., t. II.

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