FARRAS Charles

Par Jean Sagnes

Né et mort à Agde (Hérault) : 18 août 1852-6 mars 1929 ; socialiste et syndicaliste.

Charles Farras, ouvrier agricole républicain, s’engagea dans l’action politique en 1898 au moment où la République subissait l’assaut de la droite militariste et cléricale. Le 11 juin 1898, il devenait secrétaire du « Comité de défense républicaine » d’Agde dont Honoré Muratet était président.

Avec Muratet, Farras fut un des fondateurs de L’Étincelle, d’abord organe de défense républicaine, puis organe socialiste, hebdomadaire paraissant à Agde.

En janvier 1899, Farras et ses amis adhéraient au Parti ouvrier français de Jules Guesde. Farras fut le secrétaire du groupe local du POF. En juin de la même année, il créait à Agde le syndicat des ouvriers agricoles, ce qui lui valut d’être renvoyé par son patron cinq mois plus tard.

Les années 1898-1900 furent, pour le groupe de L’Étincelle, des années d’intense activité. Farras et ses amis dirigèrent des grèves importantes, menèrent une campagne virulente et efficace contre la municipalité réactionnaire et apportèrent un soutien décisif à la liste radicale qui fut élue le 6 mai 1900.

La ligne politique suivie par les socialistes agathois était celle du Bloc des Gauches. Leurs liens avec les radicaux étaient très étroits. Comme la plupart des socialistes héraultais, les socialistes d’Agde étaient millerandistes. Aussi Farras put-il devenir dès avril 1900 le correspondant du journal radical Le Petit Méridional et, en mai 1900, au lendemain de la victoire des radicaux aux élections municipales, secrétaire de mairie.

À la suite du congrès de la fédération socialiste de l’Hérault (POF) qui se tint à Agde le 1er juillet 1900, Charles Farras fut élu au poste de secrétaire de cette fédération, alors en complet désaccord avec la direction nationale du POF sur le millerandisme. Au congrès d’Agde, la question de l’autonomie de la fédération fut même posée.

Le désarroi des socialistes héraultais était tel que la quasi totalité des groupes cessèrent toute activité. Farras ne tenta aucune action pour redonner vie à la fédération dont il avait la charge, bien au contraire, et peu à peu celle-ci s’éteignit « de sa belle mort » (Cl. Willard). Lorsque, le 31 août 1902, les groupes socialistes de l’Hérault se réunirent à nouveau à Cette, ce fut la scission. La plupart des groupes, dont celui d’Agde avec Farras, fondèrent la fédération socialiste autonome et indépendante, la minorité créant une fédération socialiste révolutionnaire adhérant au Parti socialiste de France (USR).

De 1900 à 1902, Farras avait reporté toute son activité sur le syndicalisme et, surtout, sur le soutien politique sans réserve aux radicaux lors de chaque compétition électorale.

Au lendemain des élections municipales de mai 1900, la nouvelle municipalité avait créé une Bourse du Travail dont Farras était devenu le secrétaire. L’existence de cette Bourse du Travail ainsi que l’appui de la municipalité facilitèrent la création de nombreux syndicats. Sous la direction de Farras, le syndicalisme agathois prit une coloration nettement réformiste. À Béziers en 1903, à Narbonne en 1904, il représenta les syndicats viticoles et agricoles d’Agde aux 1er et 2e congrès de la fédération des Agricoles du Midi. Il fut également délégué aux XIIIe et XIVe congrès nationaux corporatifs — 7e et 8e de la CGT — tenus respectivement à Montpellier, septembre 1902, et à Bourges, septembre 1904.

En 1901, Farras et le maire radical-socialiste avaient fait reparaître L’Étincelle pour soutenir les candidats radicaux aux diverses élections : cantonales en 1901, législatives en 1902, municipales en 1904.
Au sein de la fédération socialiste autonome, Farras se classait alors nettement à l’aile droite. Pour les socialistes du PS de F (USR), il n’était plus qu’un « cumulard » et un « pseudo-socialiste ». Au lendemain des élections municipales de 1904 qui virent pourtant un nouveau succès de la liste radicale dans laquelle se trouvaient plusieurs socialistes, Farras, dont le crédit était fortement entamé en ville, dut donner sa démission de secrétaire de mairie.
Lorsqu’en juillet 1904, les socialistes autonomes de l’Hérault présentèrent leurs propres candidats aux élections sénatoriales contre la liste radicale, Farras provoqua le retrait du groupe socialiste d’Agde de la fédération autonome et son adhésion à la fédération radicale créée peu de temps auparavant par le député de la 1re circonscription de Béziers (Béziers-Agde), Louis Lafferre.

En 1905, Farras abandonna la direction de la Bourse du Travail d’Agde et fut remplacé par Louis Hilaire qui eut lui-même pour successeur, en janvier 1912, J. Félix.

Charles Farras ne joua plus aucun rôle syndical ou politique. Il mourut à Agde en 1929.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article86731, notice FARRAS Charles par Jean Sagnes, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 4 mai 2013.

Par Jean Sagnes

SOURCES : L’Étincelle, 1898-1904. — Le Socialiste de l’Hérault, 1903-1904. — L’Action socialiste, 1904. — Cl. Willard, Les Guesdistes, op. cit. — Comptes rendus des congrès syndicaux. Encyclopédie du Mouvement syndicaliste, Paris, 1912, Bibl. Nat. 8° R 26 254. Le nom est orthographié Farron.

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