FIÉVET Eugène, Antoine

Par Justinien Raymond

Né et mort à Caudry (Nord) 17 février 1867-30 avril 1910 ; ouvrier tulliste, puis négociant ; militant syndicaliste, socialiste et coopérateur ; maire de Caudry ; conseiller général ; député du Nord.

Issu d’un foyer d’ouvrier tulliste, Fiévet était le second d’une famille de sept enfants. Il avait cinq ans quand il perdit son père et resta, avec les siens, dans une profonde misère. Il ne put fréquenter longtemps l’école : à dix ans, il était au travail à l’usine et devint à son tour ouvrier tulliste. Il fut un des fondateurs du syndicat des tullistes et similaires (novembre 1890) qui souffrit d’une grève perdue en 1891 et se transforma en syndicat des (seuls) ouvriers tullistes en dentelles. Il assura le secrétariat du syndicat des tullistes de Caudry et, à sa tête, obtint des hausses de salaires et la promesse du patronat de n’employer que des ouvriers syndiqués. Fiévet participa également à la création de la Confédération internationale des ouvriers tullistes (1900-1902) et assista à ses congrès de Caudry (1904) et de Calais (1908).
Le 30 novembre 1902, Fiévet présida l’assemblée constitutive de la société coopérative des ouvriers tullistes « La Candrésienne ». Jusqu’à sa mort il appartint à sa commission de surveillance.
Fiévet rejoignit le mouvement socialiste dès que le POF prit son essor dans le Nord. Il fonda à Caudry le groupe « l’Avant-garde » en 1890. En 1892, il mena sa première bataille électorale et, à vingt-cinq ans, fut élu conseiller municipal. Démissionnaire en 1894, il fut battu. Mais en 1900, ayant triomphé en tête d’une liste socialiste, il devint maire de Caudry. Quatre ans plus tard il fut élu conseiller général, comme « socialiste indépendant » : il avait quitté le POF. Il adhéra à l’unité en 1905. En 1906, dans la 2e circonscription de Cambrai, sur 26 993 inscrits il obtint 8 694 voix et fut élu député au scrutin de ballottage. Il conserva toujours ces trois mandats.
Sans travail après la grève, cependant victorieuse, de 1898, Fievet s’était fait débitant de boissons, puis marchand de chaussures car il lui fallait assurer la vie d’un foyer de six enfants. Mais il ne cessa pas d’aider à la vie des syndicats des tisseurs à la main du Cambrésis. Il leur était dévoué jusqu’à l’abnégation et préférait manquer une séance du Parlement plutôt qu’une réunion syndicale. Socialiste « modéré » (l’Humanité, 1er mai 1910), il accordait la priorité aux réalisations quotidiennes tangibles. Mais il était bien loin de négliger ses devoirs d’élu et participait à la vie de son parti. Il fut un des délégués de la fédération du Nord au congrès du POF à Roubaix (1901), à ceux de la SFIO à Limoges (1906), à Toulouse (1908) et à Saint-Étienne (1909).
Une enfance de privations et de labeur, une longue activité de militant et d’élu ajoutée aux soucis d’une famille nombreuse eurent raison de la santé de Fiévet. Les poumons atteints, le cœur malade, il était cloué au lit et ne put paraître dans aucune réunion publique au cours de la campagne électorale pour les élections législatives de 1910. Malgré ses 10 844 voix sur 27 617 inscrits, au premier tour, il fut battu au scrutin de ballottage.
Il ne survécut que quelques jours à cette défaite électorale. Son buste, payé par souscription publique, fut érigé en 1911, en présence de Jaurès, sur la place qui porte son nom.
Voir Plet E. et Sandras H. avec qui il avait formé « La Trinité socialiste » du Cambrésis.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article86862, notice FIÉVET Eugène, Antoine par Justinien Raymond, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. Dép. Nord, M 39, M 154, M 159, M 598, M 625, M 1593. — État civil de Caudry. — Paul Louis, Le Parti socialiste en France, pp. 28-29. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes I, op. cit., pp. 417 et 418-455-456. — L’Humanité, 1er mai 1910.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, op. cit., p. 409.

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