FITTE (DE) Charles

Par Madeleine Rebérioux

Né le 27 août 1857 à Soucy (Lot-et-Garonne ?) ; mort à Toulouse (Haute-Garonne) le 23 avril 1893 ; typographe ; militant socialiste toulousain.

Fondateur du blanquisme à Toulouse, Charles De Fitte était le fils d’un père noble et ruiné, descendant de pauvres sires gascons, et d’une mère d’origine roturière. Restée veuve encore jeune, elle dut se placer comme gouvernante auprès de vieilles dames infirmes, dans la région de Toulouse, et ne put s’occuper du petit Charles qui ne fréquenta sérieusement aucune école.
Tôt révolté contre la société, libre penseur indomptable, le jeune homme fit son service militaire au 9e régiment de chasseurs d’Auch et, devenu maréchal des logis, fut à plusieurs reprises cassé ; motif le plus retentissant, s’il faut en croire la tradition familiale : avoir grimpé à cheval les marches de la cathédrale d’Auch. Son service fini, Charles De Fitte, qui avait appris le métier de typographe, partit en 1880 chercher du travail à Paris. C’est là qu’il se lia avec un certain nombre de militants révolutionnaires, fit partie de l’équipe qui composait L’Intransigeant de Rochefort et connut Chauvière.
À son retour à Toulouse en 1885-1886, sa vie prit le chemin qu’elle devait conserver jusqu’à sa mort précoce. Marié, bientôt père de deux petites filles, il adhéra en 1886 à la Société de libre pensée et à l’actif cercle radical-socialiste, mais il ne s’en contenta pas. Dès la fin de 1887 ou le tout début de 1888, il fondait l’Union républicaine socialiste dont l’emblème, une bannière rouge, proclamait : « Vive la Révolution sociale ! ». Aux élections municipales de 1888, le groupe marcha en accord avec le Cercle radical et De Fitte fut élu conseiller municipal, ainsi que trois autres candidats « ouvriers ». La séparation d’avec les radicaux survint sans nulle insulte et après un vote largement majoritaire à l’intérieur du groupe, en octobre de la même année. L’Union républicaine socialiste pouvait apparaître comme l’aile avancée, quoique certes détachée, du parti radical.
Pourtant, quoiqu’il travaillât depuis le 1er avril 1890 à la Dépêche, De Fitte, très combatif, et un brin ouvriériste, se séparait nettement au conseil municipal du maire, Ournac. Il se battait en particulier pour qu’à partir de 1890 une subvention fût accordée à la jeune Bourse du Travail, pour l’envoi d’une délégation à l’Exposition de Paris en 1889, contre le renouvellement de la subvention au théâtre du Capitole et à l’Académie de législation, fleurs à ses yeux un peu trop fanées de la culture aquitaine et, après Fourmies, pour que toute la lumière soit faite et que soient publiquement dénoncées les responsabilités du ministère de l’Intérieur.
Après une brève tentation boulangiste (aux élections législatives de septembre 1889, candidat de l’Union socialiste dans la 2e circonscription de Toulouse où il recueillit 745 voix au premier tour, il fit campagne au second pour le boulangiste Susini contre Constans, ministre de l’Intérieur), il revint à ses analyses antérieures. On n’a pu encore retrouver aucun exemplaire de l’hebdomadaire La Révolution sociale, qu’il avait fondé en juillet 1889, mais on a conservé une partie de L’Avant-garde républicaine socialiste fondée par lui en septembre 1891 et qui vécut jusqu’en mai 1892. Il se rapprochait de plus en plus des blanquistes : le 20 juin 1891, il fondait avec ses amis de l’Union socialiste le « groupe républicain socialiste blanquiste ». Au congrès international des Bourses du Travail de Bruxelles, il rencontrait Chauvière et Vaillant, ce qui le décidait en octobre à faire adhérer officiellement son groupe au Comité Révolutionnaire Central.
Rien d’étonnant, dans ces conditions, que Chauvière et Landrin, comme en fait foi leur correspondance, aient compté sur lui pour animer une Ligue du Midi blanquiste. La mort de De Fitte à trente-six ans, en 1893, alors qu’il avait été réélu un an avant au conseil municipal, fit avorter ce projet. En sa personne disparaissait un véritable leader révolutionnaire toulousain dont l’audience auprès de ses compatriotes avait été à la fin de sa vie plus grande que celle de quiconque. Ses obsèques, drapeau rouge en tête, furent suivies par plus de 2 000 personnes. Sa vie et sa mort impressionnèrent profondément Jaurès qui l’avait connu au conseil municipal : « Il avait, écrivit-il à Heuillet, une merveilleuse spontanéité, la décision prompte, l’élan et la vivacité de l’esprit et le pittoresque de la parole et de la pensée qui, dans notre Midi, eût beaucoup servi à la propagation de nos idées. Surtout (et c’est par là que son exemple peut être proposé) il vivait depuis quelque temps d’une vie intérieure, d’une vie de pensée toujours plus absorbante et plus ardente... » (lettre du 26 avril 1893 publiée dans Europe n° d’octobre-novembre 1958, p. 160). En février 1894, le syndicat des tailleurs déléguera Mme De Fitte à la Bourse du Travail et le nom de De Fitte sera donné par la première municipalité socialiste de Toulouse, en mars 1906, sur le rapport de son ami, le maçon Charles Bousquet, aux grandes allées du quartier Saint-Cyprien.
« Charles De Fitte, déclara Bousquet, cela indique dans notre Parti toute une vie de désintéressement et de lutte, un précurseur de nos doctrines dans notre ville. Il eut constamment à combattre d’ineptes préjugés qui montraient le socialisme comme un espèce de loup-garou (...). Son enthousiasme et son ardeur, bien toulousains, firent de nombreux disciples » : c’était l’exacte vérité.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article86876, notice FITTE (DE) Charles par Madeleine Rebérioux, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Madeleine Rebérioux

SOURCES : Arch. Dép. Haute-Garonne, M 100, 101 et 102. — Témoignage et documents de la fille de De Fitte, Mme Bassat. — N. Dyonet, Le Socialisme à Toulouse de 1878 à 1893, DES Toulouse, 1963. — M. Rebérioux, « Jaurès et Toulouse, 1890-1892 », Annales du Midi, juillet 1963. — Europe, oct. nov. 1958. — L’Avant-garde républicaine socialiste, 27 septembre 1891-mai 1892. — Bulletin municipal de Toulouse, 1888-1893. — La Cité, 8 avril 1906.

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