FONSEGRIVE George [LESPINASSE-FONSEGRIVE Pierre, dit). Pseudonyme Yves LE QUERDEC

Par André Caudron

Né le 19 octobre 1852 à Saint-Capraise-de-Lalinde (Dordogne), mort en mars 1917 à Paris ; professeur, philosophe, romancier ; catholique social ; militant démocrate chrétien, directeur de La Quinzaine (1896-1907).

D’une famille de petite bourgeoisie terrienne du Périgord, celui-ci qui se fit connaître sous le nom de George Fonsegrive était le fils unique d’un maître d’école. Elève du petit séminaire de Bergerac, il fréquenta peu de temps le grand séminaire de Périgueux (1870), essaya des études de pharmacie et enfin se dirigea vers la philosophie, tout en travaillant successivement — car les siens étaient pauvres — comme instituteur adjoint à Mussidan, répétiteur, professeur aux collèges de Bergerac et de Blaye. Les « bien-pensants » lui reprochèrent ces postes dans des établissements de l’État. Agrégé de philosophe en 1880, il enseigna dans différents lycées : Montauban, Pau (1884), Angoulême (1885), Bordeaux (1887), Buffon à Paris de 1889 à sa mort. Jugé « progressiste » par les catholiques, il était « clérical et moyenâgeux » pour les milieux universitaires. Lorsqu’il fut désigné pour une chaire au Collège de France, Léon Bourgeois, ministre de l’Instruction publique, refusa de signer sa nomination, sous la pression, dit-on, de Renan.

Ses premières oeuvres, un Descartes (1882), un François Bacon (1883), suivies d’ouvrages de métaphysique, Essai sur le libre arbitre (1887) et La Causalité efficiente (1893), révélèrent un philosophe à la fois passionné de logique et adversaire du déterminisme. Ses Éléments de philosophie, manuel en deux volumes, seront réédités plusieurs fois. Il publiera encore des Essais sur la connaissance en 1909, mais les préoccupations politique, sociales et morales allaient l’emporter dans sa production écrite. Le 1er avril 1896, il prit la direction de La Quinzaine, fondée en 1894 par le poète Paul Harel, et voulut en faire une publication « destinée à acclimater les catholiques français ». Cette « grande revue littéraire, philosophique et sociale du catholicisme social et de la Démocratie chrétienne », selon les termes de Georges Hoog, mit en relief les talents de polémiste de Fonsegrive et son « refus de l’immobilisme conservateur ». Elle lui assura une influence considérable auprès des jeunes catholiques de sa tendance ; elle lui valut aussi les foudres des intégristes, avant de disparaître le 1er avril 1907. L’année suivante, Fonsegrive publiait Regards en arrière, bilan de ses années à la tête de La Quinzaine.

Celui-ci, en fait, utilisait depuis longtemps un autre canal de diffusion de ses idées. Il s’était fait « romancier social ». Dès 1894, sous le pseudonyme d’Yves Le Querdec, choisi pour ce genre de livres, il avait publié les Lettres d’un curé de campagne, suivies des Lettres d’un curé de canton (1895) et du Journal d’un évêque (1896). La série mérita les encouragements du cardinal Rampolla, secrétaire d’État de Léon XIII. Maurice Barrès vit « un fils spirituel des ecclésiastiques balzaciens » dans le curé de Fonsegrive qui découvrait la lutte des classes, la pauvreté, l’insalubrité du travail, l’insuffisance des salaires, le chômage, et créait des oeuvres ouvrières. « Précieuse chronique d’une crise et d’un renouveau » (Georges Goyau), ces fictions proches de la réalité eurent un grand retentissement chez les « abbés démocrates ». Deux volumes de la même veine se sont adressés plus spécialement aux laïcs : Le Fils de l’Esprit (1905) et Le Mariage du docteur Ducros (1916).

Travaillé par l’espoir de « réconcilier l’Eglise et le siècle », Fonsegrive dut enregistrer l’échec politique des catholiques au début du siècle, échec attribué à l’obstination des vieux monarchistes et de l’Action française. En contrepartie, il s’efforça de mobiliser ses coreligionnaires pour « une action sociale généreuse ». Face à la déchéance de la noblesse et à l’inconstance de la bourgeoisie, il écrivait : « Seul le peuple a des réserves intactes d’énergie vitale et ces réserves sont immenses. Il devint l’une des cibles de Mgr Charles Turinaz, évêque de Nancy, pourfendeur des « modernistes », de l’abbé Emmanuel Barbier dans sa revue La Critique du libéralisme et de Mgr Henri Delassus dans la Semaine religieuse de Cambrai. Ces attaques ne l’empêchaient pas d’être aussi un homme d’action, disponible à tous les efforts d’organisation des démocrates chrétiens.

Orateur des congrès de l’ACJF en 1897 et 1898, il appuyait en même temps les débuts du Sillon dans la crypte du collège Stanislas. Dès juillet 1899, il ouvrait les colonnes de La Quinzaine à Marc Sangnier qui put exposer ses projets pour la première fois au-delà d’un cercle d’amis. Fonsegrive était assidu aux banquets et congrès des groupes de son courant de pensée. Il favorisa le lancement des Instituts populaires. Collaborant à la Démocratie de Marc Sangnier, il était à ses côtés en 1907 pour les tentatives de développement du « Plus grand Sillon », avec le pasteur Edouard Soulier, président des Unions chrétiennes de jeunes gens de Paris, qui avait été son élève, et Albert Nast, avocat libre penseur. Fonsegrive, père de sept enfants, fut considéré comme un maître et un guide par une génération de démocrates chrétiens.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article86914, notice FONSEGRIVE George [LESPINASSE-FONSEGRIVE Pierre, dit). Pseudonyme Yves LE QUERDEC par André Caudron, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 2 août 2021.

Par André Caudron

ŒUVRE : Catholicisme et démocratie (1896), Catholicisme et vie de l’esprit (1898), La Crise sociale (1901), Mariage et union libre (1904, couronné par l’Académie française), Catholicisme et libre pensée (1905), Morale et société (1907), L’État moderne et la neutralité scolaire (1911), Art et pornographie (1911), Kultur et civilisation (1916), L’Évolution des idées dans la France contemporaine, de Taine à Péguy (1917), etc. Collaborations : Revue philosophique, Annales de philosophie chrétienne, Grande Encyclopédie, Revue des deux mondes, Le Correspondant, l’Univers, Le Monde, etc.

SOURCES : G. Aubray, « George Fonsegrive », Le Correspondant, 25 février 1907 — Robert Cornilleau, De Waldeck-Rousseau à Poincaré, Paris, Spes, 1917 — « George Fonsegrive », Cahiers de la Nouvelle Journée, n° 11, 1928, 213 p. — Paul Archambault, George Fonsegrive, collection « Les Maîtres d’un génération », Paris, Bloud et Gay, 1932 — Catholicisme, IV, 1956 (R. Hamel) — Dictionnaire de biographie française, XIV, 1979 (L.-A. Maugendre) — Georges Hoog, Histoire du catholicisme social en France, Paris, Domat, 1946 — Ernest Pezet, Chrétiens au service de la Cité, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1965 — Jeanne Caron, Le Sillon et la Démocratie chrétienne, Paris, Plon, 1966.

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