FOUGEROUSSE Auguste

Par Jacques Gans, Jean Gaumont

Né le 5 septembre 1838 à Oullins (Rhône) ; mort à Maurepas (Seine-et-Oise), le 12 mars 1917 ; entrepreneur de travaux publics ; écrivain social ; administrateur de sociétés coopératives.

On ne sait rien de la jeunesse de Fougerousse. Il vint résider à Paris où il dirigeait une entreprise de travaux publics et c’est à l’âge de quarante-sept ans que commença son rôle coopératif. Désireux d’être « un bon patron », un « patron social », il avait, depuis le 1er juin 1877, appliqué à ses ouvriers et employés ses théories sur le « paternalisme » de l’employeur, désireux de remplir son devoir chrétien et social. Catholique pratiquant, il s’était intéressé aux études de l’école catholico-sociale de Le Play. Lui-même, qui allait publier un certain nombre de travaux sur des sujets techniques ou sociaux, sera membre de la Société internationale des études pratiques d’économie sociale et même son secrétaire général adjoint en 1882. De tendance beaucoup plus réalisatrice et pratique que l’école orthodoxe, collaborant en outre à l’Économiste français, dirigeant lui-même un petit bulletin plus religieux que celui de l’école officielle, Fougerousse participait également de façon très active depuis plusieurs années au mouvement des sociétés de Crédit populaire, mutuel et coopératif du type très répandu déjà des Banques populaires Schulze-Delistzsch, en relation d’idées avec le RP de Besse, le créateur des caisses de crédit populaire.
En 1885, au moment où de Boyve convoquait les Sociétés coopératives françaises au premier congrès national, en vue de la création d’une « Union », Fougerousse publiait une petite étude sur l’Usine de M. Piat, institution de prévoyance et de participation aux bénéfices. Il venait aussi d’être cofondateur, dans le VIe arr. de Paris qu’il habitait, d’une petite société de consommation : « La Ménagère coopérative ».
Le congrès de 1885, auquel Fougerousse avait assisté, créa deux organismes, une chambre consultative et une chambre économique ; Fougerousse se vit attribuer le poste le plus important, à savoir le secrétariat général commun à ces deux chambres. Il demeura quatre ans à ce poste et y fit preuve de qualités exceptionnelles. Il fit vivre les deux chambres sans budget, sans ressources fixes, quatre ou cinq douzaines de petites sociétés seulement adhérant sur le papier. Malgré les tâches de sa profession, malgré certaines tâches accessoires résultant de fonctions bénévoles qu’il assumait dans diverses œuvres, il réussit, seul ou à peu près, le trésorier habitant Nîmes, à créer, rédiger et faire paraître son petit journal Les Coopérateurs français, à réunir quatre congrès nationaux, à fonder et à faire vivre le premier Magasin de Gros, à prendre part à l’activité de nombreuses sociétés, à créer une Union des coopératives et des syndicats agricoles, etc...
Mais en 1887, Fougerousse, qui avait pris ombrage de la fondation par De Boyve et ses amis de Nîmes du petit journal l’Émancipation considéré par lui comme une tribune rivale, montrait des signes de mécontentement. Il avait été mis en échec au congrès de Lyon de 1886 à propos de l’admission de la coopérative du Val-des-Bois des établissements Harmel, société exclusivement catholique et patronnée par le cardinal Langénieux, archevêque de Reims ; il le fut de nouveau au congrès de Tours en 1887, les tendances de Fougerousse et de ses amis étant perpétuellement en conflit avec les tendances plus révolutionnaires des Nîmois et des Parisiens. S’ajoutaient à cela des rivalités matérielles entre le syndicat parisien, groupement d’achats des sociétés de la région parisienne, et le Magasin de Gros de l’Union. Le conflit s’envenima encore en 1888 et lors du congrès national et international de 1889. Estimant ne pouvoir maintenir le mouvement dans la ligne qu’il lui avait donnée, Fougerousse démissionna. Conservant son journal Les Coopérateurs français, appuyé par certaines sociétés de l’Est et par certaines personnalités, il crut pouvoir fonder un nouveau mouvement, mais il échoua. À partir de ce moment, tout en conservant une certaine activité sociale, et même coopérative dans les sociétés de mutualité, de crédit populaire et de coopération agricole, il cessa de participer à la coopération de consommation.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article86961, notice FOUGEROUSSE Auguste par Jacques Gans, Jean Gaumont, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Jacques Gans, Jean Gaumont

ŒUVRE : Théorie et calcul des rapports financiers établis entre l’État et les six grandes compagnies de chemin de fer français, Paris 1876. — Patrons et ouvriers de Paris, étude présentée au congrès des institutions de prévoyance en juillet 1878, Chaix, 1880. — Les Lunetiers de Paris, Association ouvrière de production, 1882. — « La Mine au Mineur » (monographie des mines de Rancié, Ariège), publié dans le Bulletin de l’Économie sociale de Le Play, Paris, 1883. — L’Usine de M. Piat, Institution de prévoyance et participation aux bénéfices, Paris, 1885.

SOURCES : Comptes rendus de congrès. — La Coopérateur de France, 17 septembre 1938. — J. Gaumont, Histoire de la coopération, op. cit., t. II.

ICONOGRAPHIE : CHS Paris I. — J. Gaumont, op. cit., t. II.

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