FUTIN Charles

Par Madeleine Rebérioux

Né à Tournus (Saône-et-Loire) le 13 juillet 1866), mort le 26 septembre 1921 ; militant libertaire, puis socialiste.

« À la fois radical pur sang, hervéiste, anarchiste et encore socialiste par-dessus le marché », ainsi un de ses camarades, le guesdiste Théo Bretin, décrivait-il Charles Futin en juin 1909. Mais Futin lui avait répondu par avance (Socialiste de Saône-et-Loire, 1er décembre 1907) qu’il ne se rattachait à aucune des tendances du socialisme et que, s’il était venu du mouvement libertaire à la fédération autonome de Saône-et-Loire dès le début du siècle et à la SFIO en 1905, c’est que, tout en restant « attaché à la philosophie émancipatrice intégrale », il souhaitait une plus grande cohésion et des réformes sérieuses.
Il est certain que son mode de vie assez bohème, son goût pour le bricolage, ses occupations irrégulières (officiellement il est marchand de légumes, mais le commissaire de Mâcon le considère en 1911 comme sans profession), le distinguaient, ainsi que sur certains points (pas sur tous) ses opinions, de la majorité de ses camarades. Il avait vécu en Algérie de 1887 à 1897, avait tenté, avec assez peu de bonheur, d’y mettre quelques terres en valeur et y avait perdu trois enfants, morts de la typhoïde. C’est à son retour en Saône-et-Loire qu’il se voua à la propagande.
Dans la région, où il était très aimé, il a surtout laissé le souvenir d’un antimilitariste ardent : il avait signé en février 1906 l’« Affiche rouge » et, en 1909-1910, il collaborait à La Guerre sociale de Gustave Hervé. Excellent causeur, il parcourait la région, de Cuisery à Mâcon, toujours sur la brèche depuis qu’en 1906 il avait été élu membre de la commission de propagande de la fédération.
Délégué au congrès national de Toulouse en 1908, il y fit une intervention intéressante : nous ne voulons pas, dit-il, de réformisme, même « modern-style », à la Jaurès ; nous ne voulons pas d’attitude équivoque au moment du vote du budget. Quant à Jaurès, il déclarait éprouver à son égard « une grande et sympathique confiance » (compte rendu du congrès, pp. 436-438). Il ne négligeait d’ailleurs pas, comme occasion de propagande, les circonstances électorales. En 1912, il fut élu, au deuxième tour, conseiller municipal de Tournus et, en 1914, sa campagne dans la 2e circonscription de Mâcon fut une manière de manifestation révolutionnaire et éducatrice : le but, déclarait-il dès octobre 1913, n’est pas l’obtention du plus grand nombre de voix possible, mais la formation de « consciences socialistes ». Il obtint, contre Simyan, 2 718 voix.
Il devait mourir au lendemain de la guerre.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87083, notice FUTIN Charles par Madeleine Rebérioux, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par Madeleine Rebérioux

SOURCES : Arch. Dép. Saône-et-Loire 30 M 25, 41 M 2. — Témoignage du fils de Charles Futin. — Le Socialiste de Saône-et-Loire. — « Journal », manuscrit d’Armand Girard de Cuisery (cf. Madeleine Rebérioux, « Un groupe de paysans socialistes de Saône-et-Loire à l’heure de l’unité », Le Mouvement social, juillet-septembre 1966).

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