QUIÉVREUX Aquilas

Par André Caudron

Né le 26 mars 1864 à Serain (Aisne), mort le 22 janvier 1914 à Paris, 7e arrondissement ; pasteur de l’Église réformée ; chrétien social, sympathisant socialiste ; fondateur de la Solidarité de Lille, membre du comité général de la Fédération des Solidarités et œuvres chrétiennes sociales.

Appartenant à une famille de cultivateurs, le jeune Aquilas suivit l’exemple d’Elie Quiévreux, son oncle, pasteur au Cateau (Nord), et obtint le grade de bachelier en théologie à la faculté de Paris. Le sujet de sa thèse, La Morale sociale de Jésus (Le Cateau, 1889, 96 p.), montre l’attrait qu’il éprouvait dès cette époque pour le courant animé par Tommy Fallot. Il allait devenir à son tour l’un des principaux animateurs du Christianisme social. Après plusieurs postes d’attente, notamment à Maubeuge, il fut nommé pasteur auxiliaire de Lille en 1894 et promu titulaire sur place cinq ans plus tard. Il installa presque aussitôt une maison du peuple, la Solidarité, dans le quartier ouvrier de Wazemmes, avec l’appui de Mme Maracci, l’une de ses paroissiennes, qui avait des liens familiaux avec les milieux bancaires de Genève. Il s’était inspiré des réalisations de son ami Élie Gounelle , pasteur à Roubaix, dont il partageait les idées socialisantes.
En 1899 encore, les deux hommes fondaient l’Etoile blanche, ligue « contre l’immoralité publique et privée », destinée à combattre la luxure dans toutes les classes sociales. Cette ligue, fédération de sections, pouvait réunir, selon ses statuts, des groupes de différentes religions ou non confessionnels. En réalité, au bout d’un an d’activité, ses dix sections et son demi-millier d’adhérents appartenaient pratiquement tous au protestantisme. Quiévreux était très conscient des réalités socio-économiques qui pesaient sur les ouvriers et rendaient difficiles les objurgations morales auprès d’eux. Mais le moralisme sexuel de l’Etoile blanche fut critiqué par certains protestants de la génération suivante.
Membre de l’Association protestante pour l’étude pratique des questions sociales (APEQS), Quiévreux, avec les autres « solidaristes », reprochait à cet organisme d’être un « groupement bourgeois ». En 1900, chargé du « Rapport sur les Solidarités » au congrès de Nîmes de l’APEQS, il dit : « Et si pour y arriver (à libérer et à évangéliser les victimes d’une société injuste), il faut faire de la sociologie et de la politique, nous n’avons pas le droit de reculer devant cette conséquence ». A Rouen, en octobre 1901, il prit une part active au congrès du Christianisme social et des Solidarités. A l’issue de ce congrès naquit la Fédération des Solidarités et oeuvres chrétiennes sociales de langue française. Elle l’appela dans son comité général aux côtés d’Élie Gounelle, Wilfred Monod, Charles Gide, etc.
Il dut affronter, à Lille, la contestation du groupe plus radical de L’Ère nouvelle dont le mensuel, se voulant « journal du prolétariat chrétien », réclamait « l’évangélisation des prolétaires par les prolétaires eux-mêmes ». Celui-ci comptait des amis dans les quatre Solidarités du Nord où ils mettaient en cause la composition sociale de leurs directions. A l’automne 1902, l’animateur de L’Ère nouvelle, Emile Armand, fut mal accueilli par les pasteurs du Nord qui refusèrent désormais son concours. Quiévreux quitta Lille en 1904 pour Rouen qu’il desservit jusqu’à sa disparition prématurée, due au cancer. Auteur de La Pureté et la lutte contre l’impureté (Paris, 1904), il avait collaboré à quelques périodiques (Revue du Christianisme social, Le Christianisme au XIXe siècle).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87144, notice QUIÉVREUX Aquilas par André Caudron, version mise en ligne le 30 mars 2010, dernière modification le 30 mars 2010.

Par André Caudron

SOURCES : Dossier de pasteur, Archives nationales, F19 10411 - Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine, 4. Lille Flandres, Paris-Lille, Beauchesne-Centre d’histoire de la Région du Nord, 1990 (J. Valynseele) - Christianisme au XXe siècle, 29 janvier 1914 - Église chrétienne, 30 février 1914 - Jean Baubérot, « L’Action chrétienne sociale du pasteur Elie Gounelle à la Solidarité de Roubaix (1898-1907) », Bulletin de la Société de l’histoire du protestantisme français, 2e et 3e trimestre 1974 ; « L’Évangélisation protestante et la classe ouvrière : les Solidarités », Christianisme et monde ouvrier, cahier du « Mouvement social », Paris, Éditions ouvrières, 1975.

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